{"id":345,"date":"2025-05-07T14:14:50","date_gmt":"2025-05-07T14:14:50","guid":{"rendered":"https:\/\/bernardcabane.net\/?page_id=345"},"modified":"2025-09-08T15:05:39","modified_gmt":"2025-09-08T15:05:39","slug":"17-anecdotes-annexes","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/bernardcabane.net\/?page_id=345","title":{"rendered":"17. Anecdotes annexes"},"content":{"rendered":"\n<p>Ces diff\u00e9rents chapitres ont \u00e9t\u00e9 ajout\u00e9s par Bernard \u00e0 partir de f\u00e9vrier 2025, lorsqu\u2019il reprend le travail de biographie avec Chlo\u00e9 L.V, qui vient l\u2019\u00e9couter, le solliciter et \u00e9crire pour lui ses souvenirs qu\u2019il souhaite transmettre \u00e0 ses petits-enfants.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><a>Les vacances d\u2019\u00e9t\u00e9 \u00e0 Talloires, sur trois g\u00e9n\u00e9rations.<\/a><\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><a>1 &#8211; Pourquoi Talloires ? (historique)<\/a><\/h3>\n\n\n\n<p>1.1. <strong>Contexte de guerre mondiale et de fuite des Fran\u00e7ais<\/strong><\/p>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\">\n<li><\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<p>En 1940, les Fran\u00e7ais sont saisis par l&#8217;id\u00e9e qu&#8217;il faut fuir l&#8217;arriv\u00e9e imminente de l&#8217;arm\u00e9e allemande.<br>Mon grand-p\u00e8re, Louis Raichlen, et ma grand-m\u00e8re, Suzanne Berger-Levraut, quittent la banlieue sud de Paris, o\u00f9 ils vivent alors, avec leurs quatre enfants, pour rejoindre le sud de la France. Louis poss\u00e8de la double nationalit\u00e9 franco-suisse. Ils arrivent avec leur fils cadet, Philippe, et leurs deux filles, du c\u00f4t\u00e9 de Carpentras, dans un village nomm\u00e9 Sarians. Le fils a\u00een\u00e9 ne vient pas car il est mobilis\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>1.2 Grand-p\u00e8re travaillant pour P\u00e9chiney et ayant un passeport suisse<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ce n\u2019est pas un hasard s\u2019ils aboutissent \u00e0 Sarians. Depuis 1932, mon grand-p\u00e8re travaille pour le groupe P\u00e9chiney, un acteur industriel majeur de la chimie \u00e0 l\u2019\u00e9poque. P\u00e9chiney, autrefois bas\u00e9 \u00e0 Paris, ferme ses locaux et d\u00e9cide de s\u2019installer dans le sud. Le groupe acquiert un petit ch\u00e2teau et une maison \u00e0 Sarians, o\u00f9 il loge ses employ\u00e9s r\u00e9fugi\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Or, mon grand-p\u00e8re est alors Directeur g\u00e9n\u00e9ral d\u2019une filiale nomm\u00e9e Minorga, sp\u00e9cialis\u00e9e dans les produits agrochimiques, un secteur en pleine croissance.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est ainsi que lui, sa femme et trois de leurs enfants sont h\u00e9berg\u00e9s dans cette maison appartenant \u00e0 l\u2019entreprise.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s l\u2019armistice,&nbsp;les d\u00e9tenteurs du capital de P\u00e9chiney demandent \u00e0 mon grand-p\u00e8re Raichlen d\u2019aller \u00e0 Paris et y r\u00e9ouvrir P\u00e9chiney. Pour voyager il utilise sa nationalit\u00e9 suisse. Tous les membres de sa famille n\u2019ont pas cette possibilit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>1.3 Location \u00e0 l\u2019H\u00f4tel Bellevue, sur conseil d\u2019un ami.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Mon grand-p\u00e8re Raichlen fait des recherches qui sont tr\u00e8s bien r\u00e9tribu\u00e9es, mais qui vont demander des d\u00e9placements incessants.&nbsp;Rapidement se pose la question de trouver un lieu o\u00f9 pourront se r\u00e9unir les membres de la famille, qui soit assez attractif et pas excessivement co\u00fbteux. Susanne a contact\u00e9 tous les h\u00f4tels de luxe dans&nbsp;la moiti\u00e9 Sud mais n\u2019a pas trouv\u00e9 de disponibilit\u00e9s pour le temps des vacances scolaires.<\/p>\n\n\n\n<p>Un ami de mon grand-p\u00e8re, Jean Crussard, leur recommande l\u2019H\u00f4tel Bellevue, \u00e0 Talloires, pr\u00e8s d\u2019Annecy. Comme ils avaient d\u00e9j\u00e0 contact\u00e9 tous les h\u00f4tels de luxe en vain, ils appellent celui-ci&nbsp;; les prix leur conviennent. En arrivant \u00e0 Talloires, ils sont enchant\u00e9s par la vue. Les montagnes entourent le lac de mani\u00e8re harmonieuse. Pourquoi pas faire de l\u2019h\u00f4tel Bellevue leur lieu de vill\u00e9giature estivale&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><a>2 &#8211; Souvenirs d\u2019enfance \u00e0 Talloires<\/a><\/h3>\n\n\n\n<p><strong>2.1 L\u2019h\u00f4tel Bellevue : une belle vue mais une mauvaise nourriture<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Mon grand-p\u00e8re prend l\u2019habitude d\u2019inviter mes parents et leurs enfants \u00e0 passer les vacances de fin d\u2019\u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019h\u00f4tel Bellevue. Certes, la nourriture y est m\u00e9diocre, mais la vue depuis la terrasse compense largement.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour un petit Parisien, les rives du lac offrent plusieurs endroits \u00e0 l\u2019atmosph\u00e8re presque magique.<br>Je garde des souvenirs tr\u00e8s contrast\u00e9s : la terreur des le\u00e7ons de natation dans l\u2019eau glac\u00e9e du lac, le bonheur de voguer dans un kayak d\u00e9montable (une structure en bois recouverte de caoutchouc) que seule ma tante Catherine parvient \u00e0 faire filer droit, l\u2019impatience \u00e0 la grotte de l\u2019ermite Saint-Germain de ne pouvoir monter plus haut, et enfin, une curiosit\u00e9 un peu frustr\u00e9e dans le bateau \u00e0 vapeur \u2014 tout ce que j\u2019en aper\u00e7ois, c\u2019est le dos nu du soutier et son tas de charbon.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>2.2 L\u2019abbaye<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Nous explorons les environs en partant du fond de la baie. A quelques pas du rivage se trouve l\u2019h\u00f4tel de l\u2019Abbaye, h\u00e9ritier d\u2019une succession de constructions (en 1674, puis en 1681) et de destructions (en 1792, incendie pendant la R\u00e9volution, 1833, d\u00e9molition d\u00e9finitive).&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>En remontant 30 m le long d\u2019un petit ruisseau, on&nbsp;trouve&nbsp;la maison des Bonnamour, qui correspond \u00e0&nbsp;l\u2019ancienne infirmerie de l \u2019abbaye. Un peu plus haut, se trouve l\u2019h\u00f4tel Bellevue, qui est un autre d\u00e9pendance de l\u2019abbaye. L\u2019ensemble fait office de petit centre m\u00e9dical pour soigner les locaux et les voyageurs de passage.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>2.3 L\u2019amiti\u00e9 avec les Bonnamour et avec Jacques<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Nous rencontrons les Bonnamour gr\u00e2ce \u00e0 mon fr\u00e8re Philippe, qui d\u00e9couvre un jour une inscription latine sur le mur de l\u2019ancienne infirmerie de l\u2019abbaye. Cette maison est lou\u00e9e chaque \u00e9t\u00e9 par la famille Bonnamour.<\/p>\n\n\n\n<p>Mes parents se lient d\u2019amiti\u00e9 avec eux et, \u00e0 chaque s\u00e9jour, ils descendent prendre le th\u00e9 chez eux au moins une fois. Pendant ce temps, je suis un peu livr\u00e9 \u00e0 moi-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019en profite pour aller voir Jacques, le fils du directeur de l\u2019h\u00f4tel Bellevue, qui me raconte des histoires abracadabrantesques. Je fais semblant de les croire \u2014 cela faisait partie de la magie de l\u2019enfance et des vacances.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"768\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/bernardcabane.net\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/Philippe-dvt-maison-Bonnamour-1940-768x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-395\" srcset=\"https:\/\/bernardcabane.net\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/Philippe-dvt-maison-Bonnamour-1940-768x1024.jpg 768w, https:\/\/bernardcabane.net\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/Philippe-dvt-maison-Bonnamour-1940-225x300.jpg 225w, https:\/\/bernardcabane.net\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/Philippe-dvt-maison-Bonnamour-1940-1152x1536.jpg 1152w, https:\/\/bernardcabane.net\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/Philippe-dvt-maison-Bonnamour-1940-1536x2048.jpg 1536w, https:\/\/bernardcabane.net\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/Philippe-dvt-maison-Bonnamour-1940-scaled.jpg 1920w\" sizes=\"auto, (max-width: 768px) 100vw, 768px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>2.4 \u00c9crire des BD avec mon grand-p\u00e8re<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est mon grand-p\u00e8re qui m\u2019initie au dessin. Il aime \u00e7a. Il cr\u00e9e une bande dessin\u00e9e dont les petits-enfants sont les h\u00e9ros. Il y a toujours quatre ou cinq gamins group\u00e9s autour de lui, fascin\u00e9s, regardant le dessin \u00e9merger sous leurs yeux.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces moments permettent d\u2019occuper les enfants et de rythmer les longues journ\u00e9es d\u2019\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>2.5 Les randos en famille : Planfait, Saint-Germain et Angon<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 une extr\u00e9mit\u00e9 de la baie de Talloires, un sentier de promenade se transforme en un chemin de randonn\u00e9e qui grimpe jusqu\u2019au Roc de Ch\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>La baie est bord\u00e9e d\u2019un promontoire, d\u2019o\u00f9 partent les bateaux \u00e0 vapeur, et qui se termine par un petit mur d\u00e9cor\u00e9 d\u2019une peinture na\u00efve repr\u00e9sentant une procession de maharadja.<\/p>\n\n\n\n<p>Presque tout le pourtour du lac est construit, sauf \u00e0 Angon, o\u00f9 la for\u00eat descend jusqu\u2019au bord de l\u2019eau.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>2.6 Faire accoster un bateau \u00e0 vapeur dans la baie de Talloires<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019autre extr\u00e9mit\u00e9 de la baie, se trouve l\u2019auberge du P\u00e8re Bise et le quai d\u2019accostage des bateaux \u00e0 vapeur.<\/p>\n\n\n\n<p>Talloires, comme quelques autres localit\u00e9s du bord du lac, est desservi par un service r\u00e9gulier de bateaux \u00e0 vapeur \u2014 aujourd\u2019hui remplac\u00e9s par des vedettes \u00e0 moteur diesel. Nous utilisons ce service principalement pour aller \u00e0 Duingt, un petit village situ\u00e9 en face de Talloires.<\/p>\n\n\n\n<p>Faire accoster un bateau \u00e0 vapeur \u00e0 Talloires est d\u00e9licat. Entre Talloires et Duingt, il y a un promontoire appel\u00e9 le Verdelet, o\u00f9 la profondeur de l\u2019eau n\u2019exc\u00e8de pas un demi-m\u00e8tre. Ces bateaux, assez volumineux, sont peu man\u0153uvrables.<\/p>\n\n\n\n<p>Le capitaine doit calculer pr\u00e9cis\u00e9ment sa courbe pour approcher le quai sans heurter le fond. Un pari stupide circule entre gar\u00e7ons : s\u2019asseoir sur le gouvernail pour compliquer la man\u0153uvre du pilote, qui tente alors de l\u2019en d\u00e9loger.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>2.8 Les le\u00e7ons de natation obligatoires dans l\u2019eau froide<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Nous sommes oblig\u00e9s d\u2019assister aux le\u00e7ons de natation. La voix du professeur r\u00e9sonne dans toute la baie.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est l\u2019activit\u00e9 principale \u2014 du moins, celle dont je garde le souvenir le plus marquant. La voix tonitruante du p\u00e8re Schoebel, qui dispense ces cours, gronde dans tout Talloires. Nous n\u2019avons pas le choix : il faut y aller. Je vis cela comme une punition, d\u2019autant que l\u2019eau du lac est glaciale (18 degr\u00e9s, ce qui, pour moi, est vraiment tr\u00e8s froid).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>2.9 Conclusion<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Souvenirs contrast\u00e9s, entre une nourriture peu engageante mais des paysages \u00e0 couper le souffle, entre une eau glaciale et les cris du ma\u00eetre-nageur mais aussi des amiti\u00e9s sinc\u00e8res avec les Bonnamour et les habitants de l\u2019infirmerie&#8230; Voil\u00e0 pourquoi Talloires reste, pour moi et ma famille, un lieu de vill\u00e9giature privil\u00e9gi\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e2ge adulte.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><a>3 &#8211; Souvenirs d\u2019adulte, avec C\u00e9lie et nos enfants<\/a><\/h3>\n\n\n\n<p>J\u2019ai profit\u00e9 de ces s\u00e9jours d\u2019abord avec mes parents, puis avec C\u00e9lie, et enfin avec nos enfants, Alice et Guillaume.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>3.1 Les exp\u00e9ditions nautiques (radeau, criques, pique-nique)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Au fond de la baie de Talloires, on peut louer toutes sortes d\u2019embarcations : barques avec une ou deux paires de rames, p\u00e9dalos, petits voiliers. Alice et Guillaume partagent souvent un p\u00e9dalo et un petit radeau gonflable.<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne me souviens pas que ces sorties aient \u00e9t\u00e9 encadr\u00e9es par qui que ce soit, mais cela faisait partie du plaisir.<br>L\u2019exp\u00e9dition classique consistait \u00e0 prendre une barque \u00e0 deux rames et \u00e0 rejoindre le port de la Rose, un lieu pittoresque o\u00f9 les falaises du Roc de Ch\u00e8re laissent passer un sentier reliant la rive au sommet.<\/p>\n\n\n\n<p>On emporte un pique-nique, on d\u00e9jeune au port de la Rose, puis on rentre en bateau.<br>Au fil du trajet, on longe une fresque na\u00efve repr\u00e9sentant un d\u00e9fil\u00e9 de maharadja. Ensuite, la route nationale longe le lac, mais les endroits vraiment plaisants se font rares jusqu\u2019\u00e0 la presqu\u2019\u00eele d\u2019Angon, avant d\u2019arriver aux roseli\u00e8res, l\u00e0 o\u00f9 poussent les roseaux.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"681\" src=\"https:\/\/bernardcabane.net\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/baie_talloires_extr-gauche-1-1024x681.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-399\" srcset=\"https:\/\/bernardcabane.net\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/baie_talloires_extr-gauche-1-1024x681.jpg 1024w, https:\/\/bernardcabane.net\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/baie_talloires_extr-gauche-1-300x199.jpg 300w, https:\/\/bernardcabane.net\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/baie_talloires_extr-gauche-1-768x510.jpg 768w, https:\/\/bernardcabane.net\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/baie_talloires_extr-gauche-1-1536x1021.jpg 1536w, https:\/\/bernardcabane.net\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/baie_talloires_extr-gauche-1.jpg 1774w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Extr\u00e9mit\u00e9 gauche de la baie de Talloires. On voit Guillaume et Alice jouer avec les enfants de mon fr\u00e8re Jean. Derri\u00e8re eux, toute la promenade expos\u00e9e Sud.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>3.2 Mes randos \u00e0 la Tournette<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Depuis Talloires, on peut acc\u00e9der \u00e0 la montagne.<br>J\u2019aime emprunter un itin\u00e9raire qui part de Saint-Germain, traverse la for\u00eat de Planfait et redescend vers Talloires.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">J\u2019ai fait ce parcours avec mon grand-p\u00e8re, puis plus tard avec mes enfants.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Les alentours du lac d\u2019Annecy forment ce qu\u2019on appelle une montagne \u00ab \u00e0 vaches \u00bb : des p\u00e2turages entour\u00e9s de sommets verdoyants, bien arros\u00e9s. L\u2019herbe y est dense, vari\u00e9e, presque luxuriante. Les chemins conviennent parfaitement aux bovins, mais deviennent souvent boueux et p\u00e9nibles pour les randonneurs.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">J\u2019ai aussi r\u00e9alis\u00e9 plusieurs randonn\u00e9es autour du lac, notamment&nbsp;la promenade spectaculaire dans les Bauges. Elle passe par la montagne Arcalod&nbsp; \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du Mont Charbon. Apr\u00e8s les villages de Mont Derri\u00e8re et Mont Devant, l\u2019itin\u00e9raire passe par un col avant de descendre par la vall\u00e9e du Lauden vers le lac d&#8217;Annecy.&nbsp;L\u2019arriv\u00e9e est spectaculaire : on descend presque \u00e0 pic vers le lac, avec une vue \u00e0 couper le souffle.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">France-Italie par la Savoie<\/h2>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;On emploie souvent des consultants pour des taches impossibles, comme pr\u00e9dire l\u2019avenir&nbsp;\u00e0 long terme. Il n\u2019est pas surprenant que les erreurs de pr\u00e9diction soient \u00e9normes&nbsp;car nous ne sommes que des humains et les humains ne savent pas pr\u00e9dire l\u2019avenir. Mais certains font semblant, en faisant passer des extrapolations lin\u00e9aires sur des graphes \u00e0 deux dimensions pour des pr\u00e9dictions.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Cela dit, l\u2019absence d\u2019un bon consultant peut mener \u00e0 une issue catastrophique pour les investisseurs d\u2019une entreprise, comme le montre cette histoire du chemin de fer du Mont Cenis, qui m\u2019a \u00e9t\u00e9 racont\u00e9e au centre de vacances du CNRS \u00e0 Aussois, en Savoie.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Jusqu\u2019en 1800, on ne peut franchir les Alpes qu\u2019\u00e0 pied, \u00e0 dos de mulet, ou en chaise \u00e0 porteurs. Napol\u00e9on 1<sup>er&nbsp;<\/sup>fait construire la route du Simplon entre 1801 et 1807 puis celle du Mont-Cenis de 1803 \u00e0 1810. Mais sur ces routes, on circule toujours en chaises \u00e0 porteur.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s l\u2019invention des chemins de fer, ce n\u2019est qu\u2019avec bien des h\u00e9sitations que l\u2019on se d\u00e9cide \u00e0 tracer des routes au travers des montagnes. Le premier projet de grand tunnel sous la cr\u00eate des Alpes est celui du Mont-Cenis, il doit permettre de raccorder les r\u00e9seaux ferroviaires fran\u00e7ais et italien. Un accord franco-italien est trouv\u00e9 pour acc\u00e9l\u00e9rer la construction d\u2019une ligne de chemin de fer entre Saint-Michel de Maurienne (en France) et Bardonn\u00e8che (en Italie). En avril 1862, la ligne arrive \u00e0 la gare de Saint-Michel-de-Maurienne, mais au-del\u00e0, c&#8217;est par diligence ou par cal\u00e8che que s&#8217;op\u00e8re le voyage en direction de l&#8217;Italie. En 1863, ce sont 40 000 voyageurs et 22 000 tonnes de marchandises qui transitent ainsi par le col. C\u2019est une manne financi\u00e8re pour les compagnies de diligences, mais des frais importants pour les voyageurs et les exp\u00e9diteurs.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Le percement du tunnel ferroviaire du Fr\u00e9jus, entre Modane et Bardonn\u00e8che (12 km), commence en 1857.&nbsp;L&#8217;avancement est tr\u00e8s lent car il s&#8217;effectue &#8221; \u00e0 la main&#8221;, c\u2019est-\u00e0-dire en creusant avec des barres \u00e0 mine les trous o\u00f9 l\u2019on place les explosifs. A la fin de l\u2019ann\u00e9e, seuls 30 m du c\u00f4t\u00e9 italien et de 10 m du c\u00f4t\u00e9 fran\u00e7ais ont \u00e9t\u00e9 creus\u00e9s. Apr\u00e8s six ann\u00e9es de travaux, on n\u2019a avanc\u00e9 que de 1 646 m\u00e8tres, iI en reste 10 587 \u00e0 creuser. En comptant sur un avancement de seulement 100 m par an, on peut extrapoler que la dur\u00e9e des travaux pourrait \u00eatre sup\u00e9rieure \u00e0 100 ans. Certains pr\u00e9voient d\u00e9j\u00e0 un \u00ab&nbsp;fiasco colossal&nbsp;\u00bb, notamment du c\u00f4t\u00e9 fran\u00e7ais.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Cette lenteur des travaux am\u00e8ne deux Anglais, l\u2019homme d\u2019affaires Brassey et l\u2019ing\u00e9nieur Fell \u00e0 proposer \u00e0 l\u2019Empereur Napol\u00e9on III de construire une ligne de chemin de fer sur la route entre Saint-Michel et Suze, qui passerait par le col du Mont-Cenis, \u00e0 2 600m d\u2019altitude, sans avoir \u00e0 percer de tunnel. Pour cela, ils utiliseraient une locomotive \u00e0 trois rails, selon le syst\u00e8me brevet\u00e9 par Fell, qui a d\u00e9j\u00e0 fait ses preuves pour franchir des pentes fortes et des courbes tr\u00e8s serr\u00e9es.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Mr Brassey compte amortir l\u2019investissement sur une p\u00e9riode de sept ans d\u2019exploitation, ce qui semble offrir un gain raisonnable, compte tenu de la lenteur avec laquelle avance le percement du tunnel. Les gains sur trente ans seraient fabuleux. Les travaux de pose des rails commencent en f\u00e9vrier 1866. Sur le versant italien, le plus abrupt, de nombreux tunnels \u00e0 une seule voie sont perc\u00e9s. La ligne est mise en service seize mois plus tard, le 15 juin 1868. La voie \u00e0 trois rails est longue de 80 km et comporte neuf gares. Le train peut transporter quarante-huit voyageurs et des marchandises \u00e0 la vitesse de 25 km\/h \u00e0 la mont\u00e9e et de 17 km\/h \u00e0 la descente. Le trajet de Saint-Michel \u00e0 Suze dure cinq heures, c\u2019est un gain de temps et de confort appr\u00e9ciables par rapport aux diligences.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais l\u2019exploitation du chemin de fer Fell cesse au bout de trois ans seulement, car les travaux de percement du tunnel du Fr\u00e9jus se sont acc\u00e9l\u00e9r\u00e9s. Les outils manuels (marteau et barre \u00e0 mine) ont \u00e9t\u00e9 avantageusement remplac\u00e9s par des perforatrices \u00e0 air comprim\u00e9, une invention de l\u2019ing\u00e9nieur milanais Giovanni Battista Piatti, mise en \u0153uvre par Germain Sommeiller, l\u2019ing\u00e9nieur en chef des travaux du tunnel.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019inauguration du tunnel a lieu plus t\u00f4t que pr\u00e9vu, le 1er mars 1871, ce qui conduit \u00e0 la ruine des investisseurs du chemin de fer Fell. L\u2019erreur de pr\u00e9diction sur le temps n\u00e9cessaire \u00e0 percer ce tunnel (14 ans au lieu de 30 ans) est un exemple de ce qu\u2019un bon consultant aurait d\u00fb anticiper (l\u2019\u00e9volution des technologies).&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">M. Brun : comment r\u00e9ussir une n\u00e9gociation avec l\u2019administration.&nbsp;<\/h2>\n\n\n\n<p>Cette histoire, qui m\u2019a \u00e9t\u00e9 racont\u00e9e par une de mes aide-m\u00e9nag\u00e8res, Edith Kakou est vraie.&nbsp;&nbsp;Monsieur Brun a exist\u00e9. Il est mort un peu avant le Covid (2019).&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le programme d\u2019hospitalisation \u00e0 domicile de la Ville de Paris pr\u00e9voit que des patients de l\u2019h\u00f4pital peuvent consulter, faire des examens et recevoir des traitements sans bloquer un lit d\u2019h\u00f4pital. Ils sont hospitalis\u00e9s \u00e0 domicile.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le lien entre le patient et l\u2019h\u00f4pital fait l\u2019objet d\u2019une convention d\u2019hospitalisation qui reprend toutes les prestations m\u00e9dicales et annexes.<\/p>\n\n\n\n<p>Monsieur Brun avait eu du temps de sa carri\u00e8re, une haute position dans l\u2019APHP et, pour assurer ses vieux jours, il avait achet\u00e9 un superbe appartement \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019h\u00f4pital.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Il \u00e9tait atteint d\u2019une maladie neurologique incurable et avait sign\u00e9 avec la Ville de Paris une convention d\u2019hospitalisation \u00e0 domicile qui pr\u00e9voyait le passage quotidien d\u2019une infirmi\u00e8re pour lui administrer ses traitements et d\u2019une aide-m\u00e9nag\u00e8re (Edith K.)&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Elle m\u2019expliquait que Monsieur Brun, l\u2019infirmi\u00e8re et elle s\u2019entendaient tr\u00e8s bien, que tout allait bien, lorsqu\u2019un jour, l\u2019infirmi\u00e8re remarqua de petites taches de sang sur ses v\u00eatements.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Elle comprend que ce sont des punaises de lit. Nul ne sait d\u2019o\u00f9 elles sont venues, mais par pr\u00e9caution, il faut d\u00e9contaminer tout le logement de M. Brun.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant la d\u00e9sinfection, l\u2019h\u00f4pital pr\u00e9voit de le reloger dans une chambre r\u00e9serv\u00e9e pour lui. Mais celui-ci refuse de d\u00e9m\u00e9nager car il n\u2019aime pas changer ses habitudes. Le probl\u00e8me c\u2019est que tant qu\u2019il n\u2019a pas d\u00e9m\u00e9nag\u00e9 de son logement, toute la d\u00e9sinfection de tout l\u2019h\u00f4pital est bloqu\u00e9e.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ce blocage devient un sujet de conversation dans l\u2019h\u00f4pital. Edith K. est amen\u00e9e \u00e0 rencontrer le responsable du programme de d\u00e9sinfection. Elle comprend qu\u2019on n\u2019a pas demand\u00e9 \u00e0 M. Brun quels am\u00e9nagements pourraient rendre ce d\u00e9m\u00e9nagement moins perturbant pour lui.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est, selon moi typique du comportement d\u2019une administration fran\u00e7aise&nbsp;: se fixer une r\u00e8gle et la suivre \u00e0 la lettre sans tenir compte des choses qui sont importantes pour les personnes.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La n\u00e9gociation commence mais elle est bloqu\u00e9e du fait d\u2019un non-dit&nbsp;: les objectifs affich\u00e9s par les deux parties ne correspondaient pas \u00e0 leurs objectifs r\u00e9els.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La n\u00e9gociation se termine lorsque M. Brun accepte de c\u00e9der sur la question du d\u00e9m\u00e9nagement et de ne conserver que les habitudes qui lui tiennent le plus \u00e0 c\u0153ur. Il obtient le passage d\u2019une infirmi\u00e8re et d\u2019une aide-m\u00e9nag\u00e8re nominatives, qui lui sont attribu\u00e9es sans changement de personne, jusqu\u2019\u00e0 la fin de sa vie.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Cet accord tient alors lieu de nouvelle convention d\u2019hospitalisation, qui permet de d\u00e9contaminer le logement de M. Brun.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Vie et mort de Paul Luquin.<\/h2>\n\n\n\n<p>Nous sommes en 1966, quatre ans avant la mort de Paul Luquin. Je suis en vacances avec mes parents \u00e0 Cogne et nous pratiquons ensemble la moyenne montagne.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Puis, pour rentrer en France, je cherche des itin\u00e9raires qui m\u2019am\u00e8nent dans des coins sauvages, voire encore jamais d\u00e9couverts.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Je me retrouve dans la vall\u00e9e d\u2019&nbsp;<a>Ailefroide<\/a><a href=\"applewebdata:\/\/5730933C-AAA9-4418-8FE2-3ABFE5D943ED#_msocom_1\">[BC1]<\/a>&nbsp;&nbsp;dans les Hautes Alpes. Je marche sur la route jusqu\u2019au point o\u00f9 elle vient buter contre la montagne. L\u00e0 se trouve un chalet qu\u2019on appelle le \u00ab&nbsp;pr\u00e9 de madame Carle&nbsp;\u00bb. Je vais me renseigner pour savoir s\u2019il y a des guides de montagne pour m\u2019accompagner lors de courses&nbsp;(partir du refuge, monter jusqu\u2019\u00e0 un sommet et redescendre au refuge). On me r\u00e9pond&nbsp;: regardez juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9&nbsp;: si vous voyez un homme avec une grosse moto, en train de fumer des petits cigarillos, c\u2019est un guide de montagne !&nbsp;\u00bb. Je vais voir l\u2019homme en question. Il s\u2019appelle Paul Luquin. Tout de suite, un bon contact s\u2019\u00e9tablit entre nous. Il comprend mon besoin de sauvagerie et me propose de le rejoindre \u00e0 un point sur le chemin du refuge d\u2019Ailefroide car il a une autre course \u00e0 faire avant, avec un autre client. Nous faisons accord et me voil\u00e0 partir pour le lieu de RV.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Je le retrouve au pied des arr\u00eates de Sialouze. Clic-clac, les mousquetons sont accroch\u00e9s. Il part dans la paroi, tirant la corde derri\u00e8re lui. Les passages sur l\u2019arr\u00eate s&#8217;encha\u00eenent, jusqu&#8217;au passage- cl\u00e9 o\u00f9 l\u2019itin\u00e9raire redescend de la paroi. Ensuite, c&#8217;est le point d\u00e9licat de la course&nbsp;: il faut redescendre en rappel. Pour cela&nbsp;; il faut trouver le point d&#8217;attache. Paul le d\u00e9gage pr\u00e9cautionneusement. On se met \u00e0 cheval sur la corde et on bascule dans le vide. Il faut que les cordes soient de la bonne longueur, ici, environ 30 m\u00e8tres, pour que le rappel s\u2019effectue confortablement. J\u2019arrive en premier sur la r\u00e9maille et nous redevenons au refuge.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai tellement aim\u00e9 cette course que je suis retourn\u00e9 la faire avec mon compagnon de cord\u00e9e, Yves, environ un an apr\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<p>A notre retour, Paul prend imm\u00e9diatement en charge une autre groupe de sept personnes, qui doit monter au mont Pellevou par un couloir tr\u00e8s raide. Paul me confie comme un secret \u00ab&nbsp;lorsqu\u2019il y a sept personnes qui ont chacun leur piolet et qui sont encord\u00e9s, la cord\u00e9e ne peut pas \u00eatre d\u00e9croch\u00e9e&nbsp;\u00bb. C\u2019est-\u00e0-dire que si l\u2019on n\u2019est que deux, et qu\u2019une personne tombe, l\u2019autre a du mal \u00e0 le tenir sur son piolet mais c\u2019est faisable. Alors que s\u2019il y a plusieurs personnes encord\u00e9es et qu\u2019une personne glisse, plusieurs resteront accroch\u00e9es avec leur piolet.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Quand il me dit cela, il me semble qu\u2019il fait compl\u00e9ment erreur, car si un des participants glisse, il va d\u00e9crocher celui qui se trouve au-dessus de lui et leur poids additionn\u00e9 sera insupportable pour celui qui est encore au-dessus.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019aurais peut-\u00eatre d\u00fb le lui dire, r\u00e9pondre quelque chose \u00e0 son commentaire, vu la suite des \u00e9v\u00e9nements. Je le regrette.<\/p>\n\n\n\n<p>Il part donc avec ces sept alpinistes amateurs pour une course tr\u00e8s longue et tr\u00e8s difficile. On peut les voir progresser tr\u00e8s lentement sur l\u2019arr\u00eate. Mais \u00e0 moment on les perd de vue et le soir, on ne les voit pas arriver.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>On les retrouvera le lendemain dans la rimaille du glacier, tous attach\u00e9s \u00e0 la m\u00eame corde.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Cela m\u2019a fait beaucoup r\u00e9fl\u00e9chir. Est-ce que c\u2019est le fait d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 tous encord\u00e9s ensemble qui leur a \u00e9t\u00e9 fatal&nbsp;? Aurais-je d\u00fb insister davantage aupr\u00e8s de Paul pour qu\u2019il fasse un autre choix&nbsp;?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Destin basic ou destin trivial&nbsp;? Est-ce que Paul avait un destin \u00e0 fin m\u00e9rit\u00e9e ou bien pas du tout.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Une halte \u00e0 Bruges (1980\u2019s)<\/h2>\n\n\n\n<p>Nous sommes dans les ann\u00e9es quatre-vingt. Je voyage avec C\u00e9lie et ses parents. Nous visitons les grandes villes d\u2019Europe, \u00e0 port\u00e9e de train. Nous avons choisi Bruges, la ville la plus touristique de Belgique car elle est rest\u00e9e intacte, comme fig\u00e9e dans le temps. Les canaux sont toujours en service, l\u2019eau continue d\u2019y circuler lentement, t\u00e9moin de si\u00e8cles de vies particuli\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p>Notre train avance sans heurts. C\u00e9lie, assise en face de moi, a pos\u00e9 ses pieds sur la banquette. Elle a ce geste d\u00e9sinvolte, celui qui dit qu\u2019elle ne craint pas la r\u00e8gle, ou qu\u2019elle la trouve idiote. Le contr\u00f4leur passe une premi\u00e8re fois, lui demande d\u2019enlever ses pieds. Elle ne r\u00e9pond pas. Il revient. Cette fois, il parle plus fort, plus sec. Elle le fixe, muette, sans ob\u00e9ir. Il insiste. Le ton monte. Il demande son passeport, veut noter son nom. Une amende est en jeu, peut-\u00eatre plus. C\u00e9lie refuse toujours de c\u00e9der, surtout devant son p\u00e8re. Je comprends qu\u2019elle ne veut pas perdre la face. Elle a tort, bien s\u00fbr, mais elle pr\u00e9f\u00e8re le conflit \u00e0 ce qu\u2019elle vivrait comme une humiliation, perdre la face devant son p\u00e8re.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le contr\u00f4leur, lui, joue son r\u00f4le jusqu\u2019au bout, petit chef qui veut appliquer le r\u00e8glement \u00e0 la lettre, sans chercher \u00e0 comprendre.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Je n\u2019interviens pas. Je vois la sc\u00e8ne de l\u2019ext\u00e9rieur, comme un m\u00e9canisme implacable : r\u00e8gle, transgression, punition.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Mais le hasard veut qu\u2019un sup\u00e9rieur des chemins de fer se trouve dans notre compartiment. G\u00ean\u00e9 par cette tension pour un fait si anodin, et d\u00e9sireux de donner une bonne image de la compagnie de transports belge aux touristes que nous sommes, il apaise le conflit.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 une personne qui comprend que ce n\u2019est pas en verbalisant les touristes qu\u2019on fera avancer la cause des chemins de fer belges.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le contr\u00f4leur lui ob\u00e9it, et C\u00e9lie se calme, la situation se referme, et le voyage reprend son cours.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous arrivons \u00e0 Bruges. Les canaux entourent la ville, o\u00f9 tout circule par voie aqueuse. L\u2019eau a vu passer bien d\u2019autres voyageurs et garde leurs anecdotes comme dans une m\u00e9moire liquide.<\/p>\n\n\n\n<p>Le lendemain, nous marchons dans les ruelles de la vieille ville. L\u00e0, \u00e0 l\u2019ombre d\u2019un moulin \u00e0 vent, nous d\u00e9couvrons une petite boutique d\u2019ustensiles de cuisine. La vitrine est belle, soign\u00e9e, presque po\u00e9tique. \u00c0 l\u2019int\u00e9rieur, une jeune femme nous accueille. Nous parlons. Elle nous explique qu\u2019elle vit l\u00e0, mais qu\u2019on ne l\u2019accepte pas parce qu\u2019elle n\u2019est pas n\u00e9e \u00e0 Bruges. Elle s\u2019est mari\u00e9e \u00e0 un homme d\u2019ici, un camionneur souvent absent, et pourtant bien int\u00e9gr\u00e9. Tandis qu\u2019elle, qui passe tout son temps ici, au c\u0153ur de la ville et qui fait tout pour se faire bien voir, reste toujours l\u2019\u00e9trang\u00e8re. Elle est la femme que l\u2019on tient \u00e0 distance, celle qui est venue prendre un homme d\u2019ici, qui aurait d\u00fb revenir \u00e0 une fille d\u2019ici. Elle travaille, elle s\u2019accroche, elle sourit. Mais rien n\u2019y fait.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Je repense \u00e0 C\u00e9lie dans le train. Elle aussi a franchi une limite, mineure mais claire. Elle n\u2019a pas respect\u00e9 une r\u00e8gle, et on a voulu la sanctionner, par une amende. La femme de Bruges, elle, a transgress\u00e9 un autre type de loi : une loi non dite, celle des appartenances.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les deux cas, ce sont des femmes qui se trouvent en position minoritaire dans le regard des autres. Elles d\u00e9rangent un ordre \u00e9tabli, pas forc\u00e9ment juste, mais accept\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Je repense alors \u00e0 ma tante, Madeleine Ruwet, qui vivait \u00e0 Bruxelles. Un jour, lors d\u2019un repas de famille, elle me dit, calmement :&nbsp;<em>tu es juif<\/em>. C\u2019est la premi\u00e8re fois qu\u2019on me le dit. Je l\u2019ignorais. Je n\u2019ai re\u00e7u aucune \u00e9ducation juive et je ne me suis jamais vu ainsi. Mais cette phrase, si l\u00e9g\u00e8re en apparence, m\u2019ouvre \u00e0 l\u2019id\u00e9e que ce que je suis, est aussi ce que les autres d\u00e9cident que je suis, donc peut m\u2019\u00e9chapper. C\u2019est une identit\u00e9 transmise sans paroles et qu\u2019on ne choisit pas, mais qui peut un jour \u00eatre r\u00e9veill\u00e9, si quelqu\u2019un le d\u00e9cide.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le train, dans cette boutique de Bruges, ou chez ma tante \u00e0 Bruxelles, je peux retrouver un m\u00eame motif : il suffit de peu pour devenir un autre. Il suffit d\u2019un geste, d\u2019un mariage, d\u2019un mot. On croit \u00eatre dedans, mais on d\u00e9couvre qu\u2019on est dehors.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Bruges, ville immobile, me montre cela. Pas seulement le pass\u00e9 fig\u00e9, mais la permanence des fronti\u00e8res invisibles. Et moi, voyageur partag\u00e9 entre plusieurs r\u00f4les, plumeurs origines, je comprends un peu mieux cette v\u00e9rit\u00e9 simple et dure : il n\u2019y a pas de neutralit\u00e9. M\u00eame le silence finit toujours par parler.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ces diff\u00e9rents chapitres ont \u00e9t\u00e9 ajout\u00e9s par Bernard \u00e0 partir de f\u00e9vrier 2025, lorsqu\u2019il reprend le travail de biographie avec Chlo\u00e9 L.V, qui vient l\u2019\u00e9couter, le solliciter et \u00e9crire pour lui ses souvenirs qu\u2019il souhaite transmettre \u00e0 ses petits-enfants. Les vacances d\u2019\u00e9t\u00e9 \u00e0 Talloires, sur trois g\u00e9n\u00e9rations. 1 &#8211; Pourquoi Talloires ? (historique) 1.1. 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