{"id":88,"date":"2025-01-31T16:09:24","date_gmt":"2025-01-31T16:09:24","guid":{"rendered":"https:\/\/bernardcabane.net\/?page_id=88"},"modified":"2025-09-08T14:46:25","modified_gmt":"2025-09-08T14:46:25","slug":"chapitre-11-les-aventures-a-deux-apres-le-depart-des-enfants","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/bernardcabane.net\/?page_id=88","title":{"rendered":"13. Les aventures \u00e0 deux apr\u00e8s le d\u00e9part des enfants"},"content":{"rendered":"\n<h1 class=\"wp-block-heading\"><a><\/a><a><\/a><a><\/a><a>Carnet de voyages<\/a>&nbsp;: 2003 &#8211; 2010<\/h1>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><a><\/a><a><\/a><a><\/a><a>Ressourcement en Ecosse<\/a><\/h2>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Alice nous a inscrits C\u00e9lie et moi, \u00e0 un stage en Ecosse sur les th\u00e8mes \u00ab&nbsp;adaptation \u00e0 la vie d\u2019un groupe&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;ressourcement et transformation&nbsp;\u00bb. Mes souvenirs du stage sont approximatifs. Les stagiaires sont h\u00e9berg\u00e9s dans un ch\u00e2teau g\u00e9r\u00e9 par une communaut\u00e9 bas\u00e9e sur deux mythes fondateurs&nbsp;: l\u2019\u00e9change de messages avec la divinit\u00e9 et la croissance de l\u00e9gumes g\u00e9ants dans les potagers (\u00ab&nbsp;g\u00e9ant&nbsp;\u00bb ne voulant pas dire \u00ab&nbsp;bon&nbsp;\u00bb). Aux repas on sert de la nourriture v\u00e9g\u00e9tarienne.<\/p>\n\n\n\n<p>Le matin les stagiaires vont ensemble au potager o\u00f9 ils prennent le caf\u00e9 avec les encadrants et les membres permanents de la fondation. Apr\u00e8s le caf\u00e9 on r\u00e9partit les t\u00e2ches. Les stagiaires forment un grand cercle en se tenant par la main, le responsable liste les t\u00e2ches et les attribue sur la base d\u2019un volontariat fortement encourag\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Je trouve que cette fa\u00e7on de d\u00e9marrer la journ\u00e9e est tr\u00e8s efficace pour que chacun se sente appartenir au groupe et y trouve sa place. C\u2019est en tout cas mieux que le d\u00e9but de journ\u00e9e dans les grandes entreprises o\u00f9 chacun se pr\u00e9cipite en arrivant sur son ordinateur pour lire sa messagerie et o\u00f9 personne ne prend en charge les aspects plus collectifs du travail.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Je me retrouve \u00e0 d\u00e9sherber un carr\u00e9 du potager avec une stagiaire dont l\u2019occupation principale est d\u2019enseigner la philosophie. J\u2019aime discuter avec les philosophes. Mais voil\u00e0 qu\u2019arrive la responsable de cette partie du potager qui nous demande \u00ab&nbsp;O\u00f9 avez-vous travaill\u00e9&nbsp;? Je ne vois pas de diff\u00e9rence entre les endroits o\u00f9 vous avez d\u00e9sherb\u00e9 et ceux o\u00f9 vous n\u2019\u00eates pas encore pass\u00e9s. Concentrez-vous&nbsp;!&nbsp;\u00bb Elle a raison, notre d\u00e9sherbage manuel laisse \u00e0 d\u00e9sirer.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;A la pause, les conversations vont bon train. Une encadrante s\u2019adresse \u00e0 l\u2019un des anciens et lui annonce&nbsp;: \u00ab&nbsp;George, nous te nommons chevalier de l\u2019ordre de la Courgette G\u00e9ante et de celui du Concombre Gigantesque&nbsp;\u00bb.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Une discussion s\u2019engage sur le partage de la personnalit\u00e9 en plusieurs sous-personnalit\u00e9s. Cela rappelle la division cerveau gauche \/ cerveau droit, mais elle est remplac\u00e9e par la s\u00e9paration homme civilis\u00e9 \/ animal \u00e9go\u00efste. Nous aurions tous en nous une sous-personnalit\u00e9 qui r\u00e9agit comme le ferait un animal mais nous la cachons. Le valeureux chevalier affirme que lorsqu\u2019il fait l\u2019amour il est 100 % \u00e9go\u00efste. J\u2019attends avec curiosit\u00e9 la suite de cette discussion, mais elle est interrompue par la fin de la pause.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Un peu plus loin, au-del\u00e0 du potager, il y a une grande serre, o\u00f9 poussent les l\u00e9gumes g\u00e9ants. La question \u00e0 l\u2019ordre du jour est leur projet de dupliquer cette serre. Ils ont pr\u00e9vu d\u2019utiliser une machine (bulldozer ou \u00e9quivalent) pour aplanir le sol \u00e0 l\u2019endroit o\u00f9 ils veulent installer la serre. Mais le passage de l\u2019engin va modifier l\u2019\u00e9tat des ions dans le sol. Ils se demandent si cette perturbation pourrait alt\u00e9rer les forces \u00e0 l\u2019origine de la croissance de leurs l\u00e9gumes g\u00e9ants. Ils craignent de perdre le miracle qui les fait vivre. Ils se demandent \u00e9galement combien de temps il faudrait attendre pour que les ions retrouvent leur \u00e9tat naturel. Un consensus semble \u00e9merger, selon lequel les ions sont consid\u00e9r\u00e9s comme rem\u00e9lang\u00e9s apr\u00e8s avoir diffus\u00e9 sur une distance de 1 m\u00e8tre. Mais combien de temps faut-il \u00e0 un ion dans l\u2019eau pour parcourir 1 m par diffusion&nbsp;? Au mieux les ions diffuseront comme les mol\u00e9cules dans l\u2019eau liquide. La loi de la diffusion dans un liquide est&nbsp;: x<sup>2<\/sup>&nbsp;= 2 Dt o\u00f9 x est&nbsp;la distance parcourue et D est un coefficient de diffusion. Les coefficients de diffusion dans les liquides sont touts petits, on peut prendre D = 1 x 10<sup>-10<\/sup>&nbsp;M<sup>2<\/sup>S<sup>-1<\/sup>, la distance parcourue sera tr\u00e8s petite, elle aussi&nbsp;: apr\u00e8s 1 heure = 3600 s les ions auront parcouru 2 x D x t = 2 x 1 x 10<sup>-10<\/sup>&nbsp;x 3600 m.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019\u00e9coute avec attention leur conversation et je d\u00e9cide \u00e0 ce moment-l\u00e0 de commenter leur conclusion. Si ce sont des m\u00e8tres, et qu\u2019il y en a 10<sup>-1<\/sup>, alors c\u2019est vraiment tr\u00e8s peu. Si la distance parcourue en une heure est exprim\u00e9e en microm\u00e8tres, elle vaut&nbsp;: x = 0.72\u00b5m. Donc il faudrait attendre des milliers d\u2019ann\u00e9es pour que les ions se m\u00e9langent par diffusion jusqu\u2019\u00e0 des distances de l\u2019ordre du m\u00e8tre.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Cette r\u00e9ponse ne soul\u00e8ve pas l\u2019enthousiasme, mais les lois de la diffusion sont implacables. Je pense qu\u2019il serait plus facile de r\u00e9soudre cette question en sens inverse, en commen\u00e7ant par supposer que le passage de la machine n\u2019alt\u00e8re pas l\u2019\u00e9tat des ions puis v\u00e9rifier l\u2019innocuit\u00e9 du passage de la machine, en faisant deux essais comparatifs sur des petites parcelles pour voir si elles produisent encore des l\u00e9gumes g\u00e9ants \u00e0 la m\u00eame fr\u00e9quence.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;La semaine est affich\u00e9e \u00ab&nbsp;jeux de resourcement et de transformation, adaptation \u00e0 la vie en groupe&nbsp;\u00bb et nous pratiquons des jeux de groupe dans lesquels nous faisons attention \u00e0 nos interactions. C\u2019est divertissant. Le plus amusant pour moi, c\u2019est de d\u00e9couvrir des visions du monde dans lesquelles se sont accumul\u00e9es des explications complexes \u00e0 des ph\u00e9nom\u00e8nes physiques simples. Par exemple, lorsqu\u2019on manipule de l\u2019eau \u00e0 grande \u00e9chelle, on cr\u00e9e facilement des tourbillons qui mettent longtemps \u00e0 s\u2019amortir. Les membres de la communaut\u00e9 ont conclu de l\u2019observation de ces tourbillons que l\u2019eau peut exister dans deux \u00e9tats&nbsp;: une eau&nbsp;\u00ab&nbsp;vivante&nbsp;\u00bb, dans laquelle subsistent des mouvements hydrodynamiques, et une eau stagnante, \u00ab&nbsp;morte&nbsp;\u00bb o\u00f9 ne subsistent que des mouvements diffusifs. Bien s\u00fbr, l\u2019eau \u00ab&nbsp;vivante&nbsp;\u00bb est suppos\u00e9e meilleure pour notre sant\u00e9 que l\u2019eau \u00ab&nbsp;morte&nbsp;\u00bb. Je leur sugg\u00e8re qu\u2019on pourrait avantageusement optimiser la fraction d\u2019eau \u00ab&nbsp;vivante&nbsp;\u00bb en ajoutant aux becs verseurs de toutes les th\u00e9i\u00e8res et cafeti\u00e8res des petits embouts h\u00e9lico\u00efdaux, mais cette suggestion ne plait pas \u00e0 tous.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Dans des conversations priv\u00e9es, certains membres de la communaut\u00e9 nous racontent leurs histoires. Beaucoup sont venus ici apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 chamboul\u00e9s par la perte d\u2019un emploi ou d\u2019un partenaire. Ils ont alors empil\u00e9 dans leur voiture tout ce qu\u2019ils poss\u00e9daient et ont pris la route pour l\u2019Ecosse. Ils trouvent ici du r\u00e9confort, aupr\u00e8s des membres arriv\u00e9s avant eux. Ils gagnent leur nourriture et leur h\u00e9bergement contre leur participation active \u00e0 la production du potager.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Mais comment peuvent-ils faire r\u00e9parer ou entretenir leur voiture, comment payer le carburant&nbsp;? Avec quel argent pourraient-ils payer le repas dont ils r\u00eavent au restaurant du port&nbsp;? Ils n\u2019ont plus aucun moyen de gagner de l\u2019argent et il n\u2019y a aucun emploi vacant dans cette partie de l\u2019Ecosse.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Le principal revenu de la communaut\u00e9 vient du revenu des stages payants organis\u00e9s et faisant venir des gens ext\u00e9rieur, tels que C\u00e9lie et moi. Les membres de la communaut\u00e9 qui ne sont pas capables d\u2019animer un stage se sentent pris dans une spirale descendante&nbsp;car plus ils y restent, plus leur p\u00e9cule initial diminue.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Quelqu\u2019un nous dit que la communaut\u00e9 comprend deux groupes. La minorit\u00e9 domine car elle contr\u00f4le le contenu des stages et le budget, paye pour la production de nourriture et l\u2019entretien du ch\u00e2teau. La majorit\u00e9 est form\u00e9e de tous les membres dont les comp\u00e9tences ne correspondent pas \u00e0 un besoin \u00e9vident de la communaut\u00e9, et qui ne sont pas capables d\u2019animer un stage. Ceux-l\u00e0 n\u2019ont d\u2019autre issue que de mendier un travail d\u2019entretien pour justifier leur pension.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><a><\/a><a><\/a><a><\/a><a>Nos derni\u00e8res randonn\u00e9es<\/a>&nbsp;&nbsp;<\/h2>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;En 2003 Alice et Guillaume ont quitt\u00e9 le domicile familial, nous recommen\u00e7ons \u00e0 randonner dans les Alpes, apr\u00e8s une longue interruption d\u2019environ vingt ans. Pendant quelques ann\u00e9es nous organisons des randonn\u00e9es p\u00e9destres partant de Saint-V\u00e9ran, la&nbsp;&nbsp;plus haute commune de France, passant les cols de la cha\u00eene frontali\u00e8re et continuant par les vall\u00e9es italiennes.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Quand j\u2019appelle les refuges afin de r\u00e9server un gite pour dix personnes et que je propose d\u2019envoyer un ch\u00e8que pour assurer la r\u00e9servation, je suis surpris que mes interlocuteurs&nbsp;me demandent toujours avec insistance de bien les rappeler dans le cas o\u00f9 je serais amen\u00e9 \u00e0 changer mes dates. Je pense que la raison est que dans une petite communaut\u00e9 dont tous les membres se connaissent, la parole donn\u00e9e vaut un engagement moral, et le ch\u00e8que de caution est une paperasserie inutile.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;A Saint-V\u00e9ran, nous visitons la rue principale du village. En levant les yeux, nous apercevons les toits des maisons dont la particularit\u00e9 est d\u2019avancer loin au-dessus de la rue en raison de greniers gigantesques au dernier \u00e9tage. En effet, les constructeurs ne manquaient pas de bois, en revanche les hivers sont longs et le grenier l\u2019unique ressource pour survivre.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Mais ces structures favorisent la propagation des incendies, surtout lorsque les greniers sont remplis de foin. Pour limiter ce risque, le village se divise en quartiers s\u00e9par\u00e9s par des coupe feux.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Quand on passe la fronti\u00e8re, le paysage est radicalement et subitement diff\u00e9rent, ce qui cr\u00e9e la surprise. Quand on descend sur Chianale, premi\u00e8re bourgade italienne, on passe des maisons tout en bois et tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9es (c\u00f4t\u00e9 fran\u00e7ais) \u00e0 des maisons basses (pas plus d\u2019un \u00e9tage) et tout en pierre, c\u00f4t\u00e9 italien. Les toits sont faits de pierres plates, des ardoises, qu\u2019on appelle des lauzes, de dimensions typiques 0,05 x 0,4 x 0,5 m. Chacune de ces pierres doit peser plus de 100 Kg, leur manipulation sur un toit n\u00e9cessite l\u2019emploi de palans.&nbsp;Elles sont support\u00e9es par des poutres grosses comme des m\u00e2ts de navires. Les lauzes du toit sont simplement pos\u00e9es sur les chevrons avec un recouvrement des rang\u00e9es successives. Cette technique doit garantir l\u2019\u00e9coulement de l\u2019eau le long du toit sans qu\u2019elle ne s\u2019infiltre \u00e0 travers.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"418\" height=\"283\" src=\"https:\/\/bernardcabane.net\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/image.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-438\" srcset=\"https:\/\/bernardcabane.net\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/image.jpeg 418w, https:\/\/bernardcabane.net\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/image-300x203.jpeg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 418px) 100vw, 418px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><em>Toits en lauzes.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai trouv\u00e9 tr\u00e8s astucieux la fabrication de ces toits en lauzes. D\u2019abord parce qu\u2019ils prot\u00e8gent de l\u2019eau, m\u00eame en cas de pluies tr\u00e8s fortes tout en laissant passer l\u2019air, ce qui \u00e9vite les probl\u00e8mes de moisissure. Ensuite parce que la pente du toit vise le juste compromis&nbsp;: si elle est trop faible, l\u2019eau traverse, si elle est trop forte, les lauzes glissent et tombent du toit. De plus, il faut qu\u2019il puisse r\u00e9sister, en hiver, au poids de la neige, en automne, aux forces d\u2019arrachement exerc\u00e9es par le vent. Enfin, ce type de toit peut \u00eatre d\u00e9mont\u00e9 et les lauzes&nbsp;sont alors r\u00e9utilisables.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;On peut imaginer que l\u2019optimisation des propri\u00e9t\u00e9s des toits \u00e9tait le privil\u00e8ge d\u2019une corporation, avec son savoir-faire, ses fournisseurs et ses secrets bien gard\u00e9s. Il n\u2019est pas facile de trouver dix poutres au format \u00ab&nbsp;m\u00e2t de navire&nbsp;\u00bb, ni dix tonnes de lauzes.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Il me semble que de telles comp\u00e9tences ne peuvent s\u2019\u00eatre transmises au fil du temps que gr\u00e2ce \u00e0 des ressources suffisantes, car il faut d\u00e9j\u00e0 que la survie puisse s\u2019\u00eatre organis\u00e9e. Agriculture, \u00e9levage, extraction de min\u00e9raux et assistance au passage des cols, ces populations des Alpes ont investi sur le tr\u00e8s long terme. De plus, ils ont organis\u00e9 leur soci\u00e9t\u00e9 de sorte qu\u2019il y ait une sp\u00e9cialisation de la main d\u2019\u0153uvre en diff\u00e9rents m\u00e9tiers, afin de ne pas avoir \u00e0 faire tout soi-m\u00eame.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a des documents historiques qui attestent la valeur de ces ressources. Par exemple, en 1 343, les communes proches de Brian\u00e7on et Oulx ont rachet\u00e9 au Dauphin (leur suzerain, \u00e0 court d\u2019argent) l\u2019ensemble de leurs imp\u00f4ts et droits f\u00e9odaux en payant imm\u00e9diatement la somme de 12 000 florins-or et en garantissant une rente perp\u00e9tuelle annuelle de 4 000 ducats. Il y avait donc une production de richesses suffisante pour justifier la construction r\u00e9currente de toitures en lauzes.<\/p>\n\n\n\n<p>On aurait pu attendre que les populations alpines soient plus pauvres et moins instruites que celles vivant \u00e0 basse altitude, \u00e0 cause des conditions climatiques plus rudes en montagne. Mais des \u00e9tudes ult\u00e9rieures ont montr\u00e9 qu\u2019ils \u00e9taient plus riches et mieux instruits que des populations comparables vivant en plaine. Les \u00e9leveurs \u00e9taient riches, on s\u2019en doute. Je suppose que l\u2019assistance aux nombreux voyageurs qui d\u00e9siraient passer les cols des Alpes a pu constituer une source de revenus r\u00e9currents pour les passeurs. Enfin la vente de mat\u00e9riaux extraits des mines qu\u2019on trouve \u00e0 plusieurs endroits des Alpes a pu ramener de l\u2019argent.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Mais j\u2019\u00e9mets une restriction quant \u00e0 tous ces avantages des populations montagnardes sur celles des plaines, c\u2019est qu\u2019ils ne sont valables tant qu\u2019il n\u2019y a pas la guerre. En effet, les Vaudois qui habitaient des vall\u00e9es voisines, ont \u00e9t\u00e9 pourchass\u00e9s, massacr\u00e9s et contraints d\u2019\u00e9migrer en Suisse et en Allemagne. Quand on lit les r\u00e9cits des tribulations et malheurs des Vaudois, on ne peut qu\u2019admirer la perspicacit\u00e9 des Brian\u00e7onnais qui ont achet\u00e9 la paix civile plus le droit de lever leurs imp\u00f4ts et d\u2019en r\u00e9partir le produit suivant les besoins par un accord sign\u00e9 en 1343 et p\u00e9riodiquement renouvel\u00e9 jusqu\u2019en 1789. Cet accord donnait aux habitants des Escartons un statut semblable \u00e0 celui de francs bourgeois et constituait la base juridique d\u2019une esp\u00e8ce d\u2019autogestion \u00e0 l\u2019\u00e9chelle des Escartons. Pour vivre heureux, vivons cach\u00e9s&nbsp;: telle semble avoir \u00e9t\u00e9 la devise des habitants du Brian\u00e7onnais.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><a><\/a><a><\/a><a><\/a><a>Les lacs de montagne<\/a><\/h2>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;A l\u2019\u00e9t\u00e9 2006, c\u2019est la canicule, l\u2019air dans les vall\u00e9es est \u00e9touffant. C\u00e9lie et moi faisons une randonn\u00e9e en Ubaye qui nous semble interminable. Un peu avant le refuge de Chambeyron,&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e0 2 500 m d\u2019altitude, le chemin longe un lac de montagne, aliment\u00e9 par la fonte des neiges dites \u00e9ternelles, qui ne le sont pas.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Nous nous d\u00e9shabillons et nous entrons dans l\u2019eau du lac qui n\u2019est pas froide jusqu\u2019\u00e0 environ 50 cm de profondeur. En nageant \u00e0 travers le lac, nous avons une impression de puret\u00e9, un peu artificielle mais bien agr\u00e9able quand m\u00eame.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le lendemain, en montant au col de la Gypi\u00e8re (pr\u00e8s de 3 000m) qui se trouve en Ubaye, pr\u00e8s de la fronti\u00e8re italienne et qui jouxte le lac des Neuf Couleurs. C\u00e9lie trouve un lac qui se r\u00e9v\u00e8le propice \u00e0 une nouvelle baignade. Il est aliment\u00e9 par un banc de neige bien propre, qui fond lentement. L\u00e0 aussi il y a un gradient thermique tr\u00e8s important entre l\u2019eau des profondeurs, qui est proche de 0\u00b0C, et l\u2019eau superficielle, dans laquelle C\u00e9lie se baigne avec volupt\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"338\" height=\"279\" src=\"https:\/\/bernardcabane.net\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/image-1.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-439\" style=\"width:505px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/bernardcabane.net\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/image-1.jpeg 338w, https:\/\/bernardcabane.net\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/image-1-300x248.jpeg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 338px) 100vw, 338px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Le lac d\u2019altitude 2500 m et le refuge du Club Alpin Fran\u00e7ais de Chambeyron.\u00a0L\u2019\u00e9chelle est donn\u00e9e par le refuge.\u00a0Le lac mesure 100 x 200 m<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Queyras&nbsp;: Nous avons fait une randonn\u00e9e avec Jean-Pierre et Catherine Rosen, des amis de C\u00e9lie. Au d\u00e9part de St V\u00e9ran, nous avons franchi le col de la Gypi\u00e8re, \u00e0 3 000 m d\u2019altitude. Nous voici posant au sommet de Saint V\u00e9ran, avant de redescendre vers Fouillouze.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><a><\/a><a><\/a><a><\/a><a>Clair de lune sur le pont du ferry<\/a><\/h2>\n\n\n\n<p>Bien des ann\u00e9es plus tard, nous revenons de Berlin (Allemagne), \u00e0 Malm\u00f6 (Su\u00e8de). Le wagon-lit du train nous attend paisiblement au d\u00e9part, en bas de la gare centrale. Apr\u00e8s un bref trajet jusqu\u2019\u00e0 Rostock, les wagons sont charg\u00e9s et attach\u00e9s sur le pont inf\u00e9rieur d\u2019un ferry.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Une fois sur le ferry, la plupart des automobilistes s\u2019occupent \u00e0 d\u00e9penser leur argent en jouant sur les machines \u00e0 sous et en buvant des bi\u00e8res.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>C\u00e9lie et moi montons sur le pont sup\u00e9rieur, qui est presque d\u00e9sert, car l\u2019attrait des jeux de hasard des \u00e9tages inf\u00e9rieurs est plus fort. Seuls quelques&nbsp;routards se sont install\u00e9s dehors sur leurs matelas. Cela nous semble \u00eatre une bonne id\u00e9e et nous redescendons au niveau du train pour faire une razzia sur les couvertures de notre compartiment. Nous remontons nous installer sur le pont sup\u00e9rieur o\u00f9 nous improvisons un bivouac \u00e0 l\u2019abri du vent.&nbsp;&nbsp;La&nbsp;lune, notre amie fid\u00e8le, est au rendez-vous. C\u2019est facile d\u2019\u00eatre romantique dans ces conditions. Le jour se l\u00e8ve en m\u00eame temps que le ferry arrive \u00e0 Trelleborg en Su\u00e8de.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><a>A Besse en Oisans<\/a><\/h2>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"291\" height=\"218\" src=\"https:\/\/bernardcabane.net\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/image-1.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-411\" style=\"width:497px;height:auto\"\/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Randonn\u00e9e pour les vieux aussi<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"276\" height=\"207\" src=\"https:\/\/bernardcabane.net\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/image-2.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-412\" style=\"width:523px;height:auto\"\/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Celie et moi \u00e0 la mine de lauzes (ardoises) lors de notre s\u00e9jour&nbsp;avec Odile et Christian Pichot&nbsp; \u00e0 Besse en Oisans.<br><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"241\" height=\"136\" src=\"https:\/\/bernardcabane.net\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/image-3.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-413\" style=\"width:493px;height:auto\"\/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Ao\u00fbt 2018, Christian Pichot, Bernard, Odile Pichot, C\u00e9lie.&nbsp;<br>La commune de Besse-en-Oisans, organise un repas appel\u00e9 \u00ab&nbsp;Repas du berger&nbsp;\u00bb&nbsp;<br>C\u00e9lie est d\u00e9j\u00e0 malade.&nbsp;<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">S\u00e9jours au Chambon sur Lignon<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Jean-Claude Daniel a achet\u00e9 une maison au&nbsp;Chambon-sur-Lignon, commune qui se trouve en Haute-Loire. Cela nous a permis de faire deux s\u00e9jours entre amis en Auvergne. Le Chambon-sur-Lignon est situ\u00e9 dans les monts du Vivarais, nous y avons fait de jolies randonn\u00e9es.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"339\" height=\"254\" src=\"https:\/\/bernardcabane.net\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/image-5.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-419\" style=\"width:597px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/bernardcabane.net\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/image-5.jpeg 339w, https:\/\/bernardcabane.net\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/image-5-300x225.jpeg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 339px) 100vw, 339px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Christian Pichot, femme de Jean-Claude Daniel, Odile Pichot, C\u00e9lie et Bernard.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"219\" height=\"164\" src=\"https:\/\/bernardcabane.net\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/image-6.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-420\" style=\"width:416px;height:auto\"\/><figcaption class=\"wp-element-caption\">C\u00e9lie, femme de Jean-Claude Daniel, Christian et Odile Pichot, Bernard.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"253\" height=\"190\" src=\"https:\/\/bernardcabane.net\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/image-7.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-421\" style=\"width:494px;height:auto\"\/><figcaption class=\"wp-element-caption\">C\u00e9lie, Bernard, femme de Jean-Claude Daniel, Odile Pichot.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Deux aventures au Japon avec C\u00e9lie&nbsp;: Tokyo et Kyoto.&nbsp;<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Comment manger son sandwich&nbsp;? (Tokyo, dans le train)<\/h3>\n\n\n\n<p>Il y a dix ou quinze ans, je ne sais plus mais je me souviens que je suis alors le consultant le mieux pay\u00e9 de chez L\u2019Or\u00e9al, je me trouve \u00e0 Tokyo pour un voyage professionnel financ\u00e9 par le budget de la recherche appliqu\u00e9e de leur laboratoire.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019Or\u00e9al avait rachet\u00e9 une ancienne entreprise japonaise de cosm\u00e9tiques. Il faut faire le tri des personnels qu\u2019ils vont garder, en \u00e9valuant leur niveau de connaissances-m\u00e9tier.<\/p>\n\n\n\n<p>Mon r\u00f4le est de faire cette sorte d\u2019audit&nbsp;en rencontrant tous les chefs de groupe, par technique.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Je d\u00e9cide de partir avec C\u00e9lie Elle paye son voyage mais peut m\u2019accompagner sans aucun probl\u00e8me. Pour elle ce sont des vacances. Nous logeons dans le&nbsp;<em>Ceraleus hotel<\/em>, un gratte-ciel de luxe.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Nous sommes l\u00e0-bas pour une semaine, \u00e0 l\u2019approche de No\u00ebl.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le samedi, je finis ma semaine et nous d\u00e9cidons d\u2019aller nous promener tous les deux dans la montagne. Nous nous suivons une esp\u00e8ce de sentier de grande randonn\u00e9e qui suit la cr\u00eate d\u2019une s\u00e9rie de montagnettes en p\u00e9riph\u00e9rie de Tokyo.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Un aspect plaisant au Japon c\u2019est que les transports en commun couvrent tr\u00e8s bien le territoire, donc pas d\u2019inqui\u00e9tude, o\u00f9 que l\u2019on descente de la montagne, nous trouverons une gare.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Nous terminons la randonn\u00e9e en une demi-journ\u00e9e et nous redescendons dans la vall\u00e9e, o\u00f9 se trouve effectivement une gare. Un train pour Tokyo arrive et nous montons dans la derni\u00e8re voiture.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Nous sommes les seuls passagers avec un Japonais qui accompagne son fils d\u2019environ huit ans. Eux sont assis dans les rang\u00e9es de si\u00e8ges et nous sommes debout dans l\u2019all\u00e9e. Nous avons faim. Nous pensons \u00e0 nos sandwichs rest\u00e9s dans nos sacs \u00e0 nos pieds. Nous les sortons et nous commen\u00e7ons \u00e0 manger.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le petit japonais est choqu\u00e9 par ce geste. Il vient se planter devant nous, ouvre sa bouche en grand pour que l\u2019on puisse bien voir tous ses organes.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Nous comprenons que nous avons fait quelque chose qui ne se fait pas et choque son \u00e9ducation. Nous nous tournons vers le p\u00e8re et nous nous excusons pour notre geste inconsid\u00e9r\u00e9. Les standards pour l\u2019ouverture de la bouche ne sont pas les m\u00eames au Japon et en France. Dans notre pays, il n\u2019est pas correct de manger la bouche ouverte en laissant voir ce qu\u2019il y a dedans, mais au Japon, on est impoli d\u00e8s lors qu\u2019on mange face \u00e0 quelqu\u2019un.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le Shinkansen, on sert des plateaux repas, mais chacun les consomme \u00e0 sa place, qui ne se situe jamais juste en face de quelqu\u2019un d\u2019autre. Cette distance avec la personne qui mange est consid\u00e9r\u00e9e comme un standard, que nous n\u2019avons pas respect\u00e9 dans ce train.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;La protestation du jeune Japonais, ouvrant la bouche pour nous rappeler \u00e0 l\u2019ordre est sans doute un geste qu\u2019on lui a fait, chez lui ou \u00e0 l\u2019\u00e9cole et qu\u2019il a reproduit. On eput dire que cela marche tr\u00e8s bien. La le\u00e7on est retenue&nbsp;: si je rentre \u00e0 nouveau dans un train japonais, je ne sortirai plus jamais mon sandwich&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Kyoto, novembre 2008. F\u00eate nationale et invitation \u00e0 Kyocera.<\/h3>\n\n\n\n<p><em><u>Kyocera Corporation<\/u><\/em>&nbsp;est une compagnie&nbsp;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Japon\">japonaise<\/a>&nbsp;fond\u00e9e en&nbsp;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/1959\">1959<\/a>, sp\u00e9cialis\u00e9e dans les composants c\u00e9ramiques et \u00e9lectroniques, les cellules photovolta\u00efques, l&#8217;\u00e9quipement de bureau et les t\u00e9l\u00e9phones cellulaires.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ce r\u00e9cit, je raconte comment \u00e0 partir d\u2019un simple probl\u00e8me de train, j\u2019ai r\u00e9ussi \u00e0 me faire inviter dans un prestigieux laboratoire japonais, appel\u00e9 Kyoc\u00e9ra et situ\u00e9 dans la banlieue de Kyoto.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u00e9lie et moi sommes en voyage au Japon, \u00e0 Kyoto, car je suis invit\u00e9 \u00e0 participer au&nbsp;<em>Japanese \u2013 French Frontiers of Science Symposium,&nbsp;<\/em>un workshop franco-japonais qui s\u2019est tenu les 26 et 27 novembre 2008 \u00e0 Kyoto, au&nbsp;<em>Westin Miyako Hotel<\/em>, et qui portait sur l\u2019eau (\u00ab&nbsp;Water in biological systems).<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;En effet, j\u2019ai un int\u00e9r\u00eat scientifique dans deux domaines&nbsp;: les c\u00e9ramiques et les \u00e9mulsions. Mais au cours d\u2019une pr\u00e9c\u00e9dente mission, je suis rest\u00e9 d\u00e9\u00e7u sur les c\u00e9ramiques. L\u2019int\u00e9r\u00eat de cette invitation est de mieux rentrer dans le domaine des c\u00e9ramiques, de comprendre comment pensent les chercheurs qui travaillent sur ces questions.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u00e9lie et moi sommes \u00e0 l\u2019une des gares de Kyoto et il y a des probl\u00e8mes de trafic. Une petite foule s\u2019amoncelle sur les quais. C\u00e9lie va s\u2019asseoir sur un banc au bord de la gare, un peu \u00e0 l\u2019abri de la foule.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Quant \u00e0 moi, je monte sur une petite plateforme afin de mieux voir tous les affichages.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>De l\u00e0, je rep\u00e8re un homme qui agite un journal pour se faire rep\u00e9rer d\u2019un coll\u00e8gue.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>En regardant mieux, je reconnais ce journal, c\u2019est le dernier num\u00e9ro du&nbsp;<em>Journal of Colloid and Interface Science<\/em>, publication dont j\u2019appr\u00e9cie le s\u00e9rieux et dans lequel j\u2019ai publi\u00e9 plusieurs articles.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai envie d\u2019aller \u00e0 sa rencontre et de lui dire qui je suis. Mais j\u2019ai peur qu\u2019il me prenne pour un fou ou un emmerdeur.&nbsp;Je choisis comme phrase d\u2019approche&nbsp;: \u201c<em>Hello Sir, where does this train go to&nbsp;?<\/em>&nbsp;\u201c<\/p>\n\n\n\n<p>S\u2019ensuit un bref et banal dialogue entre voyageurs ferroviaires, puis je me pr\u00e9sente \u00e0 lui, lui explique qui je suis. Je commente une \u00e9quation de l\u2019article que j\u2019ai publi\u00e9 dans le num\u00e9ro qu\u2019il tient \u00e0 la main. Il est impressionn\u00e9 par mon commentaire et m\u2019invite \u00e0 visiter son labo&nbsp;: Kyocera.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Mais entre-temps, son train est annonc\u00e9 au micro et il monte dedans sans que l\u2019on puisse terminer cette conversation. Je ne suis pas all\u00e9 \u00e0 cette visite.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Je suis surpris de la vitesse \u00e0 laquelle je suis pass\u00e9 du statut de petit emmerdeur sur le quai, \u00e0 honorable confr\u00e8re bienvenu \u00e0 visiter son labo.<\/p>\n\n\n\n<p>Je pense dans un premier temps qu\u2019il m\u2019a invit\u00e9 pour mes comp\u00e9tences exceptionnelles et pour se faire bien voir de son chef.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Puis en y r\u00e9fl\u00e9chissant, je fais le lien avec la date&nbsp;: nous sommes le jour de la f\u00eate nationale au Japon, marqu\u00e9e par l\u2019anniversaire de l\u2019Empereur.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019une fen\u00eatre, on peut observer les rues qui commencent par se vider, car les Japonais disparaissent dans les temples pour aller honorer leur Empereur puis, quelques heures plus tard, se remplir de nouveau, en formant des processions. Ces processions partent des temples et rentrent dans la ville.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le domaine de la recherche, la \u00ab&nbsp;f\u00eate nationale&nbsp;\u00bb, c\u2019est le jour -le seul de l\u2019ann\u00e9e- o\u00f9 il est possible d\u2019inviter toute sa famille dans son labo pour leur faire visiter.&nbsp;&nbsp;Les chercheurs s\u2019affairent \u00e0 ranger et nettoyer leur partie du labo&nbsp;avant l\u2019arriv\u00e9e des familles et des autres employ\u00e9s pour la visite.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s leur visite, tous forment comme des processions qui partent des labos et se dirigent vers des lieux de pique-nique. Un des meilleurs endroits pour ce genre de rencontre est le grand marigot qui borde la ville de Kyoto sur son flanc sud.<\/p>\n\n\n\n<p>Si l\u2019on m\u2019a propos\u00e9 cette visite des laboratoires Kyocera, c\u2019est moins pour le prestige de mon nom que parce qu\u2019en ce jour-l\u00e0, on invite tout le monde et les Japonais se montrent plus ouverts et inclusifs que d\u2019habitude, o\u00f9 l\u2019on sent souvent un regard m\u00e9fiant.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Dernier voyage avec C\u00e9lie : WE \u00e0 Amsterdam <\/h2>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">R\u00e9flexion sur la sexualit\u00e9, l\u2019argent, les vitres (transparentes ou opaques), donc le regard des autres sur la vie intime.&nbsp;<\/h4>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Vitrines d\u2019Amsterdam&nbsp;: des vitres transparentes o\u00f9 tout doit \u00eatre vu et vendu.&nbsp;<\/h3>\n\n\n\n<p>Selon la chanson de Jacques Brel, dans le port d\u2019Amsterdam, il y a des marins qui font toutes sortes de choses. Il y a aussi des touristes, qui sont une manne financi\u00e8re.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Et la chose la plus demand\u00e9e, \u00e9videmment, c\u2019est l\u2019activit\u00e9 sexuelle. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019on voit jusqu\u2019o\u00f9 va le sens du commerce des N\u00e9erlandais&nbsp;: ils sont capables de vendre jusqu\u2019\u00e0 l\u2019image des femmes qu\u2019ils ont en magasin. Ils en sont arriv\u00e9s \u00e0 concevoir des vitrines dans lesquelles on peut voir non pas des v\u00eatements \u00e0 vendre, expos\u00e9s q-sur des mannequins, mais de v\u00e9ritables femmes, pay\u00e9es pour s\u2019exhiber&nbsp;; des femmes-objets d\u00e9nud\u00e9es qui se laissent mater en tant qu\u2019objet de d\u00e9sir masculin. Tout un quartier d\u2019Amsterdam est occup\u00e9 par cette activit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Est-ce abominable&nbsp;? Je crois que, globalement, oui, car c\u2019est une d\u00e9shumanisation et une forme de soumission, d\u2019enfermement plus ou moins volontaire (car il faut bien vivre).&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est aussi, selon moi, la n\u00e9gation du rapport sexuel car il n\u2019y a plus de rapport interpersonnel. Il suffit \u00e0 l\u2019homme de rentrer et de dire \u00ab&nbsp;je voudrais celle-l\u00e0&nbsp;\u00bb , sans avoir eu besoin de s\u00e9duire ou convaincre.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Baraques d\u2019\u00e9cluses&nbsp;: des vitres r\u00e9fl\u00e9chissantes pour pr\u00e9server l\u2019intimit\u00e9.<\/h3>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Heureusement, Amsterdam poss\u00e8de aussi un fantastique r\u00e9seau de canaux qui se remplissent et se vident en synchronie pour permettre le passage des bateaux. Au si\u00e8cle des machines, il a fallu embaucher toute une escouade d\u2019\u00e9clusi\u00e8res pour assurer ce ballet bien agenc\u00e9. C\u2019est un m\u00e9tier exclusivement f\u00e9minin qui ne n\u00e9cessite pas beaucoup de force et qui est statique.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Avec le temps, les \u00e9clusi\u00e8res ont am\u00e9lior\u00e9 leurs baraques, les ont fait isoler du froid et, aujourd\u2019hui, ce sont de petites maisons bien \u00e9quip\u00e9es qu\u2019il est possible de louer pour une dur\u00e9e fix\u00e9e \u00e0 l\u2019avance, un peu comme une chambre d\u2019h\u00f4tel.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Sur le conseil de nos amis, C\u00e9lie et moi d\u00e9cidons de louer une de ces petites baraques le temps de notre week-end.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;J\u2019appr\u00e9cie le luxe de dormir sur un pont, en plein c\u0153ur de la ville. J\u2019ai le sentiment de communier avec l\u2019eau qui est partout \u00e0 Amsterdam, qui nous entoure et nous porte, comme elle porte tous les bateaux et la ville elle-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;C\u00e9lie quant \u00e0 elle, est particuli\u00e8rement excit\u00e9e \u00e0 l\u2019id\u00e9e de dormir id\u00e9e au beau milieu de la foule de promeneurs et badauds, tout en \u00e9tant isol\u00e9 de leur regard.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est la derni\u00e8re fois que nous avons fait l\u2019amour ensemble, bien prot\u00e9g\u00e9 du \u00ab&nbsp;regard oblique des passants honn\u00eates&nbsp;\u00bb, alors m\u00eame que nous \u00e9tions en plein dans la foule, tout comme ces femmes dans les vitrines.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Or, pour permettre ce petit miracle&nbsp;et emp\u00eacher que ce lieu expos\u00e9 ne devienne un autre vitrine, il a suffi de faire des fen\u00eatres avec un verre d\u2019indice optique \u00e9lev\u00e9, qui r\u00e9fl\u00e9chit les rayons r\u00e9fract\u00e9s.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Concernant le commerce du sexe, j\u2019en conclus qu\u2019il y a des clients qui vont payer pour acheter l\u2019image d\u2019une femme, expos\u00e9e dans une vitrine transparente, sous les regards de tous les autres hommes et des couples qui vont payer pour avoir droit \u00e0 leur intimit\u00e9, bien cach\u00e9 du regard des autres derri\u00e8re des vitres opaques.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Du point de vue des femmes, il y a celles qui peuvent payer pour \u00eatre prot\u00e9g\u00e9es du regard des hommes et celles qui ont besoin d\u2019\u00eatre pay\u00e9es et sont amen\u00e9es \u00e0 s\u2019exposer dans un vitrine et \u00e0 se faire relooker.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Conclusion&nbsp;: il semble que le v\u00e9ritable luxe&nbsp;soit dans la possibilit\u00e9 de se prot\u00e9ger du regard des voisins. Cela me fait penser cette autre anecdote, dans laquelle les vitres ont \u00e9t\u00e9 au c\u0153ur du sujet.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><a><\/a><a><\/a><a><\/a><a>R\u00eaves du rhinoc\u00e9ros gris&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;2002 &#8211; 2015<\/a><\/h2>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Dans nos vies, nous avons rencontr\u00e9 toutes sortes de b\u00eates f\u00e9roces. On distingue habituellement les cygnes et les rhinoc\u00e9ros. Un cygne noir est un \u00e9v\u00e9nement rare, qui prend presque tout le monde par surprise. Un rhinoc\u00e9ros gris est un \u00e9v\u00e8nement attendu, d\u00e9sastreux par ses cons\u00e9quences, et contre lequel il est difficile de se prot\u00e9ger. Le cancer du sein que nous avons d\u00e9couvert en 2002 \u00e9tait un rhinoc\u00e9ros gris&nbsp;: nous l\u2019avons pourchass\u00e9 une premi\u00e8re fois en 2002 par la chirurgie et 3 ans de traitements, il est revenu plus costaud en 2013, et depuis nous n\u2019avons fait que le tenir \u00e0 distance par des traitements toujours plus agressifs. En 2023 il avait notre adresse sur sa liste de visites.<\/p>\n\n\n\n<p>Nos amis qui ont encore des ailes ont essay\u00e9 de le soulever. Il est de plus en plus lourd et il va de plus en plus vite. Va-t-il nous \u00e9craser&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><a><\/a><a>R\u00e9ponse de Celie \u00e0 cette id\u00e9e du rhinoc\u00e9ros gris, en janvier 2018<\/a><\/h2>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp; Je suis reconnaissante \u00e0 tous mes amis, coll\u00e8gues, enseignants, qui ont rendu cette ann\u00e9e plus l\u00e9g\u00e8re pour moi. Ceci est une carte selon la tradition de St Valentin, destin\u00e9e \u00e0 toutes les personnes que nous souhaitons revoir cette ann\u00e9e. Nous n\u2019avons pas beaucoup communiqu\u00e9 ces derni\u00e8res ann\u00e9es par la faute de quelques \u00ab&nbsp;rhinos gris&nbsp;\u00bb. Un \u00ab&nbsp;rhino gris&nbsp;\u00bb est une attaque pr\u00e9visible, de haute probabilit\u00e9, mais qui prend quand m\u00eame ses victimes par surprise, comme le vieillissement.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors nous voici, esp\u00e9rant partager des bons moments entre les charges du rhinos pris par la passion que nous inspire notre travail mais appr\u00e9ciant la vie et interagissant avec nos amis et notre famille. Tout ce que nous aimons faire.\u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Carnet de voyages&nbsp;: 2003 &#8211; 2010 Ressourcement en Ecosse &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Alice nous a inscrits C\u00e9lie et moi, \u00e0 un stage en Ecosse sur les th\u00e8mes \u00ab&nbsp;adaptation \u00e0 la vie d\u2019un groupe&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;ressourcement et transformation&nbsp;\u00bb. Mes souvenirs du stage sont approximatifs. 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