{"id":33,"date":"2025-01-29T08:28:09","date_gmt":"2025-01-29T08:28:09","guid":{"rendered":"https:\/\/bernardcabane.net\/?page_id=33"},"modified":"2025-09-15T15:32:44","modified_gmt":"2025-09-15T15:32:44","slug":"chapitre-1-bernard-avant-celie-un-aventurier-des-montagnes","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/bernardcabane.net\/?page_id=33","title":{"rendered":"04. Bernard avant C\u00e9lie, un aventurier des montagnes."},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><a>1\/. Mon rapport \u00e0 la haute montagne.<\/a><\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><a>Pourquoi aller en montagne&nbsp;plut\u00f4t que sur une plage de r\u00eave ? Les bienfaits de la haute montagne<\/a><\/h3>\n\n\n\n<p>En r\u00e9ponse \u00e0 la question \u00ab&nbsp;Pourquoi allez-vous dans les montagnes&nbsp;?&nbsp;\u00bb, Lionel Terray, qui fut un des meilleurs alpinistes fran\u00e7ais et auteur du livre <em>Les conqu\u00e9rants de l\u2019inutile<\/em>&nbsp;r\u00e9pond \u00ab&nbsp;parce qu\u2019elles sont l\u00e0.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>La sagesse populaire nous dit que \u00ab les gens heureux n\u2019ont pas d\u2019histoire&nbsp;\u00bb, comme s\u2019il n\u2019y avait que deux voies possibles&nbsp;: la vie heureuse, mais banale ou le destin hors norme mais tragique. Pourtant, les alpinistes, qui ont chacun leur histoire personnelle qui s\u2019inscrit dans une histoire collective. Peuvent-ils avoir un destin qui ne soit ni tragique ni banal&nbsp;?&nbsp; Peuvent-ils \u00eatre heureux malgr\u00e9 tout&nbsp;? Quelles sont leurs motivations&nbsp;? Ces motivations sont-elles suffisantes pour passer du monde de l\u2019utile, plut\u00f4t plat, au monde de l\u2019inutile, o\u00f9 la norme est la verticale&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les pages qui suivent, je tente de d\u00e9composer tout ce qui se cache dans la r\u00e9ponse de Lionel Terray. Quand et comment les habitants des r\u00e9gions industrielles ont-ils commenc\u00e9 \u00e0 regarder les montagnes comme quelque chose ayant une valeur en soi et pas seulement comme un obstacle entre Paris et Turin&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Premi\u00e8re motivation&nbsp;: le jeu.<\/strong> Pouss\u00e9s par l\u2019ennui, ce sont des Anglais qui, au 19<sup>\u00e8me <\/sup>si\u00e8cle, d\u00e9couvrent que la haute montagne est un terrain de jeu fantastique. Le proverbe nous le rappelle&nbsp;: \u00ab&nbsp;Toute la cr\u00e9ativit\u00e9 humaine est le fruit de l\u2019ennui ou de la n\u00e9cessit\u00e9&nbsp;\u00bb. Suivant l\u2019exemple des Anglais et de leurs guides savoyards, les autres europ\u00e9ens s\u2019y sont mis \u00e0 leur tour. Par la pratique de l\u2019alpinisme, la haute montagne est devenue un parc o\u00f9 les pratiquants peuvent stimuler leurs corps tout en exer\u00e7ant leur intuition et leur jugement sur l\u2019itin\u00e9raire choisi. C\u2019est un jeu dur, dangereux, mais qui donne des plaisirs et des joies \u00e0 la mesure de l\u2019engagement. Ces plaisirs sont renforc\u00e9s par la sauvagerie de l\u2019environnement. Pour certains, dont je fais partie, l\u2019attrait de ce jeu est irr\u00e9sistible. C\u2019est un peu comme la chasse pour un chasseur ou la p\u00eache pour un p\u00eacheur.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Deuxi\u00e8me motivation<\/strong>, issue de celle du jeu&nbsp;: <strong>la <\/strong><strong>comp\u00e9tition.<\/strong> La haute montagne pousse \u00e0 trouver et \u00e0 repousser ses propres limites et \u00e0 aller se confronter aux autres alpinistes comme pour chercher qui sera le m\u00e2le dominant de la tribu.<\/p>\n\n\n\n<p>De mon temps, on rencontrait beaucoup moins de femmes que d\u2019hommes pratiquant l\u2019alpinisme, alors qu\u2019il y avait inversement beaucoup plus de randonneuses que de randonneurs.&nbsp; Je ne sais pas \u00e0 quoi cela tient. Peut-\u00eatre la prise de risque est-elle inconciliable avec les id\u00e9aux f\u00e9minins. Ou bien c\u2019est notre soci\u00e9t\u00e9 qui d\u00e9courage les femmes de quitter les&nbsp;domaines de la civilisation et de la domesticit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>La <strong>troisi\u00e8me <\/strong>est la<strong> recherche de notori\u00e9t\u00e9<\/strong><strong>.<\/strong> Mais c\u2019est trop tard pour cela car tous les sommets sup\u00e9rieurs \u00e0&nbsp;8 000 m d\u2019altitude ont \u00e9t\u00e9 gravis ainsi que les principaux pics. Il ne reste que quelques pics des massifs rest\u00e9s inexplor\u00e9s dans les Alpes de Stauning au Groenland et quelques autres autour du glacier de Baltoro en Himalaya. Et qui se rappelle les noms des&nbsp;\u00ab&nbsp;vainqueurs&nbsp;\u00bb de telle ou telle montagne&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Une autre raison <\/strong>de pratiquer l\u2019alpinisme est le<strong> sentiment <\/strong>qu\u2019on y trouve de <strong>sa propre existence<\/strong>, soit le niveau z\u00e9ro de la comp\u00e9tition avec soi-m\u00eame. En revenant d\u2019une sortie en montagne, je peux me dire \u00ab&nbsp;j\u2019ai r\u00eav\u00e9 de ce sommet, j\u2019ai lu la description des itin\u00e9raires, j\u2019ai surmont\u00e9 les difficult\u00e9s et je l\u2019ai gravi, donc j\u2019existe&nbsp;\u00bb. Je sais ce que j\u2019ai fait aujourd\u2019hui et je peux en parler.<\/p>\n\n\n\n<p>On trouve par exemple, en haut de certains sommets, une bo\u00eete m\u00e9tallique contenant un livre d\u2019or et un crayon. Ces livres d\u2019or n\u2019ont aucune autre fonction que de rassurer les vainqueurs successifs de cette montagne sur leur existence. Ils peuvent y inscrire leur nom, la date et les conditions de leur ascension.<\/p>\n\n\n\n<p>Certains existent mieux s\u2019ils ont gravi une montagne connue de tous, porteuse d\u2019une histoire, comme le Cervin, plut\u00f4t que l\u2019aiguille de Chambeyron, connue seulement des personnes qui aiment l\u2019Ubaye. D\u2019autres pr\u00e9f\u00e9reront l\u2019ambiance sauvage qu\u2019ils ne trouveront que dans des montagnes peu accessibles. C\u2019est mon cas et je l\u2019ai mis en pratique lors de plusieurs aventures qui me sont rest\u00e9es en m\u00e9moire et que je compte ici.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>On peut enfin pratiquer la haute montagne en touriste.<\/strong> La motivation est alors \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 du d\u00e9fi physique. Elle est davantage d\u2019ordre esth\u00e9tique. Il s\u2019agit d\u2019appr\u00e9cier la luminosit\u00e9, les paysages, les couleurs et les formes, qui n\u2019ont pas d\u2019\u00e9quivalent ailleurs.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>On ne peut pourtant pas dire que les faces Nord de l\u2019Eiger, des Grandes Jorasses ou du Cervin soient belles d\u2019apr\u00e8s ce crit\u00e8re.&nbsp;Quant aux images du Chomo Lungma (Everest) ou du Denali (Mac Kinley), elles ne font pas appara\u00eetre de caract\u00e9ristique \u00e9vidente permettant de d\u00e9clarer que ces montagnes sont belles. Je dirais m\u00eame que la sp\u00e9cificit\u00e9 des paysages r\u00e9side en leur simplicit\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Pour ma part, je n\u2019appr\u00e9cie la beaut\u00e9 d\u2019une montagne que par cette tendance que l\u2019on a tous \u00e0 trouver belles les choses d\u00e9sir\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>On touche \u00e0 des questions auxquelles il est difficile de trouver une r\u00e9ponse universelle. Quelles sont les caract\u00e9ristiques qui font que nous trouvons un certain paysage beau&nbsp;? Pourrait-on d\u00e9finir et mesurer ces caract\u00e9ristiques par un programme d\u2019intelligence artificielle&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Paradoxalement, le sommet, pour lequel on a d\u00e9ploy\u00e9 tant d\u2019efforts, est g\u00e9n\u00e9ralement le point le moins int\u00e9ressant. On s\u2019y ennuie car il manque une tension, celle de savoir si on va pouvoir passer le prochain passage. C\u2019est comme si le but apparent \u00e9tait atteint.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><a>Les risques et dangers de la haute montagne<\/a>&nbsp;<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Chaque erreur peut \u00eatre fatale<\/h4>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; En montagne aucune d\u00e9cision n\u2019est l\u00e9g\u00e8re car les accidents sont souvent fatals. Tout ce qu\u2019on peut faire est pr\u00e9ventif, pas curatif.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il y a des dangers objectifs, ind\u00e9pendants de l\u2019alpiniste.&nbsp; De l\u2019ordre de 5%, ce sont les chutes de pierres et de blocs de glace (s\u00e9racs), qui sont devenues plus fr\u00e9quentes \u00e0 cause du r\u00e9chauffement climatique.<\/p>\n\n\n\n<p>Les 95% restants sont des dangers subjectifs, associ\u00e9s aux actions de l\u2019alpiniste : chute par perte du contact \u00e0 la paroi, avalanches d\u00e9clench\u00e9es par le passage des skieurs, chutes dans des crevasses, fatigue ou \u00e9puisement aggrav\u00e9s par les effets du froid et du vent.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Le go\u00fbt du risque est propre \u00e0 beaucoup d\u2019alpinistes.<\/h4>\n\n\n\n<p>Tous ces dangers sont bien r\u00e9els. Une statistique des accidents en montagne entre 2010 et 2020 compte 50 d\u00e9c\u00e8s par an en moyenne pour la randonn\u00e9e p\u00e9destre, 35 pour l\u2019alpinisme, 18 pour la randonn\u00e9e \u00e0 skis ou en raquettes.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces chiffres sont \u00e9videmment \u00e0 diviser par la fr\u00e9quentation. Il y a bien plus de randonneurs p\u00e9destres que d\u2019alpinistes et bien plus de skieurs sur pistes que de randonneurs \u00e0 skis.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais malgr\u00e9 les am\u00e9liorations tr\u00e8s importantes de l\u2019\u00e9quipement des alpinistes et des skieurs, la fr\u00e9quence de chaque type d\u2019accidents ne diminue pas. Ainsi, l\u2019\u00e9tude des d\u00e9c\u00e8s par avalanche montre que les skieurs sont mieux \u00e9quip\u00e9s pour d\u00e9tecter des personnes ensevelies et qu\u2019ils les retrouvent plus souvent par eux-m\u00eames. Pourtant le nombre de d\u00e9c\u00e8s par avalanche ne diminue pas&nbsp;: la prise de risque est plus fr\u00e9quente, compensant les effets de l\u2019am\u00e9lioration du mat\u00e9riel.&nbsp;On se dit&nbsp;sans doute \u00ab&nbsp;Mon mat\u00e9riel est meilleur, je peux prendre plus de risques&nbsp;\u00bb.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>On fait maintenant des airbags port\u00e9s sur les \u00e9paules qui maintiennent les skieurs \u00e0 la surface de l\u2019avalanche. Mais les skieurs \u00e9quip\u00e9s de ces airbags seront tent\u00e9s d\u2019ignorer l\u2019instabilit\u00e9 des pentes qu\u2019ils traversent\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Des \u00e9volutions spectaculaires ont transform\u00e9 les v\u00eatements des alpinistes. Mes oncles partaient en haute montagne avec des vestes de tweed et des chaussures en cuir. Depuis, on a \u00e9norm\u00e9ment gagn\u00e9 sur le poids et sur l\u2019isolation thermique des chaussures et des v\u00eatements. Les grimpeurs peuvent camper accroch\u00e9s sur une paroi quasiment verticale.<\/p>\n\n\n\n<p>Les techniques de progression ne sont plus les m\u00eames. On n\u2019imagine plus les guides taillant des marches dans la glace pour leurs clients. Les uns comme les autres ont des piolets raccourcis qui s\u2019ancrent dans la glace quand on tire dessus.<\/p>\n\n\n\n<p>On joue toujours le jeu de la haute montagne, celui du risque, mais on le fait avec un bien meilleur \u00e9quipement.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Il faudrait analyser la prise de risque pour progresser<\/h4>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Si on veut arriver \u00e0 r\u00e9duire cette prise de risque, il faut s\u2019y int\u00e9resser.&nbsp; Elle est le produit de trois facteurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Le premier facteur est li\u00e9 \u00e0 notre \u00e9veil dans la montagne. Cette pente est-elle propice aux avalanches&nbsp;? Ce glacier pourrait-il contenir quelques crevasses&nbsp;? Ces corniches sont-elles susceptibles de s\u2019\u00e9crouler&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Cette prise de conscience d\u00e9pend de l\u2019attention que nous portons \u00e0 ce qui est autour de nous (amis r\u00eaveurs, r\u00e9veillez-vous&nbsp;!)<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le second facteur comprend les mesures qu\u2019on peut prendre pour r\u00e9duire le risque. En montagne, mettre le casque, s\u2019encorder, surveiller constamment la corde et le compagnon de cord\u00e9e. Sur la neige, aller assez vite pour passer avant que le soleil ait ramolli la neige.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le troisi\u00e8me facteur est le processus de d\u00e9cision. Pour d\u00e9m\u00ealer ce processus complexe il faut faire un peu de psychologie et apprendre \u00e0 se conna\u00eetre. J\u2019y reviendrai.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><a>2\/. Jeunesse en montagne.<\/a><\/h2>\n\n\n\n<p>J\u2019ai voulu raconter mes souvenirs de montagne comme le journal d\u2019une activit\u00e9 enti\u00e8rement consacr\u00e9e \u00e0 l\u2019inutile mais aussi comme autant de \u00ab&nbsp;bons&nbsp;\u00bb souvenirs, des aventures intenses et heureuses dont je veux garder la trace. <a><\/a><a><\/a><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><a>1956, ascension avec mon p\u00e8re (Dieu dans les pierriers<\/a>)&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/h3>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Cet \u00e9t\u00e9 de 1956, nous passons les vacances en famille. G\u00e9rard, mon p\u00e8re, Marie, ma m\u00e8re, et leurs quatre gar\u00e7ons&nbsp;: moi qui suis l\u2019a\u00een\u00e9, Fran\u00e7ois, Jean et Robert. Mes parents ont choisi le village montagnard d\u2019\u00c9vol\u00e8ne, en Suisse.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mon p\u00e8re m\u2019emm\u00e8ne faire l\u2019ascension du pic d\u2019Artzinol, un sommet de 3000 m d\u2019altitude, accessible depuis \u00c9vol\u00e8ne. Je n\u2019ai que 11 ans. Je n\u2019ai pas de souvenir de l\u2019ascension ni du sommet. Sur le trajet du retour mon p\u00e8re doit trouver un cheminement pour traverser un pierrier c\u2019est-\u00e0-dire un entassement de cailloux de toutes les formes et de toutes tailles, en positions instables et aptes \u00e0 rouler sous nos pas. La travers\u00e9e de ce pierrier se r\u00e9v\u00e8le moins probl\u00e9matique que ne le sugg\u00e9rait son aspect formidable.<\/p>\n\n\n\n<p>A la fin de cette travers\u00e9e, mon p\u00e8re me dit&nbsp;:&nbsp;\u00ab&nbsp;Bernard, nous allons remercier Dieu de nous avoir laiss\u00e9 traverser ce pierrier&nbsp;\u00bb et il fait une pri\u00e8re silencieuse. Je suis surpris, n\u2019\u00e9tant pas pr\u00e9par\u00e9 \u00e0 cette irruption du divin. Je connaissais mon p\u00e8re rationaliste. Avec lui, le monde est le plus souvent explicable par la raison.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais je d\u00e9couvre lors de cette excursion que pour un petit pierrier, il fait confiance \u00e0 la raison et au calcul, pour un pierrier de taille moyenne, il fait confiance \u00e0 son \u00e9pouse et pour un tr\u00e8s grand pierrier on fait confiance \u00e0 Dieu&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Un probl\u00e8me int\u00e9ressant&nbsp;: comment trouver le positionnement initial des pierres d\u2019un chalet d\u00e9truit&nbsp;?<\/h4>\n\n\n\n<p>Les empilements de cailloux me rappellent la r\u00e8gle qui permet de reconstruire un mur en pierres s\u00e8ches, c\u2019est \u00e0 dire sans liant entre les pierres, \u00e0 partir d\u2019un tas de pierres. Si les pierres proviennent d\u2019une avalanche ou du lit d\u2019une rivi\u00e8re, elles ont roul\u00e9 les unes sur les autres, ce qui leur a donn\u00e9 une forme sph\u00e9ro\u00efdale. Ces pierres ne sont pas ad\u00e9quates pour construire un mur. Il faut qu\u2019il y ait une proportion minimale de pierres avec des grandes faces plates. Mes cousins Pernot ont rencontr\u00e9 ce probl\u00e8me lorsqu\u2019ils ont reconstruit un chalet d\u2019alpage qui avait \u00e9t\u00e9&nbsp;\u00bb d\u00e9truit par le vent. Toutes les pierres du chalet \u00e9taient l\u00e0, mais leurs relations \u00e9taient perdues (quelles pierres \u00e0 quelles places dans le mur et avec quelles orientations&nbsp;?) La technique consiste \u00e0 caler les grandes pierres en ins\u00e9rant des petites dans les espaces entre les grandes. Choisissons une belle pierre et examinons-la. Les pierres qui proviennent d\u2019une ruine poss\u00e8dent g\u00e9n\u00e9ralement des faces plates. La r\u00e8gle qu\u2019il faut respecter pour reconstruire un bon mur est la suivante&nbsp;: il faut positionner dans le mur cette grande pierre avec la plus grande face orient\u00e9e vers le haut. Ainsi, on pourra caler cette grande pierre en utilisant des plus petits cailloux que l\u2019on pose sur cette grande face et qui vont y rester. Inversement, si la face sup\u00e9rieure est un peu ronde, les petites pierres plac\u00e9es sur cette face pourront trop facilement sortir de leurs logements et rouler hors du mur. Je dois cette r\u00e8gle \u00e0 Georges Delplanque, qui savait reconna\u00eetre l\u2019histoire d\u2019un tas de pierres.<\/p>\n\n\n\n<p>La travers\u00e9e du pierrier me rappelle une confidence que me fit l\u2019une de mes tantes qui connaissait bien mon p\u00e8re et son fr\u00e8re Francis :&nbsp;\u00ab&nbsp;G\u00e9rard est un pur&nbsp;\u00bb. Elle ne m\u2019a pas expliqu\u00e9 ce qu\u2019elle voulait dire, mais je peux essayer de le deviner. Une mati\u00e8re est pure si elle n\u2019est pas m\u00e9lang\u00e9e \u00e0 d\u2019autres. Aurais-je du comprendre qu\u2019un \u00eatre pur ne se m\u00e9lange pas dans les contacts avec le reste du monde&nbsp;? Par exemple les cailloux&nbsp;ronds ne se m\u00e9langent pas avec les cailloux plats. Aurions-nous pu trouver plusieurs cheminements \u00e0 travers le pierrier&nbsp;? Je suis envahi par les questions et par les doutes. G\u00e9rard \u00e9tait ing\u00e9nieur. Il n\u2019avait pas de doutes, mais je ne savais jamais ce qu\u2019il pensait vraiment. Alors je suis devenu chercheur pour avoir le droit au doute.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><a>J\u2019ai appris seul \u00e0 faire une carte (de 12 \u00e0 15 ans)<\/a><\/h3>\n\n\n\n<p>Les \u00e9t\u00e9s suivants, marchant seul sur le plateau du Vivarais, je joue \u00e0 rep\u00e9rer ma position par rapport \u00e0 celles des accidents du terrain et \u00e0 tracer sur un papier des triangles reliant le point o\u00f9 je pense \u00eatre arriv\u00e9 aux principaux rep\u00e8res. J\u2019en fais une carte \u00e0 travers laquelle il me semble comprendre le langage du terrain.<\/p>\n\n\n\n<p>A la fin du s\u00e9jour je suis un jeune sauvageon, ma\u00eetre quand il faut tracer un itin\u00e9raire, mais incapable d\u2019\u00e9changer dans la langue que parlent les gar\u00e7ons et les filles de nos contr\u00e9es. Je parle le terrain mais pas l\u2019humain.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><a><\/a><a><\/a><a>3\/ Premiers <\/a>s\u00e9jours avec des camarades de mon \u00e2ge.<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><a>Avec les \u00e9l\u00e8ves fran\u00e7ais, je ne trouve pas les cl\u00e9s<\/a><\/h3>\n\n\n\n<p>En 1955, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 10 ans, je fr\u00e9quente&nbsp;un coll\u00e8ge \u00e0 Paris, dans les b\u00e2timents du lyc\u00e9e Voltaire. C\u2019est ma premi\u00e8re scolarisation. En effet jusqu\u2019ici, c\u2019est ma m\u00e8re qui m\u2019enseignait \u00e0 la maison. J\u2019allais aux cours Hattemer le vendredi.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me retrouve au milieu de ces enfants issus de milieux vraiment tr\u00e8s divers, ce qui me cause un choc social. De plus, les relations entre ces \u00e9l\u00e8ves sont tr\u00e8s conflictuelles. On le voit et on l\u2019entend pendant les interclasses. La cour de r\u00e9cr\u00e9ation est travers\u00e9e par un passage qui relie deux b\u00e2timents. A chaque extr\u00e9mit\u00e9 du passage, il y a un petit perron qui borde un escalier de quatre marches. A la r\u00e9cr\u00e9ation, des bandes d\u2019enfants se forment avec comme but la conqu\u00eate de ces perrons et l\u2019exclusion des intrus. Les bagarres entre ces bandes envahissent toute la cour. Un jour, un \u00e9l\u00e8ve que je ne connais pas s\u2019adresse \u00e0 moi et me dit&nbsp;: je suis avec toi. Je lui demande son nom. Il s\u2019appelle Lafay et son nom reste dans ma m\u00e9moire.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce passage par la cour de r\u00e9cr\u00e9ation renforce mon sentiment que ce monde est peupl\u00e9 de gens hostiles ou dangereux, mais que,&nbsp;m\u00eame dans un monde hostile, je peux rencontrer des individus qui me soutiendront ou bien me prot\u00e8geront.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><a>Avec la m\u00e9thode fran\u00e7aise, je skie toujours tout droit&nbsp;!<\/a><\/h3>\n\n\n\n<p>L\u2019ann\u00e9e suivante, pendant les cong\u00e9s du nouvel an, ce coll\u00e8ge organise un s\u00e9jour de ski, \u00e0 Val d\u2019Is\u00e8re. Ce s\u00e9jour est encadr\u00e9 par des professeurs d\u2019\u00e9ducation physique. Me voici dans une chambr\u00e9e avec trois autres \u00e9l\u00e8ves que je ne connais pas.&nbsp;Deux d\u2019entre eux sont imm\u00e9diatement hostiles et pr\u00eats \u00e0 me pourrir le s\u00e9jour, mais le troisi\u00e8me, plus \u00e2g\u00e9, me prend sous sa protection.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur la neige, avec des skis aux pieds, \u00e7a glisse en avant ou en arri\u00e8re. Je trouve naturellement comment glisser en avant&nbsp;; en poussant un peu sur les b\u00e2tons, les skis glissent, je vais tout droit dans la direction des skis et je m\u2019arr\u00eate quand j\u2019ai perdu la vitesse.<\/p>\n\n\n\n<p>Lors d\u2019une descente \u00e0 skis, le professeur nous demande de glisser en avant, virer et nous arr\u00eater. C\u2019est l\u2019\u00e9poque o\u00f9 on enseigne la m\u00e9thode fran\u00e7aise pour virer, qui consiste \u00e0 faire avec le haut du corps un mouvement de rotation, qui entra\u00eene le bas du corps puis les skis. Pour r\u00e9ussir ce mouvement, il faut que les skis soient \u00e0 plat sur la neige. Le professeur nous r\u00e9p\u00e8te cette derni\u00e8re consigne plusieurs fois, mais quand vient mon tour, j\u2019ai beau essayer, les skis ne tournent pas et je file tout droit. Le professeur, craignant le pire, hurle \u00ab&nbsp;sur les fesses&nbsp;!&nbsp;\u00bb. Mon azimut de glissement est bien choisi, j\u2019\u00e9vite les arbres et je vais loin. La chute finale n\u2019est pas grave.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s cette exp\u00e9rience, je passe tout l\u2019apr\u00e8s-midi \u00e0 essayer de mettre les skis \u00e0 plats, conform\u00e9ment \u00e0 cette consigne absurde. Apr\u00e8s de nombreux essais infructueux, je suis surnomm\u00e9 \u00ab&nbsp;trompe-la-mort&nbsp;\u00bb.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><a>Premier s\u00e9jour avec les scouts, chasse-neige.<\/a><\/h3>\n\n\n\n<p>Deux ans plus tard, je suis de nouveau au ski, avec des scouts. Nous sommes log\u00e9s \u00e0 Grindelwald dans des baraques de l&#8217;arm\u00e9e suisse. Le jour de l\u2019arriv\u00e9e je vois des enfants de mon \u00e2ge s&#8217;amuser \u00e0 descendre d&#8217;une petite butte (deux m\u00e8tres de haut) avec les skis \u00e9cart\u00e9s en V dans la configuration nomm\u00e9e \u00ab&nbsp;chasse-neige&nbsp;\u00bb. Ils n\u2019ont aucun probl\u00e8me pour tourner. J\u2019essaye de les imiter et, r\u00e9v\u00e9lation, \u00e7a marche&nbsp;! Je peux descendre en tournant d\u2019un c\u00f4t\u00e9, de l\u2019autre et je peux m\u2019arr\u00eater. Ce ne sont plus les skis qui d\u00e9cident o\u00f9 je vais&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Le lendemain tous les groupes de skieurs se tassent dans le chemin de fer \u00e0 cr\u00e9maill\u00e8re qui monte en haut des pistes. Le trajet prend longtemps mais je suis absorb\u00e9 par les vues que je trouve magnifiques par leur luminosit\u00e9. Sorti du train, je suis encore tout \u00e0 ma r\u00eaverie et je me d\u00e9p\u00eache de rejoindre mon groupe, qui est d\u00e9j\u00e0 en train de travailler leur chasse-neige. Alors commence une longue descente sur une piste facile. Il me semble qu\u2019elle dure des kilom\u00e8tres jusqu\u2019\u00e0 la gare inf\u00e9rieure du chemin de fer \u00e0 cr\u00e9maill\u00e8re. De retour \u00e0 nos baraques, le repas du soir est compos\u00e9 de pommes de terre et accompagn\u00e9 de chants.<\/p>\n\n\n\n<p>Le ski en Suisse est un sport tranquille.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><a>1959, premiers virages parall\u00e8les.<\/a><\/h3>\n\n\n\n<p>L\u2019ann\u00e9e suivante je suis avec un autre groupe dans le massif du D\u00e9voluy.&nbsp; Il n\u2019a pas neig\u00e9 depuis longtemps ce rend la neige dure et glissante. Quand j\u2019ai pris assez de vitesse j\u2019arrive \u00e0 d\u00e9clencher un virage skis parall\u00e8les.<\/p>\n\n\n\n<p>Au repas j\u2019entends deux jeunes de mon \u00e2ge chuchoter des nouvelles confidentielles&nbsp;: le meilleur skieur du groupe a \u00e9t\u00e9 vu avec la fille de l\u2019h\u00f4telier. La rumeur se r\u00e9pand et devient&nbsp;: \u00ab&nbsp;Olivier a pelot\u00e9 Jacqueline&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne sais pas quoi faire de ce ragot, pas plus que je ne savais quoi faire dans la cour de r\u00e9cr\u00e9ation. J\u2019ai 14 ans.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><a>Exp\u00e9rience avec Jean, chef scout&nbsp;: apprendre \u00e0 construire un igloo.<\/a><\/h3>\n\n\n\n<p>Vers 1960, les conditions climatiques sont bien plus rudes qu\u2019aujourd\u2019hui : il y avait beaucoup plus de neige en hiver dans les montagnes du Jura, qui s\u00e9parent la France de la Suisse.<\/p>\n\n\n\n<p>Mon fr\u00e8re Jean est responsable d\u2019un groupe de scouts dont les activit\u00e9s se d\u00e9roulent dans des for\u00eats froides et humides autour de Paris. Un parent demande pourquoi les scouts ne pourraient-ils pas aller en montagne o\u00f9 l\u2019air est plus vif et la lumi\u00e8re plus claire. Un autre parent sugg\u00e8re que les enfants aillent faire du ski.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi na\u00eet l\u2019id\u00e9e folle d\u2019aller skier en f\u00e9vrier. Les familles scoutes ont peu d\u2019argent, mais beaucoup d\u2019enthousiasme, il ne leur est pas possible de payer l\u2019h\u00f4tel, aussi le projet \u00e9volue en \u00ab&nbsp;camp de ski&nbsp;\u00bb, au sens&nbsp;: allez dans le Jura sur les hauts plateaux de la D\u00f4le, et construisez votre igloo&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Pourquoi ne pas tout simplement coucher sous une tente&nbsp;? Parce que le froid fait peur \u00e0 l\u2019\u00e9poque et qu\u2019une tente est plus froide qu\u2019un igloo. En effet l\u2019igloo est une construction \u00e9tonnante. Il combine astucieusement les principes de la voute et de la spirale et il procure une r\u00e9sistance au vent ainsi qu\u2019une isolation thermique exceptionnelles. Mais sa construction requiert l\u2019extraction fatigante d\u2019un grand nombre de blocs de neige d\u00e9coup\u00e9s au moyen d\u2019une pelle \u00e0 neige. Il faut \u00eatre entre deux et quatre personnes : un fournisseur de blocs, un ou deux transporteurs et un constructeur. Il faut encore disposer d\u2019une couche de neige ayant une bonne coh\u00e9sion, pas trop fraiche ni trop tass\u00e9e, car c\u2019est \u00e9puisant de manipuler des blocs lourds. L\u2018\u00e9paisseur typique de la paroi de l\u2019igloo est de 10 cm.<\/p>\n\n\n\n<p>Le couchage en igloo permet d\u2019aller dans des endroits compl\u00e8tement sauvages, totalement isol\u00e9s. Il n\u2019a pas de sens pour un s\u00e9jour dans des lieux habit\u00e9s, sauf comme jeu pour les enfants. En pr\u00e9voyant uniquement un couchage en igloo, on risque de ne pas avoir d\u2019abri si la couverture neigeuse est insuffisante. Il est donc utile de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 l\u2019avance aux types d\u2019abris qu\u2019on va rencontrer ou qu\u2019il faudra construire.<\/p>\n\n\n\n<p>On peut classer les diff\u00e9rents types d\u2019abris pour skieurs et randonneurs suivant leur niveau de confort. Un igloo assez grand prot\u00e8ge du froid et du vent, et permet de s\u2019allonger pour dormir. Je classerais donc les igloos en haut de la cat\u00e9gorie \u00ab&nbsp;survie&nbsp;\u00bb des abris. Ensuite dans la cat\u00e9gorie \u00ab&nbsp;sec mais froid&nbsp;\u00bb, il y a les tentes et les abris de secours qu\u2019on trouve au bout des \u00e9tables en Suisse. Je note un probl\u00e8me r\u00e9current pour les igloos comme pour les tentes, c\u2019est la condensation de l&#8217;eau sur les faces internes des parois, d\u2019o\u00f9 elle retombe sur les sacs de couchage. En hiver, on peut g\u00e9rer cette condensation si l&#8217;int\u00e9rieur de la tente est assez froid pour que l&#8217;eau des respirations se condense sous forme de neige qu\u2019on peut \u00e9pousseter au matin. Mais cela demande du mat\u00e9riel moderne. L\u2019int\u00e9rieur de la tente reste froid, donc il faut un sac de couchage tr\u00e8s isolant thermiquement.<\/p>\n\n\n\n<p>En une demi-journ\u00e9e nous construisons deux grands igloos pour loger six scouts dans chaque. La nuit tombe tr\u00e8s vite. Les mieux organis\u00e9s sortent leurs lampes. Un autre groupe, parti plus tard de Paris, devait nous rejoindre au campement et nous nous demandons s\u2019ils vont r\u00e9ussir \u00e0 traverser la for\u00eat sans se perdre. Heureusement, la lune de l\u00e8ve. Sa clart\u00e9 nous aide \u00e0 faire le d\u00eener et \u00e0 installer au mieux notre camp. Nous passons une bonne nuit car \u00e0 six dormeurs dans un igloo, il fait bon.<\/p>\n\n\n\n<p>Au r\u00e9veil, nous n\u2019avons pas froid mais nos sacs de couchage sont mouill\u00e9s. Un examen de la face interne de la paroi r\u00e9v\u00e8le des stalactites qui goutent sur nous. Pour les nuits suivantes, nous \u00e9vitons cet arrosage en lissant la face interne de la paroi.<\/p>\n\n\n\n<p>Au cours de la journ\u00e9e nous explorons le plateau. Pour des ados qui vivent en ville, \u00e0 plusieurs par pi\u00e8ce, c\u2019est fantastique de jouir d\u2019un espace dont on ne voit pas les limites. Nous nous partageons ce territoire en royaumes et nous en imaginons diff\u00e9rentes utilisations. Celle qui a le plus de succ\u00e8s est le tremplin de saut \u00e0 skis, positionn\u00e9 devant le mur sud d\u2019une vacherie, qui sert de tribune et de point de regroupement.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019air est froid mais sec. Le soleil r\u00e9chauffe les pierres.&nbsp;Nous sommes bien.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><a>A l\u2019UCPA, je ne savais pas parler aux filles (j\u2019ai environ 16 ans)<\/a><\/h3>\n\n\n\n<p>Quelques ann\u00e9es plus tard, je participe \u00e0 un stage d\u2019alpinisme de l\u2019UCPA, encadr\u00e9 par un guide de haute montagne. Ce vieux guide nous m\u00e8ne dans des escalades faciles et sans danger pour un groupe d\u2019adolescents d\u00e9couvrant la montagne. Derri\u00e8re lui, je suis impatient comme un jeune homme press\u00e9 qui cherche \u00e0 sortir de la foule.<\/p>\n\n\n\n<p>La moiti\u00e9 des stagiaires sont des filles, qui vont int\u00e9grer des Ecoles Normales d\u2019Institutrices. L\u2019une d\u2019elles, nomm\u00e9e Dominique P., me ram\u00e8ne en voiture \u00e0 Grenoble. Je constate avec \u00e9tonnement que je n\u2019ai pas grand chose \u00e0 lui dire. Nous avons une conversation polie, mais nous sommes trop semblables.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019imagine alors que pour \u00e9veiller l\u2019int\u00e9r\u00eat des filles, il faut avoir quelque chose \u00e0 dire et savoir faire de beaux discours.<\/p>\n\n\n\n<p>Il me faudra longtemps pour renverser les termes de l\u2019\u00e9quation et comprendre que ce qui me manquait \u00e9tait l\u2019int\u00e9r\u00eat et l\u2019\u00e9coute, plut\u00f4t que les belles paroles.<a><\/a><a><\/a><a><\/a><a><\/a><a><\/a><a><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Nos vacances en montagne avec Jean, ann\u00e9es 70\u2019<\/p>\n\n\n\n<p>En 1966, je suis en vacances \u00e0 Zermatt avec mes parents et mon fr\u00e8re Jean. A posteriori, je pleins mes pauvres parents car nous allions partout, nous ne tenions pas en place.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Un jour, nous sommes partis par le col Suisse-Italie vers Cervinia. De l\u00e0, nous avons pris un car jusqu&#8217;\u00e0 Aoste puis Cogne, o\u00f9 nous rencontrons avec jeune et brillant aspirant guide nomm\u00e9 Cesare Guida. Nous faisons affaire avec lui et il nous donne rendez-vous quelques jours plus tard au refuge Victor Emmanuel. De l\u00e0, nous grimpons tous les trois l&#8217;Herbetet puis d&#8217;autres sommets voisins.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me souviens que je tra\u00e7ais des itin\u00e9raires sur la carte et n\u2019ayant pas de meilleure id\u00e9e, ou plus rationnelle, ils suivaient mes d\u00e9sirs.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Pour le trajet de retour vers la France, nous avons franchi les Alpes en car (en passant par le col du Petit St Bernard). Nous sommes pass\u00e9s de la Maurienne \u00e0 la Grave par un col dangereux, le Martignare.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s le col de Martignare, nous avons d\u00e9pass\u00e9 le point d\u2019\u00e9puisement des participants.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avons alors ralli\u00e9 le village du Monetier, o\u00f9 je devais participer \u00e0 un stage UCPA d\u2019une semaine pendant que Jean, lui, allait faire un camp de formation scout \u00e0 Freyssini\u00e8res (plus au Sud).&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Je me rappelle encore le pr\u00e9nom des filles du camp UCPA d\u2019Ailefroide, comme si c\u2019\u00e9tait essentiel. Dominique et Anne \u00e9taient comme nous, promises \u00e0 rentrer dans des grandes \u00e9coles. Donc, on se ressemblait trop pour qu\u2019il y ait une aventure amoureuse car pour moi, pour qu\u2019il y ait de l\u2019int\u00e9r\u00eat et du d\u00e9sir, il faut qu\u2019il y ait suffisamment de diff\u00e9rence de caract\u00e8re. C\u00e9lie et moi \u00e9tions d\u2019ailleurs tr\u00e8s diff\u00e9rents et compl\u00e9mentaires. C\u2019est parce qu\u2019elle m\u2019a ouvert \u00e0 un monde nouveau, totalement diff\u00e9rent du bien que je suis tomb\u00e9 amoureux.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><a>4\/ Aventures en alpinisme en Europe.<\/a><\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">&nbsp;<a>Pris dans une <\/a><a><\/a><a>avalanche au col de Tri\u00e8ves<\/a>.<\/h3>\n\n\n\n<p>En 1970, je suis en vacances au ski avec mes parents et mes fr\u00e8res Jean et Robert (Fran\u00e7ois n\u2019\u00e9tait probablement pas avec nous). 10 cm de neige fra\u00eeche sont tomb\u00e9s trois jours auparavant, mais il fait tr\u00e8s froid et cette fine couche ne s\u2019est pas transform\u00e9e en neige coh\u00e9sive.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La neige est un mat\u00e9riau qui change constamment.&nbsp; Elle est produite sous forme de flocons peu denses qui s\u2019accrochent les uns aux autres par leurs pointes. C\u2019est la neige poudreuse ch\u00e8re aux skieurs. Et puis les flocons se tassent sous les effets des changements de temp\u00e9rature et du vent&nbsp;: la couche de neige peut ainsi fabriquer des plaques coh\u00e9sives (plaques \u00e0 vent qui menacent les skieurs de montagne, neige cartonn\u00e9e ou crout\u00e9e ensuite). Enfin sous l\u2019effet d\u2019une diff\u00e9rence de temp\u00e9rature, la neige peut devenir la \u00ab&nbsp;neige \u00e0 gobelets&nbsp;\u00bb qui joue le r\u00f4le d\u2019un roulement \u00e0 billes et facilite le d\u00e9crochage et la descente ultra-rapide des plaques dans la couche de neige d\u00e9stabilis\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Le moteur de l\u2019avalanche, c\u2019est la gravit\u00e9, donc le risque d\u00e9pend de la pente. Si la pente a un angle inf\u00e9rieur \u00e0 20\u00b0, la force gravitationnelle n\u2019est pas assez grande pour mettre la neige en mouvement&nbsp;; si cet angle est sup\u00e9rieur \u00e0 40 degr\u00e9s, la plupart des avalanches possibles se d\u00e9clenchent spontan\u00e9ment sans attendre le passage des skieurs. Les pentes d\u2019angle compris entre 20\u00b0 et 40\u00b0, favorites des skieurs hors-pistes qui veulent y laisser la trace de leurs virages, sont donc \u00e9galement favorables \u00e0 l\u2019avalanche d\u00e9clench\u00e9e par les skieurs. Les montagnards jugent prudent d\u2019attendre trois jours apr\u00e8s une chute de neige pour que la couche de neige fraiche se stabilise.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour cette petite exp\u00e9dition, je sers de guide \u00e0 mon p\u00e8re et mes fr\u00e8res Jean et Robert. A ski, nous suivons l\u2019itin\u00e9raire de la travers\u00e9e du refuge du Carro \u00e0 celui des Evettes en Haute Maurienne. Sur cette route se trouve l\u2019acc\u00e8s au col de Tri\u00e8ves, o\u00f9 la pente atteint environ 40\u00b0sur 100 m de haut et comporte un risque d\u2019avalanche substantiel, d\u2019autant plus que cette pente est orient\u00e9e au Nord.<\/p>\n\n\n\n<p>Arriv\u00e9s en vue de ce passage d\u00e9licat, je mets le groupe \u00e0 l\u2019abri derri\u00e8re des petits rochers, d\u00e9chausse les skis, que j\u2019accroche sur mon sac \u00e0 dos. Je commence \u00e0 monter, les pieds dans la neige et les b\u00e2tons aux mains. Soudain, j\u2019entends un souffle et je vois des fissures qui se propagent dans la couche de neige. Je me trouve entrain\u00e9 dans la pente avec l\u2019avalanche. Au d\u00e9but je suis debout, mais ensuite je roule avec la neige qui descend et passe au-dessus d\u2019une petite muraille d\u2019environ deux m\u00e8tres de haut. Entra\u00een\u00e9 par la neige, je saute moi-aussi ce muret mais je parviens \u00e0 m\u2019accrocher au sol. L\u2019avalanche continue puis s\u2019arr\u00eate une cinquantaine de m\u00e8tres plus bas. J\u2019annonce aux autres qu\u2019il n\u2019y a plus de risque, je r\u00e9cup\u00e8re mes b\u00e2tons et nous remontons la pente \u00e0 pied jusqu\u2019au col.<\/p>\n\n\n\n<p>A posteriori, si je m\u2019en suis bien sorti c\u2019est parce qu\u2019il y avait tr\u00e8s peu de neige fra\u00eeche, que je n\u2019avais pas mes skis aux pieds et que cette petite muraille de rocher \u00e9tait miraculeusement bien plac\u00e9e. J\u2019ai donc eu de la chance car toutes ces conditions \u00e9taient n\u00e9cessaires ensemble pour une issue heureuse.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><a><\/a><a><\/a><a>Crevasses \u00e0&nbsp;Saleina<\/a>&nbsp;: 1971, avec Fran\u00e7ois.<\/h3>\n\n\n\n<p>Un glacier s\u2019\u00e9coule sous l\u2019effet de son poids, sur des temps extr\u00eamement longs. Parfois cela se passe bien, mais d\u2019autres fois, cet \u00e9coulement se traduit par l\u2019expulsion de blocs de glace (s\u00e9racs) aux endroits soumis \u00e0 une compression et par l\u2019ouverture de cavit\u00e9s (crevasses) dans les r\u00e9gions soumises \u00e0 des forces de traction.<\/p>\n\n\n\n<p>Je fais connaissance avec une crevasse \u00e0 la fin d\u2019une excursion que je fais avec mon fr\u00e8re Fran\u00e7ois. Nous traversons les glaciers du Tour et du Trient. Au petit matin, le paysage compos\u00e9 par ces d\u00f4mes glaciaires transperc\u00e9s par des aiguilles de granit est d\u2019une grande beaut\u00e9. Puis nous passons \u00e0 travers la fen\u00eatre de Saleina et descendons sans difficult\u00e9 jusqu\u2019au glacier dont la travers\u00e9e se termine par \u00e0 endroit qui semble facile car relativement plat.<\/p>\n\n\n\n<p>Voyant le refuge \u00e0 quelques centaines de m\u00e8tres devant moi, je marche tout droit, directement sur la neige qui recouvre le glacier. J\u2019aper\u00e7ois des gens qui, depuis la terr0asse, crient \u00ab&nbsp;hou \u2013 hou&nbsp;\u00bb et quelque chose que je ne comprends pas. Essayent-ils de nous pr\u00e9venir&nbsp;d\u2019un danger ? Soudain, je passe du niveau z\u00e9ro au niveau \u20131, o\u00f9 je me balance au bout de la corde. Je suis tomb\u00e9 dans une crevasse. Fran\u00e7ois a vu ma chute et il a bien r\u00e9agi en &nbsp;&nbsp;bloquant la corde de son c\u00f4t\u00e9. Je comprends que j\u2019ai march\u00e9 sur ce qu\u2019on appelle un pont de neige, c\u2019est-\u00e0-dire un pi\u00e8ge de m\u00eame nature qu\u2019une chausse-trappe au-dessus des oubliettes d\u2019un ch\u00e2teau du moyen-\u00e2ge.<\/p>\n\n\n\n<p>Un peu plus bas sous moi il y a un r\u00e9tr\u00e9cissement dans la crevasse. Plus bas encore, la crevasse s\u2019ouvre sur le niveau -2 o\u00f9 coule le torrent nourri par le glacier. Je crie \u00e0 Fran\u00e7ois pour lui demander de rel\u00e2cher un peu de corde afin que je puisse poser les pieds sur le r\u00e9tr\u00e9cissement.<\/p>\n\n\n\n<p>Comment sortir de l\u00e0&nbsp;? Fran\u00e7ois a bien bloqu\u00e9 ma chute, mais il ne peut pas me tirer hors de la crevasse. Pour cela, il faut que je me soul\u00e8ve et soulage la corde de mon poids. Je chercher un appui sur lequel pousser. \u00c7a ne semble pas impossible, car la crevasse est \u00e9troite, ses parois sont s\u00e9par\u00e9es d\u2019un m\u00e8tre seulement. Et, bonne nouvelle, j\u2019ai gard\u00e9 mon piolet \u00e0 la main. Je taille des marches dans les parois de la crevasse. Quand je monte d\u2019une marche, Fran\u00e7ois reprend 20 cm de la corde. Encore une dizaine de marches et Fran\u00e7ois me tracte hors de la crevasse. J\u2019ai eu de la chance que ce soit une petite crevasse&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin sorti, je regarde autour de moi. Nous sommes dans un labyrinthe de crevasses. Vraisemblablement, nous n\u2019avons pas travers\u00e9 le glacier de Saleina au bon endroit. Nous avons suivi l\u2019itin\u00e9raire d\u2019hiver (pour skieurs) plut\u00f4t que celui d\u2019\u00e9t\u00e9 (pour pi\u00e9tons).&nbsp;Pour trouver la sortie, nous utilisons nos piolets comme sondes pour d\u00e9celer les crevasses et les \u00ab&nbsp;ponts de neige&nbsp;\u00bb qui ne supportent pas le poids d\u2019une personne. Si en enfon\u00e7ant le manche du piolet on per\u00e7oit une r\u00e9sistance de plus en plus grande, c\u2019est bon signe. Nous sortons du labyrinthe en invoquant D\u00e9dale et le Minotaure.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"768\" src=\"https:\/\/bernardcabane.net\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/Glacier-Saleina-touristes-1024x768.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-430\" srcset=\"https:\/\/bernardcabane.net\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/Glacier-Saleina-touristes-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/bernardcabane.net\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/Glacier-Saleina-touristes-300x225.jpg 300w, https:\/\/bernardcabane.net\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/Glacier-Saleina-touristes-768x576.jpg 768w, https:\/\/bernardcabane.net\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/Glacier-Saleina-touristes-1536x1152.jpg 1536w, https:\/\/bernardcabane.net\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/Glacier-Saleina-touristes-2048x1536.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">En touristes sur le glacier de Saleina. <\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><a><\/a><a><\/a><a><\/a><a>La rencontre avec Yves.<\/a><\/h3>\n\n\n\n<p>Quelques ann\u00e9es plus tard, je dois avoir 26 ans, je participe \u00e0 des sorties collectives organis\u00e9es par le Club Alpin fran\u00e7ais. C\u2019est l\u00e0 que je rencontre Yves. Nous devenons compagnons de cord\u00e9e car je sais que je peux lui faire confiance lorsque les choses deviennent difficiles. Il s\u2019adapte \u00e0 la difficult\u00e9 et il a de bonnes r\u00e9actions, au point qu\u2019il en devient encore meilleur.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous partageons le go\u00fbt de l\u2019aventure et recherchons celles qui m\u00e9ritent notre besoin d\u2019engagement personnel. Nous avons tous deux besoin de prendre nos propres d\u00e9cisions et d\u2019assumer leurs cons\u00e9quences, plut\u00f4t que de marcher sagement au milieu d\u2019un groupe.<\/p>\n\n\n\n<p>En plus, nous nous entendons bien et lorsque nous sommes bloqu\u00e9s par le mauvais temps \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un refuge, nous pouvons passer la journ\u00e9e \u00e0 discuter de nos passions respectives, la sociologie pour lui, la physique pour moi, et de tout autre sujet.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"692\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/bernardcabane.net\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/Yves-2-692x1024.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-424\" srcset=\"https:\/\/bernardcabane.net\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/Yves-2-692x1024.jpeg 692w, https:\/\/bernardcabane.net\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/Yves-2-203x300.jpeg 203w, https:\/\/bernardcabane.net\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/Yves-2.jpeg 702w\" sizes=\"auto, (max-width: 692px) 100vw, 692px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Yves, mon compagnon de cord\u00e9e<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><a>Les d\u00e9mons de la descente, avec Yves, 1971<\/a><\/h3>\n\n\n\n<p>Notre premi\u00e8re \u00ab&nbsp;grande course&nbsp;\u00bb \u00e0 deux, se passe \u00e0 Chamonix et je choisis le Chardonnet par l\u2019ar\u00eate Forbes car c\u2019est un bel itin\u00e9raire et il est cot\u00e9 \u00ab&nbsp;peu difficile&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Les deux seuls points un peu d\u00e9licats pourraient \u00eatre, d\u2019abord de franchir une pente de neige assez raide au d\u00e9part, appel\u00e9e \u00ab&nbsp;la bosse&nbsp;\u00bb, mais nos crampons \u00e0 douze pointes l\u2019avalent en quelques enjamb\u00e9es&nbsp;; puis de suivre l\u2019ar\u00eate Forbes jusqu\u2019au sommet, ce qui ne nous pose pas de difficult\u00e9 particuli\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mais les probl\u00e8mes vont appara\u00eetre \u00e0 la descente&nbsp;: par o\u00f9 se trouve la sortie&nbsp;? Comment descend-on de cette montagne pourtant facilement conquise&nbsp;? Je regarde de tous les c\u00f4t\u00e9s, cela me semble trop raide partout. Je sors du sac la description de l\u2019itin\u00e9raire et nous voil\u00e0 descendant un large couloir, avec rien pour nous accrocher. Il faut descendre face \u00e0 la pente, les pieds bien \u00e9cart\u00e9s pour ne pas accrocher les crampons d\u2019un pied dans les lani\u00e8res de l\u2019autre pied.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est le moment o\u00f9 s\u2019approchent les d\u00e9mons de la descente, les petites voix qui vous feraient rel\u00e2cher votre attention : \u00ab&nbsp;\u00c9coute ton corps, tu es peu fatigu\u00e9, rel\u00e2che un peu la tension dans tes muscles, ferme les yeux un tout petit instant, \u00e7a sera tellement bon et personne n\u2019en saura rien&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Je les chasse. Je rejoins Yves, qui m\u2019attend, debout, sur un m\u00e9diocre replat. Nous descendons ainsi trois longueurs sans v\u00e9ritable assurance. Nous retrouvons enfin les traces de nos pr\u00e9d\u00e9cesseurs, dont on voit qu\u2019ils sont descendus jusqu\u2019au glacier, qu\u2019ils ont travers\u00e9 en sautant les crevasses. Peu soucieux d\u2019innover \u00e0 ce stade, nous faisons les m\u00eames sauts. Les l\u00e8vres des crevasses tiennent bon et les traces nous ram\u00e8nent au refuge.<\/p>\n\n\n\n<p>En pr\u00e9parant l\u2019itin\u00e9raire, j\u2019ai bien pr\u00e9vu les difficult\u00e9s de la mont\u00e9e, mais pas du tout celles de la descente.&nbsp;Je retiens que tous les itin\u00e9raires de descente m\u00e9ritent d\u2019\u00eatre \u00e9valu\u00e9s de mani\u00e8re critique, y compris ceux qui sont r\u00e9put\u00e9s \u00eatre \u00ab sans difficult\u00e9 particuli\u00e8re&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><a><\/a><a><\/a><a>Le Mont Blanc \u00e0 ski<\/a> avec Yves<\/h3>\n\n\n\n<p>Je suis all\u00e9 trois fois au Mont Blanc&nbsp;: \u00e0 ski avec Yves, par le refuge des Grands Mulets&nbsp;; de nouveau \u00e0 ski, avec Jean Charvolin, par la m\u00eame voie&nbsp;; et en escalade, avec le guide suisse Jean Gaudin, en passant par le refuge Gamba, la pointe Innominata et le bivouac Eccles.<\/p>\n\n\n\n<p>A chaque fois, le temps \u00e9tait calme et le ciel d\u00e9gag\u00e9. Je n\u2019ose imaginer ces sorties par mauvais temps, vent ou absence de visibilit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>En mai-juin on peut partir \u00e0 ski du t\u00e9l\u00e9ph\u00e9rique de l\u2019Aiguille du Midi. Le premier jour, il faut traverser des pentes raides qui m\u00e8nent au glacier des Bossons \u00e0 un endroit o\u00f9 le passage entre les crevasses et les s\u00e9racs est possible. Les crevasses sont tr\u00e8s ouvertes, on pourrait y mettre un camion. Le refuge des Grands Mulets est perch\u00e9 sur un piton rocheux, presque \u00e0 la verticale de la trace qui y monte.<\/p>\n\n\n\n<p>Le lendemain il nous faut gagner 1800&nbsp;m d\u2019altitude, en comptant les arr\u00eats, cela doit nous prendre 8 \u00e0 10 heures jusqu\u2019au sommet. R\u00e9veill\u00e9s \u00e0 3h, nous partons \u00e0 4h, \u00e0 la lampe frontale. Heureusement, la trace a \u00e9t\u00e9 faite par des Autrichiens qui campaient devant le refuge, qui sont partis bien avant nous. Elle monte sur le glacier, tourne et retourne pour \u00e9viter les monstres endormis (crevasses, s\u00e9racs) qu\u2019il vaut mieux ne pas r\u00e9veiller. Au petit matin nous passons le Petit Plateau, puis le Grand Plateau, des paysages glaciaires insolites. Je suis rassur\u00e9 car nous n\u2019avons pas rencontr\u00e9 de difficult\u00e9. Mais nous commen\u00e7ons \u00e0 sentir la fatigue et nous peinons pour atteindre le refuge-bivouac Vallot.<\/p>\n\n\n\n<p>Une autre cord\u00e9e d\u2019Autrichiens, qui marchait derri\u00e8re nous, nous rattrape et nous passe devant. Nos gestes sont d\u00e9sordonn\u00e9s et nous n\u2019avan\u00e7ons plus. C\u2019est un effet de l\u2019altitude. Comme il y a moins d\u2019oxyg\u00e8ne dans l\u2019air nous devons respirer plus pour les m\u00eames efforts. Pour ne pas se trouver \u00e0 bout de souffle, je comprends qu\u2019il me faut ralentir mes pas, en prenant un bon appui sur chaque ski, pour le pousser \u00e0 chaque pas, ce qui me semble facile \u00e0 faire.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous arrivons au refuge-bivouac Vallot o\u00f9 nous laissons les skis pour surmonter le ressaut qu\u2019on appelle les Bosses, qui met de nouveau \u00e0 l\u2019\u00e9preuve notre souffle. Puis c\u2019est l\u2019ar\u00eate sommitale. Au printemps elle est tr\u00e8s \u00e9troite, nous jouons les \u00e9quilibristes. Mais, comme souvent, apr\u00e8s tant d\u2019efforts, le sommet est sans int\u00e9r\u00eat.<\/p>\n\n\n\n<p>La descente jusqu&#8217;au Grand Plateau est aval\u00e9e en quelques minutes, la neige ramollie en surface se pr\u00eate bien \u00e0 nos \u00e9volutions. A partir du Petit Plateau et jusqu\u2019au refuge des Grands Mulets, la trace se faufile entre d\u2019\u00e9normes crevasses. Nous la suivons avec pr\u00e9caution. Cette section est expos\u00e9e aux chutes de s\u00e9racs qui se d\u00e9tachent du D\u00f4me du Go\u00fbter. Au refuge, nous sommes tent\u00e9s de dormir pour rattraper notre retard de sommeil. Mais c\u2019est un choix dangereux car c\u2019est sur la fin du parcours de descente que l\u2019on devra faire face aux difficult\u00e9s&nbsp;: la travers\u00e9e du glacier en-dessous du refuge, puis la travers\u00e9e des pentes raides qui m\u00e8nent \u00e0 la station du t\u00e9l\u00e9ph\u00e9rique. Nous quittons \u00e0 regret ce refuge pour passer avant midi les endroits les plus expos\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Renoncement \u00e0 l\u2019Aiguille Verte, avec Yves.<\/h2>\n\n\n\n<p>L\u2019Aiguille Verte est le sommet mythique du massif du Mont Blanc.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Cette c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 lui est acquise par ces mots du c\u00e9l\u00e8bre alpiniste et \u00e9crivain Gaston R\u00e9buffat : \u00ab Avant la Verte on est alpiniste, \u00e0 la Verte on devient Montagnard \u00bb.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>De plus, il est vrai qu\u2019il n\u2019existe aucune voie facile pour atteindre ce sommet, chacun de ses versants constitue un v\u00e9ritable d\u00e9fi.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La voie la plus directe est le couloir Whymper, sur le versant sud de l\u2019Aiguille, c\u2019est un ensemble de pentes de 700 m et d\u2019inclinaison moyenne de 50\u00b0.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Il n\u2019est recommandable qu\u2019en d\u00e9but de saison (mai-juin), quand toutes ces pentes sont recouvertes par une \u00e9paisse couche de neige durcie. Si ce n\u2019est pas le cas, le couloir n\u2019est pas en condition et son acc\u00e8s peut \u00eatre compliqu\u00e9. On pr\u00e9f\u00e8re alors remonter l\u2019ar\u00eate du Moine qui demande une longue escalade d\u2019un niveau assez difficile sur terrain mixte (rochers et neige).<\/p>\n\n\n\n<p>Yves et moi, pour cette course de la mi-septembre, arr\u00eatons notre choix sur l\u2019arr\u00eate du Moine. La m\u00e9t\u00e9o est au grand beau temps, mais les journ\u00e9es sont courtes. Nous couchons au refuge du Couvercle, amusante pastille cach\u00e9e sous un \u00e9norme bloc. Il fait encore nuit quand nous remontons le glacier de Tal\u00e8fre. Au petit jour, Yves trouve un passage \u00e0 travers la rimaye et nous \u00e9mergeons de la bordure glaciaire en plein jour. J\u2019arrive \u00e0 une petite plate-forme qui semble \u00eatre sur l\u2019ar\u00eate. Il est 8 h du matin et nous ne sommes pas encore bien haut.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ma t\u00eate, les diff\u00e9rentes voix de ma personnalit\u00e9 d\u2019alpiniste s\u2019agitent. La voix de PUSHER me dit : \u00ab&nbsp;Ne perds pas de temps vas-y tout de suite. C\u2019est rageant de renoncer d\u00e8s qu\u2019on rencontre la premi\u00e8re difficult\u00e9.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, je sais que le c\u00e9l\u00e8bre guide Armand Charlet, qui avait gravi plus de cent fois l\u2019Aiguille Verte, avait pour habitude d\u2019arriver au sommet \u00e0 8 h du matin. Or, \u00e0 la vitesse \u00e0 laquelle nous progressons, avons-nous une chance d\u2019y arriver avant la nuit ? Il faudrait monter plus vite.<\/p>\n\n\n\n<p>Le topoguide, qui indique plus de temps que n\u2019en prend Armand Charlet, annonce d\u00e9j\u00e0 6 h pour monter de la rimaye au sommet et autant de temps pour redescendre.<\/p>\n\n\n\n<p>On pourrait pr\u00e9voir un d\u00e9part du refuge \u00e0 6 h, un passage \u00e0 8 h \u00e0 la rimaye, une mont\u00e9e vers le sommet pendant 6h, un demi-tour vers 14h (que nous y soyons parvenu ou pas) afin de pr\u00e9voir la m\u00eame dur\u00e9e en descente pour une arriv\u00e9e vers 20 h au refuge. Tout cela, sans aucune pause et se terminant de nuit, ce qui augmente grandement les risques.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Aussit\u00f4t PRUDENCE me met en garde : \u00ab&nbsp;Avez-vous pens\u00e9 \u00e0 la descente ?&nbsp; Imagine- toi cherchant, \u00e0 la lumi\u00e8re de ta lampe frontale, o\u00f9 est plant\u00e9 le piton sur lequel tu voudrais accrocher ton prochain rappel\u2026 Pas \u00e9vident, n\u2019est-ce pas ?&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Il nous donc faut r\u00e9fl\u00e9chir&nbsp;\u00e0&nbsp;&nbsp;red\u00e9finir notre objectif de d\u00e9part qui \u00e9tait d\u2019atteindre le sommet, car cela ne sera pas possible dans les conditions pr\u00e9sentes.<\/p>\n\n\n\n<p>Un autre objectif, secondaire mais non m\u00e9prisable, pourrait \u00eatre d\u2019explorer les parties de l\u2019itin\u00e9raire qui sont entre notre halte et le sommet. Si nous escaladions pendant une heure au-dessus du lieu de notre halte, puis faisions demi-tour, tout cela sans prendre de pause, les horaires deviendraient&nbsp;:&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Soit&nbsp;: d\u00e9part 6 h du refuge- rimaye \u00e0 8 h &#8211; demi-tour \u00e0 9 h \u2013 retour \u00e0 la rimaye 12 h &#8211; arriv\u00e9e au refuge \u00e0 15 h, en estimant \u00e0 3 h la descente (ou 4h avec des pauses)&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Nous h\u00e9sitons. Nous regardons la neige qui est en contact avec le rocher. J\u2019en prends une poign\u00e9e, que je serre dans la main. Il en sort un peu d\u2019eau. Si la neige est d\u00e9j\u00e0 en train de fondre ici, qu\u2019est-ce que \u00e7a sera dans une ou deux heures ?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ma t\u00eate, la voix de PUSHER me sugg\u00e8re de partir \u00e0 une heure plus matinale, lorsque la neige sera meilleure, tandis que la voix de PRUDENCE sugg\u00e8re que nous montions par le Whymper et descendions par l\u2019ar\u00eate du Moine. La voix de PRUDENCE me dit aussi que nous devrions d\u2019abord d\u00e9couvrir ces deux itin\u00e9raires avec un guide.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous finissons par renoncer, d\u00e9cidant de revenir, une autre fois, en mai ou en juin.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais ni moi, ni Yves ne sommes revenus \u00e0 l\u2019Aiguille Verte. C\u2019\u00e9tait sans doute un peu trop difficile pour nous.<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis,&nbsp;j\u2019ai appris que l\u2019\u00e9volution actuelle du climat, qui a profond\u00e9ment modifi\u00e9 les conditions d\u2019enneigement en haute montagne, fait que la p\u00e9riode favorable \u00e0 l&#8217;ascension de l&#8217;Aiguille Verte par le couloir Whymper s&#8217;\u00e9tend dor\u00e9navant&nbsp;de mi-mars \u00e0 d\u00e9but juin. En fonction des conditions rencontr\u00e9es, des skis de randonn\u00e9e peuvent \u00eatre n\u00e9cessaires pour l&#8217;approche.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><a>Trois aventures avec Jean Gaudin<\/a>.<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ascension du Cervin, 1967<\/h4>\n\n\n\n<p>En 1967, je fais des ascensions avec le guide suisse Jean Gaudin.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous commen\u00e7ons par traverser le Cervin, aussi appel\u00e9&nbsp;Matterhorn. C\u2019est une montagne qui a une forme caract\u00e9ristique. Elle a la silhouette d\u2019un animal assis, chien ou lion selon l\u2019imagination de chacun (pour les gourmands, il peut faire penser au paquet du chocolat suisse le plus connu, le Toblerone). Quand on l\u2019a vue, on ne l\u2019oublie pas. Nous choisissons de monter par un itin\u00e9raire peu fr\u00e9quent\u00e9, la Zmutt (ar\u00eate Nord-Ouest) afin d\u2019\u00eatre \u00e0 l\u2019abri des chutes de pierres caus\u00e9es par les groupes qui&nbsp;se bousculent sur la voie normale (ar\u00eate Nord-Est, sur laquelle est le refuge). Pour rejoindre la Zmutt nous traversons aux pieds de la face Nord, puis nous l\u2019escaladons sur une partie de sa hauteur.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai rarement vu une paroi aussi verticale, mais le rocher est bon et nous y trouvons de bonnes prises.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour contourner un ressaut, la voie traverse dans la face Ouest qui forme un \u00e9norme entonnoir renvers\u00e9, couvert de petits cailloux noirs aplatis et pos\u00e9s sur la tranche.&nbsp;Rien sur quoi on puisse s\u2019accrocher et tirer. Si j\u2019\u00e9tais une ch\u00e8vre je passerais en trottinant, mais je suis un pauvre grimpeur qui cherche \u00e0 poser ses mains quelque part. J\u2019imagine un monstre cach\u00e9 au fond, qui avale les cord\u00e9es qui roulent jusqu\u2019\u00e0 lui. Nous jouons aux \u00e9quilibristes sur quelques longueurs de corde, puis nous retrouvons l\u2019ar\u00eate Nord-Ouest et ses bons rochers. Nous atteignons le sommet italo-suisse peu de temps apr\u00e8s. Les Italiens y ont d\u00e9pos\u00e9 une Madone dor\u00e9e et les Suisses y ont plac\u00e9 une bo\u00eete contenant un livre d\u2019or. Si chaque communaut\u00e9 \u00e0 proximit\u00e9 y d\u00e9pose quelque chose, \u00e0 quand la statue en ma\u00e7onnerie&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Le temps est pass\u00e9 tr\u00e8s vite. Nous d\u00e9cidons de descendre par la voie italienne (ar\u00eate Sud-Est et face Sud), qui est \u00e9quip\u00e9e de cordes \u00e0 tous les endroits difficiles. Au d\u00e9but tout va bien, puis nous arrivons \u00e0 un point o\u00f9 la descente n\u2019est plus possible. Nous avons perdu la voie. Sommes-nous trop haut ou trop bas&nbsp;? Nous devons remonter pour retrouver des marques du passage des alpinistes italiens. Nous recherchons des pitons bien enfonc\u00e9s dans des fissures du rocher.&nbsp;Le niveau de stress croit du fait de l\u2019incertitude sur notre position.&nbsp; Jean Gaudin remonte, retrouve le point o\u00f9 nous avons quitt\u00e9 la voie italienne, puis il trouve un cheminement \u00e0 travers la face Sud pour arriver \u00e0 un refuge-bivouac situ\u00e9 sur l\u2019ar\u00eate Sud-Ouest qui joint le Cervin et la Dent d\u2019H\u00e9rens.<\/p>\n\n\n\n<p>Les jours suivants nous continuions notre p\u00e9riple. Nous traversons la Dent d\u2019H\u00e9rens et les Bouquetins pour arriver \u00e0 Evol\u00e8ne, le petit village de ma toute premi\u00e8re sortie en montagne \u00e0 l\u2019\u00e2ge de dix ans o\u00f9 mes parents avaient fait la connaissance de Jean Gaudin.<\/p>\n\n\n\n<p>Conclusions. Je crois que personne n\u2019avait fait cette combinaison de parcours d\u2019ar\u00eates et j\u2019en suis fier. Mais j\u2019ai l\u2019impression d\u2019avoir couru tout le temps. Je n\u2019ai pas pris le temps de regarder le paysage ni de prendre des photos car il n\u00e9cessaire d\u2019aller tr\u00e8s vite pour parcourir l\u2019ar\u00eate E de la Dent d\u2019H\u00e9rens. En effet cette ar\u00eate, tr\u00e8s belle quand on la voit de loin, est une suite de ressauts rocheux reli\u00e9s par des ar\u00eates neigeuses, orn\u00e9es par des corniches monstrueuses. Il faut passer toutes les corniches avant que le soleil n\u2019ait ramolli la neige, cr\u00e9ant un risque impr\u00e9visible de chute. Les ressauts rocheux sont \u00e9galement susceptibles de se d\u00e9sagr\u00e9ger lorsque la neige qui fait la liaison entre les blocs se ramollit. Si je n\u2019ai pas pu admirer les paysages, c\u2019est la faute du soleil. J\u2019ai aggrav\u00e9 le probl\u00e8me en choisissant un long parcours d\u2019ar\u00eates.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><a><\/a><a>Ascension du Mont Blanc&nbsp;: qui d\u00e9cide&nbsp;?<\/a><\/h4>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"200\" height=\"133\" src=\"https:\/\/bernardcabane.net\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/mont-blanc-refuge.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-427\" style=\"width:278px;height:auto\"\/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Mont Blanc \u00e0 skis &#8211; S\u00e9racs. <\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"200\" height=\"133\" src=\"https:\/\/bernardcabane.net\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/mont-blanc-refuge-1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-428\" style=\"width:265px;height:auto\"\/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Mont Blanc &#8211; Refuge.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Je cherche quelles sont les plus belles voies pour monter au Mont Blanc. Le versant italien est beaucoup plus difficile et int\u00e9ressant que le versant fran\u00e7ais, mais la plupart des voies exigent un niveau technique que je n\u2019ai pas. Une seule voie est \u00e0 mon niveau, celle qui passe par un pic \u00e0 mi-hauteur du parcours et qui est nomm\u00e9e l\u2019Innominata (sans nom en italien).<\/p>\n\n\n\n<p>Je propose \u00e0 Jean Gaudin de tenter cette voie.<\/p>\n\n\n\n<p>Le premier jour nous montons sur de bons rochers jusqu\u2019\u00e0 un petit refuge-bivouac nomm\u00e9 Eccles. C\u2019est un abri en t\u00f4le contenant six couchettes, dispos\u00e9es comme dans un compartiment de train, offrant un confort minimal, acceptable tant que le nombre d\u2019occupants ne d\u00e9passe pas la capacit\u00e9 du refuge. Ce jour-l\u00e0 nous avons de la chance, il y a seulement un groupe de quatre italiens. Les relations sont cordiales, sans plus. Nous essayons de ne pas trop nous g\u00eaner et de ne pas m\u00e9langer les mat\u00e9riels.<\/p>\n\n\n\n<p>Le lendemain nous sommes confront\u00e9s \u00e0 la seule vraie difficult\u00e9 de cet itin\u00e9raire, une longue pente de neige tr\u00e8s raide. C\u2019est ma sp\u00e9cialit\u00e9&nbsp;; elle ne nous pose aucun probl\u00e8me. Nous arrivons \u00e0 une ant\u00e9cime. J\u2019aper\u00e7ois ce qui semble \u00eatre l\u2019ar\u00eate sommitale. Les nuages se d\u00e9gagent et j\u2019aper\u00e7ois des personnes au sommet. Jean Gaudin est arr\u00eat\u00e9. Lui qui court toujours devant, reste derri\u00e8re moi, il semble h\u00e9siter et je ne comprends pas pourquoi. J\u2019ai d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 au sommet du Mont Blanc avec Yves, mais en passant par le versant fran\u00e7ais. La topographie me semble donc \u00e9vidente. Je suis redevenu le gar\u00e7on de douze ans qui faisait seul l\u2019exploration du plateau du Vivarais sans rendre de compte \u00e0 personne. Je me mets en route. Comme nous sommes encord\u00e9s, Jean Gaudin me suit. Il ne le dit pas, mais il est furieux. Il ne comprend pas que j\u2019aie pu prendre une d\u00e9cision sur l\u2019itin\u00e9raire au lieu d\u2019attendre qu\u2019il ait fait son choix, car c\u2019est lui le guide. Je n\u2019ai pas su pourquoi il avait tant h\u00e9sit\u00e9 au sommet&nbsp;; je suppose que c\u2019est le passage d\u2019un univers tr\u00e8s vertical \u00e0 une zone plus horizontale, avec des bosses et des creux, qui invite \u00e0 plus de r\u00e9flexion avant de s\u2019y aventurer pour \u00e9viter les crevasses.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s notre retour dans la vall\u00e9e, il me demande quelle raison m\u2019a pouss\u00e9 \u00e0 prendre une telle initiative. Je l\u2019\u00e9coute et je ne sais pas quoi lui r\u00e9pondre. Je ne comprends pas moi-m\u00eame pourquoi j\u2019\u00e9tais si impatient. Au moment o\u00f9 j\u2019aurais d\u00fb le f\u00e9liciter pour le bon d\u00e9roulement de cette ascension, j\u2019ai agi comme si je savais mieux que lui ce qu\u2019il fallait faire.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"200\" height=\"133\" src=\"https:\/\/bernardcabane.net\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/crevasses-et-choucas.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-429\" style=\"width:349px;height:auto\"\/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Mont Blanc &#8211; Crevasses et choucas. <\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><a><\/a><a>1970&nbsp;: il y a trop d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 dans l\u2019air<\/a>.<\/h4>\n\n\n\n<p>Sur le chemin du Mont Blanc, ne pouvez pas manquer l\u2019ar\u00eate de Peuterey. Elle est en plein centre, s\u00e9parant le glacier du Brouillard du glacier de la Brenva. Elle passe par deux sommets&nbsp;: l\u2019aiguille Noire et l\u2019aiguille Blanche. L\u2019itin\u00e9raire qui combine les ascensions de ces deux aiguilles et celle du Mont Blanc est appel\u00e9&nbsp;\u00ab Int\u00e9grale de Peuterey&nbsp;\u00bb.&nbsp;Il n\u00e9cessite au moins trois jours, dont une ou deux nuits en bivouac. Mais comme les escalades sont difficiles, il faut limiter le poids du sac et on ne peut pas prendre tout son confort.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1970 je convaincs Jean Gaudin de tenter ce parcours.<\/p>\n\n\n\n<p>Le premier jour nous prenons la voie qui escalade la face Sud de l\u2019aiguille Noire. Les grimpeurs qui font uniquement cette escalade sont moins charg\u00e9s et passent devant nous. Arriv\u00e9s au sommet, nous nous installons pour la nuit sur des petits replats. La m\u00e9t\u00e9o est incertaine. Au matin, nous sentons nos cheveux se dresser sur nos t\u00eates. Il y a plein d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 statique dans l\u2019air&nbsp;! L\u2019orage menace et en restant l\u00e0 nous risquons d\u2019\u00eatre foudroy\u00e9s. Nous mettons \u00e0 l\u2019\u00e9cart tout ce qui porte des pointes m\u00e9talliques (piolets, crampons). L\u2019ambiance devient humide, il commence \u00e0 neiger, la foudre ne tombe toujours pas. Nous devons quitter la montagne. Jean marche sur des blocs arrondis qui se couvrent de neige, je ne sais pas comment il tient l\u00e0-dessus. Il descend en premier pour chercher la voie de sorte que si je glisse, il ne pourra pas me retenir. La neige, qui tombe, d\u00e9grade la visibilit\u00e9 et l\u2019adh\u00e9rence. La voie de descente n\u2019est pas techniquement difficile, mais il y a des pi\u00e8ges et tout glisse. Jean trouve le cheminement -je voudrais bien savoir comment- mais l\u2019heure n\u2019est pas \u00e0 une discussion de salon.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand nous finissons la descente, l\u2019orage s\u2019arr\u00eate. Nous soufflons et je me rends compte que dans notre fuite, j\u2019ai oubli\u00e9 mon piolet au sommet.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous ne ferons pas l\u2019int\u00e9grale de l\u2019ar\u00eate de Peuterey comme pr\u00e9vu. Ce projet aurait exig\u00e9 une m\u00e9t\u00e9o plus stable ainsi que de tr\u00e8s bonnes conditions de neige. Ce n\u2019\u00e9tait pas irr\u00e9aliste, mais quand m\u00eame un peu au-dessus de notre niveau.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019ann\u00e9e suivante, mon fr\u00e8re Jean, accompagn\u00e9 par trois guides de Chamonix y parviendra.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><a>Souvenirs de Jean Charvolin sur son ascension avec Bernard et Jean au Mont Blanc en mai 1971<\/a><em><\/em><\/h3>\n\n\n\n<p>Nous nous rendons \u00e0 \u00c9vian pour participer \u00e0 un congr\u00e8s de la Soci\u00e9t\u00e9 Fran\u00e7aise de Physique, Bernard propose alors de profiter de ce d\u00e9placement en Haute Savoie pour aller au Mont Blanc. Les naissances de Thomas en 1964 et de Delphine en 1969 m\u2019avaient \u00e9cart\u00e9 de la haute montagne mais l\u2019id\u00e9e de reprendre contact avec elle, sur ce sommet et en cette saison, me convient tout \u00e0 fait, ce serait aussi une premi\u00e8re pour moi.<\/p>\n\n\n\n<p>Donc, sit\u00f4t la derni\u00e8re s\u00e9ance du matin termin\u00e9e, nous nous pr\u00e9cipitons \u00e0 Chamonix pour prendre le t\u00e9l\u00e9ph\u00e9rique de l\u2019Aiguille du Midi. Nous en sortons au Plan de l\u2019Aiguille sous les regards \u00e9tonn\u00e9s de quelques touristes pour qui seul le sommet de l\u2019Aiguille devrait avoir un int\u00e9r\u00eat.&nbsp; Nos skis, piolets, crampons et sacs semblent tant les impressionner que nous prenons, avec une indiff\u00e9rence affect\u00e9e, la pose des \u00ab&nbsp;h\u00e9ros les yeux braqu\u00e9s sur leur destin&nbsp;\u00bb dont s\u2019est souvent moqu\u00e9 Samivel.&nbsp; Mais, quand la cabine repart, la repr\u00e9sentation est termin\u00e9e, la neige est l\u00e0, seule, \u00e9tincelante sous un soleil brulant qui la rend bien lourde. Un petit groupe nous a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s dans la matin\u00e9e laissant heureusement une trace tr\u00e8s confortable jusqu\u2019aux Grands Mulets, en particulier dans la travers\u00e9e de la Jonction.<\/p>\n\n\n\n\n\n<p><em>Devant la Jonction<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Nos devanciers suivent notre mont\u00e9e depuis l\u2019entr\u00e9e haut perch\u00e9e du refuge et nous souhaitent la bienvenue \u00e0 notre arriv\u00e9e. Ce sont trois autrichiens qui sortent du refuge \u00e0 la tomb\u00e9e de la nuit pour aller bivouaquer \u00e0 son pied, juste, disent-ils, pour tester leur mat\u00e9riel avant une exp\u00e9dition dans l\u2019Himalaya.<\/p>\n\n\n\n<p>Le lendemain matin ils sont d\u00e9j\u00e0 partis quand nous commen\u00e7ons la remont\u00e9e des plateaux, je monte lentement malgr\u00e9 la trace tr\u00e8s pure qu\u2019ils ont laiss\u00e9e et j\u2019arrive \u00e0 Vallot bien apr\u00e8s Bernard. En longeant un mur \u00e0 la recherche de la porte je passe sous une avanc\u00e9e pr\u00e9sentant un trou circulaire horizontal de grande taille que j\u2019imagine \u00eatre une entr\u00e9e de secours prot\u00e9g\u00e9e de la neige. En me r\u00e9tablissant sur le bord de ce trou je p\u00e9n\u00e8tre dans un r\u00e9duit, j\u2019en pousse la porte et me trouve face aux autrichiens et \u00e0 Bernard tous \u00e9berlu\u00e9s de me voir sortir des toilettes sans qu\u2019ils m\u2019aient vu y entrer. Je m\u2019explique, les Autrichiens \u00e9clatent de rire, mais les sourcils fronc\u00e9s de Bernard montrent bien qu\u2019il juge mon apparition plus ridicule que comique. Je demande un temps de repos pour m\u2019adapter \u00e0 l\u2019altitude avant d\u2019attaquer les bosses, un temps qui se r\u00e9v\u00e8le bien insuffisant quand, progressant vers le sommet, j\u2019\u00e9prouve soudain une forte sensation de fatigue accompagn\u00e9e de vertiges. Bernard est alors d\u2019avis qu\u2019il vaut mieux ne pas insister, d\u2019ailleurs, ajoute-t-il, \u00ab&nbsp;le sommet n\u2019est pas loin et de toute fa\u00e7on&nbsp;inint\u00e9ressant puisqu\u2019il n\u2019y a rien au-dessus&nbsp;\u00bb&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\" alt=\"Une image contenant plein air, neige, ciel, personne\n\nDescription g\u00e9n\u00e9r\u00e9e automatiquement\" width=\"174\" height=\"257\"><em>Sur les bosses<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Nous redescendons donc et ce n\u2019est qu\u2019au niveau de Vallot que je r\u00e9cup\u00e8re un sens de l\u2019\u00e9quilibre suffisant pour jouir de la descente vers les Grands Mulets. L\u00e0, bien au soleil sur le toit en terrasse du refuge j\u2019esp\u00e8re adoucir notre d\u00e9ception en sortant de mon panier une bo\u00eete d\u2019ananas au sirop bien fraiche, elle ne me vaut h\u00e9las qu\u2019une remarque cinglante \u00ab il n\u2019est pas \u00e9tonnant que tu fatigues si tu prends plaisir \u00e0 transporter de l\u2019eau par bo\u00eete d\u2019un kilo alors qu\u2019il y en a partout autour de toi&nbsp;\u00bb. Cependant, une fois la bo\u00eete ouverte, Bernard prend bien sa part du plaisir offert, sans rancune&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Le lendemain des vagues de brouillard \u00e9pais balayent les crevasses de la Jonction comme autant d\u2019ombres sans force errant sans but dans les Enfers, nous nous encordons pour descendre.<\/p>\n\n\n\n\n\n<p><em>Dans la Jonction<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Bien que je n\u2019aie pas atteint le sommet j\u2019ai retrouv\u00e9 ce jour-l\u00e0 le gout de la haute montagne et je retournerai deux fois au Mont Blanc dans l\u2019espoir d\u2019effacer cette t\u00e2che, sans y r\u00e9ussir.<\/p>\n\n\n\n<p>Une premi\u00e8re fois \u00e0 ski avec Anne et deux de nos copains habituels de ski de printemps, nous serons pris dans une intense temp\u00eate de neige, la neige coule et un s\u00e9rac s\u2019effondre sur le grand plateau. Nous abandonnerons, mais sans honte puisque les deux membres du PGHM rencontr\u00e9s aux Grands Mulets en feront autant. Une deuxi\u00e8me fois \u00e0 pied, nous devrons avancer \u00e0 quatre pattes pour r\u00e9sister \u00e0 un blizzard violent au sommet du grand plateau. Impossible de se mettre \u00e0 l\u2019abri dans Vallot car des \u00e9quipes venant du Go\u00fbter s\u2019y entassent, tellement \u00e9puis\u00e9es qu\u2019elles se battent pour s\u2019enrouler dans les couvertures sans m\u00eame retirer les crampons. Constern\u00e9s par les comportements de la multitude nous redescendrons sans attendre.<\/p>\n\n\n\n<p>Il n\u2019y aura pas de troisi\u00e8me fois. Ce sera dans les 4000 suisses, th\u00e9rapie recommand\u00e9e par Bernard, que mon \u00e2me trouvera enfin le repos pendant les trois saisons que nous passerons Anne et moi dans le Valais et les Grisons&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><a><\/a><a>5\/ P\u00e9riode am\u00e9ricaine.<\/a><\/h2>\n\n\n\n<p>En 1970, je fais un aller-retour en Am\u00e9rique pour faire l\u2019ascension du Salcantay, un an avant ma soutenance de th\u00e8se.<\/p>\n\n\n\n<p>Puis, \u00e0 l\u2019automne 1971, j\u2019arrive aux Etats-Unis, comme post-doc en physique-chimie. De mon temps, il est bien vu et valoris\u00e9 d\u2019avoir fait un stage postdoctoral aux Etats-Unis, si possible dans un labo d\u2019excellence. Je suis cette coutume et r\u00e9pond favorablement \u00e0 l\u2019invitation de Gil Clarck, un professeur \u00e0 UCLA (University of California Los Angeles) qui passe une ann\u00e9e sabbatique en France et me propose de rejoindre son groupe de recherche en physique des solides, comme post-doctorant Officiellement, je suis invit\u00e9 par la NSF (National Science Fondation), au titre des \u00e9changes avec le CNRS, pour lequel je travaille comme attach\u00e9 de recherche.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><a>1970: Le Salcantay.<\/a><\/h3>\n\n\n\n<p>En 1970, je me rattache \u00e0 une exp\u00e9dition qui a pour projet l\u2019ascension du Salkantay, ce qui signifie \u00ab&nbsp;Le Sauvage&nbsp;\u00bb en quechua. S\u2019\u00e9levant \u00e0 6 279 m, elle se situe au P\u00e9rou entre Cuzco et Macchu Picchu.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette montagne ne m\u2019attire pas plus qu\u2019une autre mais je choisis l\u2019occasion de participer \u00e0 une exp\u00e9dition d\u00e9j\u00e0 tout organis\u00e9e par la maison des jeunes (MJC) de Romans-sur-Is\u00e8re, dont j\u2019ai rencontr\u00e9 les organisateurs. Je ne connais aucun des membres qui en fait partie et je ne les ai pas revus apr\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Notre chef d&#8217;exp\u00e9dition avait pu rencontrer les premiers ascensionnistes de cette montagne qui lui avaient fourni une documentation compl\u00e8te avec des photos a\u00e9riennes.<\/p>\n\n\n\n<p>En examinant avec lui ces photographies, nous pouvons construire trois itin\u00e9raires&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; l\u2019ar\u00eate Est, longue et potentiellement d\u00e9licate pour la qualit\u00e9 de la neige,<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; l\u2019attaque frontale par le pilier Nord, (\u00ab&nbsp;the French route&nbsp;\u00bb) et<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; la diagonale directe, suivie par Lionel Terray avec ses clients hollandais, qui prend en \u00e9charpe la gigantesque face Nord (\u00ab&nbsp;voie Terray&nbsp;\u00bb).<\/p>\n\n\n\n<p>Ces trois itin\u00e9raires comportent des pentes tr\u00e8s raides (70\u00b0 en moyenne) et on est d\u00e9pendants de la qualit\u00e9 de la neige.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour surmonter ces difficult\u00e9s, l\u2019exp\u00e9dition pr\u00e9voit des points d\u2019accroche faits avec des tubes minces, en alliage l\u00e9ger, reli\u00e9s par des centaines de m\u00e8tres de cordes fixes. Ils doivent faciliter la mont\u00e9e des participants, qui sont encore novices dans ce type d\u2019escalade.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <\/strong>En voyant les pentes sur les photos je me dis que ce sera difficile. &nbsp;De plus je ne suis en confiance avec le chef d\u2019exp\u00e9dition dont je remets en question le choix d\u2019utiliser des cordes fixes. Il y a l\u00e0 un conflit potentiel, mais je me garde de l\u2019exprimer.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je t\u00e9l\u00e9phone alors \u00e0 Jean Gaudin pour lui demander si cette exp\u00e9dition est faisable&nbsp;; il me r\u00e9pond&nbsp;de venir le voir \u00e0 \u00c9vol\u00e8ne afin qu\u2019on essaye ensemble de grimper des pentes aussi raides.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><a>Pr\u00e9paration avec Jean Gaudin (deux mois avant le d\u00e9part)<\/a><\/h3>\n\n\n\n<p>Arriv\u00e9 \u00e0 \u00c9vol\u00e8ne, je vais faire deux ascensions avec le guide de haute montagne Jean Gaudin.<\/p>\n\n\n\n<p>Il me confirme qu\u2019il n\u2019est pas n\u00e9cessaire de se servir de cordes fixes, comme le propose le chef de l\u2019exp\u00e9dition au Salcantay, pour vaincre des pentes d\u2019une inclinaison de plus de 70 degr\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Au lieu de cela, il m\u2019apprend \u00e0 utiliser du mat\u00e9riel plus moderne, comme de me servir de mes crampons \u00e0 12 pointes et d\u2019apprendre \u00e0 planter des broches \u00e0 glace.<\/p>\n\n\n\n<p>En revenant de mon s\u00e9jour avec Jean Gaudin, je d\u00e9cide pourtant de participer \u00e0 l\u2019exp\u00e9dition du Salcantay car bien que j\u2019aie toujours des doutes sur les comp\u00e9tences du chef d\u2019exp\u00e9dition en mati\u00e8re d\u2019alpinisme, j\u2019ai tr\u00e8s envie de relever le d\u00e9fi.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><a>Juillet 1970&nbsp;: nous voil\u00e0 partis dans l\u2019ascension du Salkantay.<\/a><\/h3>\n\n\n\n<p>Un article est lisible ici&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"http:\/\/publications.americanalpineclub.org\/articles\/12197140801\/South-America-Peru-Cordilleras-Vilcabamba-and-Urubamba-Chuyunco-and-Salcantay-Cordillera-Vilcabamba\">http:\/\/publications.americanalpineclub.org\/articles\/12197140801\/South-America-Peru-Cordilleras-Vilcabamba-and-Urubamba-Chuyunco-and-Salcantay-Cordillera-Vilcabamba<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Une longue caravane form\u00e9e de marcheurs et de mules lourdement charg\u00e9es quitte le petit village de Limatambo et s\u2019engage dans des chemins qui m\u00e8nent \u00e0 un col \u00e0 4 000 m\u00e8tres puis \u00e0 une vall\u00e9e haute, appel\u00e9e Sisaypampa, o\u00f9 ne vivent que quelques paysannes et des hardes de chevaux \u00e0 demi sauvages. Au-del\u00e0 il n\u2019y a que des traces qui conduisent \u00e0 un autre col \u00e0 4 400 m\u00e8tres, puis au pied de l\u2019ar\u00eate Est du Salcantay.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; En arrivant dans la zone pr\u00e9vue pour implanter le camp de base, nous sommes surpris par le mauvais temps. Les nuages s\u2019accumulent et des flocons de neige apparaissent.&nbsp; C\u2019est toute l\u2019humidit\u00e9 de la for\u00eat vierge qui se condense sur la cordill\u00e8re de Vilcabamba.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Nous installons deux tentes sur l\u2019unique replat de cette pente. Plusieurs participants, affaiblis par le mal des montagnes, s\u2019y r\u00e9fugient. Je me fais la remarque que ce sont les m\u00eames qui sont mont\u00e9s \u00e0 dos de mule et qu\u2019ils n\u2019ont sans doute pas fait la bonne pr\u00e9paration cardiovasculaire.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Les conducteurs de mules d\u00e9posent tout le mat\u00e9riel transport\u00e9 mais ils repartent imm\u00e9diatement, craignant de ne pas pouvoir revenir avec cette neige devenue molle et glissante.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le mauvais temps dure, mais il ne fait pas froid et le pi\u00e9tinement devant les tentes transforme notre camp en mar\u00e9cage. Le quatri\u00e8me jour, le temps s\u2019am\u00e9liore. Il est tomb\u00e9 beaucoup de neige.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">12 juillet 1970, premi\u00e8re sortie et avalanche.<\/h4>\n\n\n\n<p>Plusieurs participants vont s\u2019entra\u00eener en tentant l\u2019ascension d\u2019un sommet proche. Je me joins \u00e0 ce groupe. Je suis en t\u00eate de la premi\u00e8re cord\u00e9e et je bataille furieusement contre la neige fra\u00eeche, qui est m\u00eal\u00e9e aux rochers. Mes pieds s\u2019enfoncent d\u2019environ 40 cm \u00e0 chaque pas. Nous arrivons enfin \u00e0 la base de la coupole.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; J\u2019entends alors un souffle et je vois que toute la couche de neige se fend en gros blocs qui descendent vers la vall\u00e9e. J\u2019essaye de rester debout au milieu de la pente et je pense \u00ab&nbsp;Ah, c\u2019est ainsi qu\u2019on se fait prendre par une avalanche&nbsp;\u2026&nbsp;\u00bb . L\u2019image de moi, bataillant dans les blocs de neige me vient \u00e0 l\u2019esprit juste quand un petit c\u00f4ne de neige se forme devant moi, et s\u00e9pare les blocs qui passent \u00e0 ma gauche de ceux qui passent \u00e0 ma droite. Je me tiens debout derri\u00e8re&nbsp;; le second de la cord\u00e9e se maintient de m\u00eame.&nbsp; Nous attendons ainsi, \u00e0 l\u2019abri, que les blocs finissent leur descente. Le troisi\u00e8me de cord\u00e9e, qui \u00e9tait rest\u00e9 en dehors de l\u2019avalanche, est celui qui a eu le plus peur.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Rentr\u00e9s au camp, la majorit\u00e9 des participants d\u00e9clarent qu\u2019ils ont pris assez de risques et qu\u2019ils voudraient maintenant faire du tourisme \u00e0 Macchu Pichu ou ailleurs au P\u00e9rou.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Une histoire de mules.<\/h4>\n\n\n\n<p>Un probl\u00e8me logistique appara\u00eet&nbsp;: quel que soit le nouvel objectif, il faut des mules pour redescendre le mat\u00e9riel. Or les mules qui avaient amen\u00e9 tout ce mat\u00e9riel sont parties. Des participants essayent de parler aux paysannes qui vivent l\u00e0, mais elles ne parlent que le quechua. Finalement on trouve Victorino qui parle espagnol mais qui n&#8217;a pas de mules&nbsp;: il faut qu&#8217;il aille \u00e0 Limatambo pour rencontrer des propri\u00e9taires de mules et amener les mules \u00e0 notre camp en passant par le col \u00e0 4000 m. On lui donne assez d&#8217;argent pour convaincre un propri\u00e9taire de mules, et le voil\u00e0 parti.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le lendemain pas de nouvelles de Victorino, le surlendemain non plus.&nbsp;La discussion tourne court, personne ne le conna\u00eet, et il n\u2019est de la famille de personne. Des membres de l\u2019exp\u00e9dition qui ne contr\u00f4lent pas leurs nerfs attrapent un petit cochon noir appartenant aux paysannes et en font un m\u00e9choui. Le m\u00e9choui est mang\u00e9.&nbsp;Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, des paysannes remontent la rivi\u00e8re et y trouvent des restes du m\u00e9choui. Elles viennent alors \u00e0 notre camp et demandent le paiement du cochon noir. On leur r\u00e9pond que le cochon sera pay\u00e9 quand les mules seront l\u00e0. Mais elles n\u2019ont pas de mules. Le dialogue de sourds semble bien install\u00e9 et le probl\u00e8me mat\u00e9riel ne peut pas \u00eatre r\u00e9solu en l\u2019\u00e9tat. Apr\u00e8s 2 jours de tensions et d\u2019ind\u00e9cision l\u2019exp\u00e9dition envoie un coureur \u00e0 Limatambo chercher des mules et leurs conducteurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette aventure m\u2019a ouvert les yeux sur la facilit\u00e9 avec laquelle on retombe dans des attitudes et des travers coloniaux. L\u2019exp\u00e9dition n\u2019avait aucun contr\u00f4le sur Victorino. Lui confier pour trois jours plus d\u2019argent que ce qu\u2019il pouvait gagner en trois mois \u00e9tait l\u2019encourager \u00e0 ne pas revenir. Et se venger de cet \u00e9chec en tuant un cochon \u00e9lev\u00e9 par les paysannes \u00e9tait un acte criminel autant qu\u2019absurde. Ce conflit aurait pu tr\u00e8s mal finir.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><a>Cons\u00e9quence de l\u2019avalanche sur mes choix tactiques pour l\u2019ascension du Salcantay.<\/a><\/h3>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Nous n\u2019avons pas tous v\u00e9cu cette avalanche de la m\u00eame mani\u00e8re. Certains participants en ont conclu que la montagne \u00e9tait dangereuse et la neige impr\u00e9visible. Alors que ce que j\u2019en d\u00e9duis, c\u2019est que nous n\u2019avons pas fait suffisamment attention \u00e0 la qualit\u00e9 de neige et \u00e0 l\u2019exposition de la pente au soleil.<\/p>\n\n\n\n<p>Les pentes Sud \u00e9chappent \u00e0 l\u2019illumination directe et \u00e9voluent surtout par \u00e9vaporation-condensation. Elles accumulent&nbsp;des grandes quantit\u00e9s de neige peu coh\u00e9sive dans laquelle il est difficile de se mouvoir. Les pentes Nord de l\u2019h\u00e9misph\u00e8re Sud ont une exposition \u00e9quivalente \u00e0 celles des pentes Sud de l\u2019h\u00e9misph\u00e8re Nord. Le matin la neige y forme un r\u00e9seau coh\u00e9sif dur et l\u2019apr\u00e8s-midi la fusion d\u2019une partie des cristaux transforme ce r\u00e9seau en une couche de neige fondue que les montagnards appellent neige pourrie.&nbsp;Les meilleures conditions pour poser un pied arm\u00e9 de crampons sont offertes par les pentes Nord, t\u00f4t le matin, et les pires conditions par ces m\u00eames pentes Nord, l\u2019apr\u00e8s-midi.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; J\u2019en conclus que pour r\u00e9ussir l\u2019ascension du sommet du Salcantay, la meilleure strat\u00e9gie consiste \u00e0 prendre l\u2019itin\u00e9raire le plus direct, c\u2019est-\u00e0-dire la voie Terray, pour aller au plus vite et \u00eatre redescendu \u00e0 midi, \u00e9vitant la fusion de la neige de surface.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Un seul membre de l\u2019exp\u00e9dition partage ce point de vue, il s\u2019appelle Beno\u00eet Finet. Je ne le connais pas et ne l\u2019ai pas revu ensuite, mais il fut un bon compagnon de cord\u00e9e pour notre ascension du Salcantay le 19 juillet 1970.<\/p>\n\n\n\n<p>Lui et moi prenons le mat\u00e9riel destin\u00e9 \u00e0 nous assurer sur la neige et la glace et deux tentes, une pour le premier camp, une pour le second camp. En deux journ\u00e9es, nous montons \u00e0 l\u2019endroit pr\u00e9vu pour le camp 1. C\u2019est une ar\u00eate de neige avec quelques rochers, dans laquelle nous d\u00e9coupons une plateforme \u00e0 grands coups de piolets et o\u00f9 nous nous installons pour la nuit. Nous apercevons le replat pr\u00e9vu pour le camp 2 et nous devinons la voie Terray vers le sommet Ouest.<\/p>\n\n\n\n<p>Le lendemain, nous traversons quelques pentes faciles et nous arrivons au replat o\u00f9 nous avons pr\u00e9vu d\u2019installer la tente du camp 2.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la nuit, \u00e0 2 h du matin, nous sommes pr\u00eats, harnach\u00e9s et \u00e9quip\u00e9s. La pente est tout de suite tr\u00e8s raide, j\u2019y fais des trous en lan\u00e7ant \u00e0 toute force mon pied contre la surface de neige, et quand je suis mont\u00e9 de deux fois 30 m\u00e8tres, j\u2019enfonce dans la neige \u00e0 grands coups de marteau-piolet un de ces tubes ultraminces que notre chef, prescient, avait inclus dans notre mat\u00e9riel. Puis je fais venir Beno\u00eet, qui me double et m\u2019assure 30 m plus loin. Notre progression est tr\u00e8s lente&nbsp;: ce n\u2019est qu\u2019au petit jour, \u00e0 6h du matin, que nous atteignons le haut du pilier qui domine le camp 2.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous nous faufilons \u00e0 travers un chaos de blocs gigantesques et par une petite fen\u00eatre nous rejoignons deux heures plus tard la grande pente Nord que Terray avait travers\u00e9e en diagonale. C\u2019est y est, nous avons r\u00e9ussi, nous sommes au sommet&nbsp;! Sommet qui, en lui-m\u00eame est, comme souvent, de peu d\u2019int\u00e9r\u00eat. Nous ne prenons aucune photo, ce qui \u00e9tonnera le chef d\u2019exp\u00e9dition \u00e0 nous retour.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Nous sommes tent\u00e9s de descendre le plus t\u00f4t possible pour nous sauver avant que le soleil ait pourri la neige.&nbsp;Afin de voir si ce choix est encore r\u00e9aliste, je retourne \u00e0 la derni\u00e8re broche \u00e0 glace que nous avons pos\u00e9e&nbsp;; nous l\u2019avions viss\u00e9e en employant la force du marteau-piolet pour la faire rentrer dans la neige dure. Maintenant je peux l\u2019extraire en tirant avec le petit doigt. J\u2019en d\u00e9duis qu\u2019il est d\u00e9j\u00e0 trop tard. Il est midi, toute la pente est recouverte de neige pourrie et chaque pas que nous ferions serait un pari sur la r\u00e9sistance m\u00e9canique de quelques cristaux de glace noy\u00e9s dans de l\u2019eau. Je suis certain que nos pieds vont glisser, or une glissade haute de plus de mille m\u00e8tres&nbsp;nous transformerait in\u00e9vitablement en morceaux de steak hach\u00e9. Sommes-nous pi\u00e9g\u00e9s ou existe-t-il une alternative&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Nous r\u00e9fl\u00e9chissons, comme nous le pouvons \u00e0 6 000 m\u00e8tres d\u2019altitude, et nous d\u00e9cidons d\u2019attendre que le soleil baisse et que la neige durcisse. Et pourquoi pas faire une sieste au sommet&nbsp;? Je sors le r\u00e9chaud de mon sac, nous r\u00e9chauffons une boisson et nous nous assoupissons. \u00c0 18h la nuit tombe brutalement, comme toujours sous les tropiques. Sans plus de r\u00e9flexion, nous allumons nos lampes frontales et nous d\u00e9cidons de commencer la descente.<\/p>\n\n\n\n<p>Au d\u00e9but, nous retrouvons les traces que nos pas ont laiss\u00e9es lors de la mont\u00e9e. Mais bient\u00f4t je sens la panique&nbsp;monter en moi, car je ne les vois plus. Ont-elles \u00e9t\u00e9 effac\u00e9es par les paquets de neige pourrie qui glissaient sur la pente ensoleill\u00e9e ? Sans traces, nous n\u2019irons pas loin avec nos lampes frontales. Je suppose que par rapport \u00e0 l\u2019itin\u00e9raire de mont\u00e9e, nous avons trop travers\u00e9 et pas assez descendu. Nous nous trouvons en haut d\u2019une falaise de glace trop verticale pour pouvoir la d\u00e9sescalader. Je suis incapable de descendre plus. Mais lors des pr\u00e9paratifs, j\u2019ai imagin\u00e9 qu\u2019une situation comme celle-l\u00e0 pourrait se produire&nbsp;et par pr\u00e9caution, j\u2019ai emmen\u00e9 trente m\u00e8tres de corde de diam\u00e8tre 7 mm, utilisable en secours seulement. Une broche, une descente en rappel sur la corde de secours (que nous abandonnons sur place) et revoil\u00e0 nos traces retrouv\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien plus tard nous retraversons le chaos de blocs empil\u00e9s, et un \u00e9v\u00e9nement naturel mais n\u00e9anmoins merveilleux se produit&nbsp;: la lune se l\u00e8ve. Depuis un des blocs, nous pouvons voir, \u00e9clair\u00e9s comme en plein jour, la pente que nous allons redescendre, et en bas, notre tente qui nous attend. La lune protectrice et la neige sa complice semblent nous dire :\u00ab&nbsp;Si vous ne faites aucune erreur, vous ne mourrez pas aujourd\u2019hui&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Nous basculons dans la pente avec toutes les pr\u00e9cautions dont nous sommes encore capables. J\u2019admire le naturel avec lequel Beno\u00eet fait cela.<\/p>\n\n\n\n<p>A l\u2019arriv\u00e9e, je regarde ma montre, il est une heure du matin&nbsp;! Il s\u2019est \u00e9coul\u00e9 presque 24 heures depuis notre d\u00e9part.<\/p>\n\n\n\n<p>Le lendemain nous d\u00e9montons tour \u00e0 tour le camp 2, puis le camp 1, et enfin le camp de base. Cela repr\u00e9sente 60 kg de mat\u00e9riel de montagne qui a co\u00fbt\u00e9 cher mais qui n\u2019est pas revendable sur place. Nous d\u00e9cidons de le ramener et nous l\u2019empilons sur nos sacs avant de nous mettre en route pour la vall\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est une folie de penser transporter \u00e0 deux le mat\u00e9riel d\u2019une exp\u00e9dition de 12 personnes, je dois m\u2019arr\u00eater tous les 100 m pour poser ma charge. Pourquoi cette pr\u00e9tention \u00e0 pouvoir tout faire&nbsp;? Est-ce notre r\u00e9ussite qui nous as rendus victimes d\u2019un syndrome d\u2019invincibilit\u00e9&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Heureusement \u00e0 mi-chemin nous rencontrons un paysan qui rentre chez lui avec une mule. Il nous questionne&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ayuda&nbsp;?&nbsp;\u00bb Nous acceptons bien volontiers son aide. Il nous emm\u00e8ne avec sa mule chez lui, o\u00f9 son \u00e9pouse nous confectionne un plat. Nous leur faisons cadeau de nos sacs de couchage suppl\u00e9mentaires. Puis il nous am\u00e8ne jusqu&#8217;\u00e0 Limatambo. Je pense que c\u2019est bon \u00e9change de services. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Conclusion. Si cette aventure s\u2019est bien termin\u00e9e, c\u2019est parce que nous avons pris une d\u00e9cision inhabituelle&nbsp;: attendre la tomb\u00e9e de la nuit au sommet du Salcantay. Si nous avions tent\u00e9 de descendre en milieu de journ\u00e9e, nous aurions \u00e9t\u00e9 victimes d\u2019une glissade fatale en un des points qui sont les plus expos\u00e9s au soleil.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <\/strong>Au march\u00e9 de Cuzco<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-table\"><table class=\"has-fixed-layout\"><tbody><tr><td><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\" alt=\"Une image contenant habits, personne, sol, b\u00e2timent\n\nDescription g\u00e9n\u00e9r\u00e9e automatiquement\" width=\"296\" height=\"360\"><strong><em><\/em><\/strong><\/td><td><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\" alt=\"Une image contenant habits, chaussures, peinture, dessin\n\nDescription g\u00e9n\u00e9r\u00e9e automatiquement\" width=\"304\" height=\"204\"><strong><em><\/em><\/strong><\/td><\/tr><\/tbody><\/table><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><a><\/a><a><\/a><a>Denali&nbsp;: en attendant l\u2019h\u00e9licopt\u00e8re<\/a> (1972&nbsp;)<\/h3>\n\n\n\n<p>Pendant mon s\u00e9jour post-doctoral, j\u2019entre en contact avec Ray Genet, un alpiniste suisse renomm\u00e9, qui s\u2019est install\u00e9 en Alaska et organise des ascensions payantes du plus haut sommet des USA. Originellement nomm\u00e9 <em>Mount Mc Kinley<\/em>, du nom du g\u00e9ographe qui en avait d\u00e9termin\u00e9 la position et l\u2019altitude (6 190 m), il a \u00e9t\u00e9 renomm\u00e9 <em>Denali<\/em>, \u00e0 la demande des tribus locales. Les \u00e9quipes qui se pr\u00e9parent&nbsp;pour une ascension en Himalaya se pr\u00e9parent parfois \u00e0 la haute altitude et aux conditions m\u00e9t\u00e9orologiques difficiles en faisant cette ascension.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; J\u2019arrive \u00e0 Talkeetna, point d\u2019arr\u00eat des bus sur la route n\u00b01, qui parcourt tout l\u2019Ouest des Etats-Unis. Nous sommes en mai, c\u2019est la saison o\u00f9 tout d\u00e9g\u00e8le, la neige fond et la vie appara\u00eet partout. Dans les rivi\u00e8res, c\u2019est la d\u00e9b\u00e2cle, les blocs de glace se bousculent et s\u2019empilent avec fracas.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Deux jours plus tard, un petit avion \u00e9quip\u00e9 de skis nous d\u00e9pose sur un glacier totalement plat, encercl\u00e9 de pics d\u2019aspect redoutable.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous sommes seuls au milieu de ces montagnes que nous ne connaissons pas, avec tout notre mat\u00e9riel : du fuel, de la nourriture, des tentes et du mat\u00e9riel technique comme des raquettes canadiennes, qui font 20 cm de large et au moins deux m\u00e8tres de long, qui servent \u00e0 r\u00e9duire le risque de faire un trou dans la couche de neige et de tomber dans une crevasse.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Nous transportons tout le mat\u00e9riel n\u00e9cessaire \u00e0 l\u2019ensemble de l\u2019exp\u00e9dition dans des bo\u00eetes Chaque bo\u00eete contient tout ce qu\u2019il faut pour l\u2019ensemble du groupe, pour une journ\u00e9e. Chacun en porte une (ou plusieurs) sur le dos, gr\u00e2ce \u00e0 des claies de portage.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019exp\u00e9dition peut ainsi survivre pendant vingt jours et si on perd une personne, on ne perd pas toute la r\u00e9serve de gaz ou tous les petits d\u00e9jeuners.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; L\u2019ascension consiste principalement \u00e0 porter suffisamment de bo\u00eetes jusqu\u2019\u00e0 un point de rassemblement, situ\u00e9 \u00e0 5 500 m, o\u00f9 on se donne RV pour partir ensemble vers le sommet.<\/p>\n\n\n\n<p>A cet endroit, une grotte a \u00e9t\u00e9 creus\u00e9e par Ray Genet, alpiniste suisse de renom), dans laquelle on peut s\u2019abriter du vent et faire un peu de cuisine.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Chute du quatri\u00e8me de cord\u00e9e.<\/h4>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; La premi\u00e8re tentative vers le sommet tourne mal. Nous sommes cinq dans la cord\u00e9e men\u00e9e par le chef d\u2019exp\u00e9dition et pendant une descente en travers\u00e9e, le quatri\u00e8me se prend un crampon dans une lani\u00e8re, perd l\u2019\u00e9quilibre et commence \u00e0 glisser dans la pente. Le cinqui\u00e8me r\u00e9agit vite et bien&nbsp;: il se retourne, s\u2019accroche sur la pente avec son piolet et bloque la corde. La glissade du suivant est arr\u00eat\u00e9e, mais sa jambe s\u2019est tordue et cass\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous voici avec un bless\u00e9 retenu par une corde.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Pour le mettre en s\u00e9curit\u00e9, la premi\u00e8re op\u00e9ration consiste \u00e0 le faire glisser jusqu\u2019\u00e0 la grotte. C\u2019est complexe et cela nous occupe l\u2019apr\u00e8s-midi.<\/p>\n\n\n\n<p>Ensuite il faut l\u2019\u00e9vacuer. La meilleure solution est de le faire par h\u00e9licopt\u00e8re, mais il n\u2019est pas \u00e9vident qu\u2019un pilote puisse s\u2019approcher en s\u00e9curit\u00e9 de l\u2019endroit o\u00f9 nous nous trouvons. Cela me rappelle un \u00e9v\u00e9nement qui avait fait scandale, la premi\u00e8re tentative d\u2019\u00e9vacuation par h\u00e9licopt\u00e8re au Mont Blanc, qui, en raison du mauvais temps, s\u2019\u00e9tait sold\u00e9e par le crash de l\u2019appareil et l\u2019abandon sur place des deux alpinistes, Vincendon et Henry.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le chef de l\u2019exp\u00e9dition fait une demande d\u2019assistance \u00e0 l\u2019arm\u00e9e am\u00e9ricaine.<\/p>\n\n\n\n<p>Le lendemain un gros h\u00e9licopt\u00e8re se dirige vers nous mais d\u00e9clare par radio qu\u2019il a des probl\u00e8mes hydrauliques avant de dispara\u00eetre \u00e0 l\u2019horizon. &nbsp;Je crois qu\u2019il a jug\u00e9 l\u2019op\u00e9ration trop hasardeuse, compte tenu de l\u2019altitude (5 500m) et de notre position sur une ar\u00eate qui borde des couloirs de forte pente.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le chef de l\u2019exp\u00e9dition fait alors appel \u00e0 un h\u00e9licopt\u00e8re priv\u00e9 et le lendemain le voici qui s\u2019approche. C\u2019est un h\u00e9licopt\u00e8re l\u00e9ger de type Alouette III.<\/p>\n\n\n\n<p>Il fonce vers les couloirs, ces pentes raides couvertes de neige, qui s\u00e9parent les ar\u00eates, de neige, profitant des courants d\u2019air ascendants pour gagner de l\u2019altitude. Il se d\u00e9place horizontalement vers l\u2019ar\u00eate o\u00f9 nous l\u2019attendons. Nous sommes stup\u00e9faits par la maitrise du pilote. Il fait un premier passage un peu trop haut, passe au-dessus de nous, reprend de la distance, retourne aux couloirs pour retrouver les courants d\u2019air ascendants et vient se poser \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de nous.<\/p>\n\n\n\n<p>Le pilote nous transmet un paquet avec de la nourriture et du combustible pour quelques jours de plus. Nous chargeons le bless\u00e9 et en cinq minutes \u00e0 peine, le temps de l\u2019attacher, le pilote soul\u00e8ve sa machine et n\u2019est d\u00e9j\u00e0 plus qu\u2019un point noir \u00e0 l\u2019horizon.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le lendemain, nous montons au sommet du D\u00e9nali, qui est sans int\u00e9r\u00eat, comme d\u2019habitude.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le surlendemain nous descendons jusqu\u2019au glacier plat o\u00f9 l\u2019avion \u00e0 skis revient nous chercher un par un car nous avons \u00e9norm\u00e9ment de mat\u00e9riel et nous ram\u00e8ne \u00e0 Talkeetna.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><a>Bilan de ce que m\u2019a apport\u00e9 cette ascension.<\/a><\/h3>\n\n\n\n<p>A posteriori, je me rends compte que j\u2019ai mal choisi mon type d\u2019exp\u00e9dition, car j\u2019ai chang\u00e9, sans doute du fait que j\u2019ai rencontr\u00e9 C\u00e9lie un mois plus t\u00f4t.<\/p>\n\n\n\n<p>Je suis moins dans la comp\u00e9tition et le d\u00e9passement physique de moi-m\u00eame, centr\u00e9 sur mes performances, mais dans une nouvelle p\u00e9riode de ma vie o\u00f9 je m\u2019\u00e9veille et deviens attentif \u00e0 des choses auxquelles je ne pr\u00eatais jusqu\u2019ici pas attention.<\/p>\n\n\n\n<p>En faisant cette ascension, j\u2019ai port\u00e9 de lourdes charges (20 \u00e0 25 kg) pendant 15 jours et le sommet \u00e9tait sans int\u00e9r\u00eat. Il m\u2019appara\u00eet que dans la zone 3 000 \u00e0 6 000 m d\u2019altitude, il n\u2019 y a rien \u00e0 voir Au site de d\u00e9pose, \u00e0 5 500 m, nous pouvions compter des dizaines de pics plus hauts que nous&nbsp;; \u00e0 4500 m on n\u2019en voyait plus que deux, Foraker et Hunter et depuis le sommet, \u00e0 6 190m, nous n\u2019avons rien vu.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai l\u2019impression que j\u2019aurais d\u00fb aller explorer les pics voisins car il y aurait eu davantage de choses \u00e0 observer aux altitudes inf\u00e9rieures, comme l\u2019\u00e9veil de la nature.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais on recrute plus facilement des participants pour une exp\u00e9dition avec pour but l\u2019ascension de Denali que tout le monde conna\u00eet, plut\u00f4t que celle de Foraker ou Hunter, dont personne n\u2019a entendu parler.<\/p>\n\n\n\n<p>Le bon c\u00f4t\u00e9, c\u2019est que nous avons pass\u00e9 beaucoup de temps \u00e0 attendre les diff\u00e9rents avions et h\u00e9licopt\u00e8res ce qui nous a donn\u00e9 le temps de nous raconter nos vies en dehors de l\u2019alpinisme. J\u2019ai ainsi appris que le cinqui\u00e8me de la cord\u00e9e, qui a bloqu\u00e9 la chute du quatri\u00e8me, \u00e9tait conducteur de bus \u00e0 Vancouver. J\u2019ai mieux compris la rapidit\u00e9 de sa r\u00e9action et mon respect pour les conducteurs de bus est mont\u00e9 d\u2019un cran.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019\u00e9tais le troisi\u00e8me de cord\u00e9e et je n\u2019ai pas eu sa r\u00e9activit\u00e9 alors que c\u2019\u00e9tait \u00e0 moi de r\u00e9agir, puisque j\u2019\u00e9tais au-dessus de celui qui a chut\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><a><\/a><a><\/a><a>Bloqu\u00e9s \u00e0 Huaras<\/a> avec les <em>Iowa Mountainers<\/em>, 1972<\/h3>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; En 1972, le patron du groupe de physique dans lequel je travaille, connaissant mes int\u00e9r\u00eats pour la montagne, me signale le bulletin \u00e9dit\u00e9 par les Iowa Mountainers. Je me renseigne sur ce qu\u2019ils proposent. Leur activit\u00e9 principale consiste \u00e0 organiser des exp\u00e9ditions lointaines. La prochaine exp\u00e9dition pr\u00e9vue a lieu au P\u00e9rou, dans la cordill\u00e8re de Huayhuash.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me porte candidat pour participer \u00e0 leur projet de remonter la vall\u00e9e de Santa Cruz en partant de la ville de Huaras.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019en attends des vues fabuleuses sur des montagnes comme la pyramide de glace de l\u2019Alpamayo.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mais, \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e \u00e0 Huaras, une mauvaise nouvelle nous attend&nbsp;: tout le mat\u00e9riel de l\u2019exp\u00e9dition est rest\u00e9 bloqu\u00e9 dans une correspondance qui n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 assur\u00e9e et il ne sera pas l\u00e0 avant quatre jours.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avons donc quatre jours \u00e0 attendre et \u00e0 ne rien faire. C\u2019est un peu comme \u00eatre coinc\u00e9 \u00e0 Chamonix par mauvais temps. Nous faisons le tour des caf\u00e9s, des restaurants et des bars de Huaras. Il n\u2019y en a pas beaucoup.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je me rappelle un restaurant qui s\u2019appelle <em>Restaurante Peruano \u2013 Aleman<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Le patron est en train de boire une <em>Cervesa<\/em> avec quelqu\u2019un qui ne semble pas p\u00e9ruvien, bien habill\u00e9, grosse t\u00eate blonde. J\u2019apprends que ce <em>gringo<\/em> est ing\u00e9nieur civil, employ\u00e9 par une organisation humanitaire pour superviser des travaux d\u2019irrigation. Le gouvernement a lanc\u00e9 une r\u00e9forme agraire par laquelle des terres seraient distribu\u00e9es aux paysans. L\u2019impl\u00e9mentation de cette r\u00e9forme souffre cruellement du manque de cadres comp\u00e9tents. Un P\u00e9ruvien conducteur de mules m\u2019avait d\u00e9j\u00e0 dit&nbsp;\u00ab&nbsp;Avant la r\u00e9forme agraire, on travaillait pour le propri\u00e9taire du <em>latifundio<\/em> <a href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\">[1]<\/a>. Maintenant on travaille pour le directeur de la coop\u00e9rative, mais rien n\u2019a chang\u00e9&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019ing\u00e9nieur se plaint aussi d\u2019\u00eatre associ\u00e9 \u00e0 un P\u00e9ruvien qui est deux fois mieux pay\u00e9 que lui, pour une contribution quasiment nulle. Toutefois, le peu qu\u2019il gagne est encore trop pour ce qu\u2019il peut d\u00e9penser \u00e0 Huaras, o\u00f9 il n\u2019y a rien \u00e0 faire. Malgr\u00e9 ses r\u00e9criminations, il semble bien int\u00e9gr\u00e9 localement.<\/p>\n\n\n\n<p>La conversation tourne naturellement autour des heurs et malheurs des autres<em> gringos<\/em> qui sont \u00e0 Huaras. On me cite le cas d\u2019un membre d\u2019une exp\u00e9dition d\u2019alpinisme, il y a de cela une dizaine d\u2019ann\u00e9es, qui a renonc\u00e9 \u00e0 retourner \u00e0 son emploi dans son pays et qui m\u00e8ne ici une vie contemplative, en appr\u00e9ciant la gentillesse des habitants, la beaut\u00e9 des montagnes et le charme de la musique p\u00e9ruvienne. Quand il a besoin d\u2019un peu d\u2019argent liquide, il se joint \u00e0 une exp\u00e9dition qui passe par Huaras, rend des petits services, r\u00e9cup\u00e8re du mat\u00e9riel que l\u2019exp\u00e9dition ne compte pas r\u00e9utiliser et le revend \u00e0 l\u2019unit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette fa\u00e7on de se laisser vivre, sans motivation \u00e9conomique est incompr\u00e9hensible pour les habitants de la vall\u00e9e qui, voulant y trouver une explication, s\u2019imaginent qu\u2019il serait en r\u00e9alit\u00e9 un agent de la CIA, ce qui est le plus cr\u00e9dible pour eux.<\/p>\n\n\n\n<p>Il n\u2019y a pas de gentillesse des habitants&nbsp;; elle s\u2019est transform\u00e9e en f\u00e9rocit\u00e9 pendant la gu\u00e9rilla du Sentier Lumineux. La beaut\u00e9 des montagnes ne les \u00e9meut gu\u00e8re, ce serait un luxe. Une ann\u00e9e avant notre passage, la chute d\u2019un morceau de glacier dans un lac glaciaire a produit une coul\u00e9e de boue qui a caus\u00e9 la mort de 20 000 personnes dans les villages situ\u00e9es en contrebas. Je crois que, s\u2019ils avaient le choix, une majorit\u00e9 d\u2019habitants de ces vall\u00e9es pr\u00e9f\u00e9reraient que leurs montagnes soient aplanies.<\/p>\n\n\n\n<p>Quant au charme de la musique p\u00e9ruvienne, les chansons que les locaux aiment \u00e9couter dans les bars et les discoth\u00e8ques sont des \u00ab&nbsp;tubes&nbsp;\u00bb am\u00e9ricains.<\/p>\n\n\n\n<p>Conclusion. Lors de ce passage \u00e0 Huaras, j\u2019ai compris qu\u2019il est important, si vous arrivez dans un pays \u00e9tranger, que les habitants comprennent la relation que vous avez avec l\u2019\u00e9conomie de leur pays et que vous correspondiez \u00e0 l\u2019id\u00e9e qu\u2019ils se font de la cat\u00e9gorie socio-professionnelle \u00e0 laquelle vous appartenez.<\/p>\n\n\n\n<p>Par exemple, si vous \u00eates alpiniste, il serait bon que vous ayez du mat\u00e9riel \u00e0 faire transporter et des mules \u00e0 louer. Si vous faites un trek sur un itin\u00e9raire connu, logiquement, vous allez acheter des repas sur place. En revanche, si vous \u00eates ethnologue, journaliste, \u00e9crivain ou sans profession, on se demandera quelle est votre motivation.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><a><\/a><a><\/a><a><\/a><a>R\u00e9cit de Uri Bernstein&nbsp;: &nbsp;la travers\u00e9e \u00e0 skis de la Sierra Nevada<\/a><\/h3>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; En 1973 Bernard et moi partageons un bureau \u00e0 UCLA. Nous devenons amis et compagnons de randonn\u00e9e. Je viens juste d\u2019apprendre le ski de fond, j\u2019ai fait beaucoup de randonn\u00e9es estivales et je pense que ce serait g\u00e9nial de faire une randonn\u00e9e \u00e0 ski \u00e0 travers les montagnes de la Sierra Nevada. Au d\u00e9but du printemps 1973, lors de la derni\u00e8re ann\u00e9e de Bernard \u00e0 UCLA, je le persuade d\u2019entreprendre ce voyage.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u00e9lie et Paula nous d\u00e9posent \u00e0 la gare routi\u00e8re Greyhound du centre-ville de Los Angeles et nous avons prenons le bus jusqu\u2019\u00e0 Bishop, la ville la plus proche de notre point de d\u00e9part. Nous avons pu obtenir un transport jusqu\u2019au point de d\u00e9part cet apr\u00e8s-midi-l\u00e0 et nous d\u00e9cidons de commencer imm\u00e9diatement notre randonn\u00e9e. Nous passons la premi\u00e8re nuit dans un abri pour animaux situ\u00e9 \u00e0 une courte distance du chemin. Le lendemain matin, nous gravissons le versant est des Sierras et nous atteignons le col de Piute (altitude 3480 m), le point culminant de cette travers\u00e9e. La suite de la randonn\u00e9e devait \u00eatre une descente majoritairement graduelle sur le versant ouest des Sierras. Jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, j\u2019avais pu suivre Bernard.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous commen\u00e7ons la descente depuis le col, qui n\u2019est pas tr\u00e8s raide selon les normes alpines. \u00c0 ce moment-l\u00e0, je r\u00e9alise avec d\u00e9sarroi que skier en descente avec un lourd sac \u00e0 dos est beaucoup plus difficile que de skier sans sac. M\u00eame avec des skis de descente, je suis au mieux un skieur m\u00e9diocre ; avec des skis de fond aux pieds et une charge sur le dos je suis carr\u00e9ment incomp\u00e9tent. Cependant, je suis jeune et fort, et apr\u00e8s une chute je me rel\u00e8ve simplement pour skier une courte distance jusqu\u2019\u00e0 ma prochaine chute. Apr\u00e8s un moment, Bernard est tellement frustr\u00e9 qu\u2019il prend mon sac et essaye de skier avec les deux sacs (poids total environ 35 kg), mais il n\u2019y arrive&nbsp; pas.<\/p>\n\n\n\n<p>En fin d\u2019apr\u00e8s-midi nous avons installons notre tente dans la neige. \u00c0 ce stade, je suis certain que Bernard est malheureux de r\u00e9aliser qu\u2019il s\u2019est engag\u00e9 dans une aventure en montagne de plusieurs jours, sans issue facile &#8211; nous devons continuer notre travers\u00e9e. Si l\u2019un d\u2019entre nous se tord une cheville, nous pourrions \u00eatre incapables de sortir de la Sierra Nevada par nos propres moyens. Heureusement, apr\u00e8s les deux premiers jours le parcours est majoritairement sur un terrain en pente douce, et j\u2019arrive \u00e0 rester debout la plupart du temps. Le temps est excellent, le paysage est magnifique, et nous vivons l\u2019exp\u00e9rience sauvage de ne pas voir une seule personne pendant cinq jours.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s avoir finalement atteint la fin de notre itin\u00e9raire \u00e0 ski, nous arrivons \u00e0 une route d\u00e9gag\u00e9e de la neige. Nous nous attendions \u00e0 pouvoir faire du Stop, mais apr\u00e8s avoir attendu quelques minutes, nous comprenons qu\u2019il ne passe aucune voiture sur cette route, et nous devons marcher (en portant nos skis) environ une heure jusqu\u2019\u00e0 une station de ski proche. L\u00e0, nous r\u00e9ussissons \u00e0 faire du stop jusqu\u2019\u00e0 Fresno. Nous prenons le bus Greyhound pour le retour \u00e0 Los Angeles, o\u00f9 nous sommes accueillis par C\u00e9lie et Paula \u00e0 la gare routi\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Je consid\u00e8re cette travers\u00e9e comme une des grandes aventures en plein air de ma vie.<\/p>\n\n\n\n\n\n<p>Image&nbsp;: Fin de la descente du Piute pass. Il n\u2019y a personne \u00e0 moins de 100km.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><a><\/a><a><\/a><a>6\/ Chute au Grand Combin<\/a> avec Yves et d\u00e9cision d\u2019arr\u00eater l\u2019alpinisme. &nbsp;<\/h2>\n\n\n\n<p>Notre derni\u00e8re aventure se d\u00e9roule au printemps.<\/p>\n\n\n\n<p>Yves et moi avons pr\u00e9vu de faire, \u00e0 skis, une partie de la haute route Chamonix \u2013 Zermatt.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Nous partons en train de nuit \u00e0 destination de Martigny. Mais arriv\u00e9s sur place, pr\u00eats pour l\u2019aventure nous constatons que quelqu\u2019un nous a vol\u00e9 nos skis.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous ignorons la solution \u00e9vidente qui serait de racheter ou de louer des skis. Nous ignorons aussi la solution alternative qui serait de se procurer un topo guide des ascensions faisables \u00e0 pied et d\u2019en choisir une qui soit peu sensible \u00e0 l\u2019enneigement car il a \u00e9norm\u00e9ment neig\u00e9 pendant l\u2019hiver pr\u00e9c\u00e9dent. Nous ignorons enfin la solution prudente qui serait de reprendre contact avec le guide Jean Gaudin et de lui demander conseil.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Par une sorte d&#8217;ent\u00eatement, nous choisissons, parmi tous les projets possibles, celui qui est le plus proche du projet initial. Il consiste \u00e0 aller dormir au refuge pr\u00e9vu et \u00e0 passer ensuite par les cr\u00eates, jusqu\u2019au sommet du Grand Combin (4 300 m). Mon espoir est qu\u2019il y aura moins de neige sur les cr\u00eates que dans les creux et que nous pourrons passer sans ski.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais je n\u2019ai pas de description d\u2019itin\u00e9raire pour l\u2019ascension du Grand Combin \u00e0 pied, surtout dans ces conditions d\u2019enneigement. Mais le choix que nous faisons comporte un risque d\u2019\u00e9chec \u00e9lev\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Tout va bien jusqu\u2019\u00e0 la premi\u00e8re cr\u00eate. Mais ensuite, nous trouvons un m\u00e9lange de neige et de rochers qui bloque le passage. J\u2019essaie de contourner les plus gros blocs mais je chute.<\/p>\n\n\n\n<p>Je glisse sur la pente de neige qui est \u00e0 la base des rochers. La corde se tend car Yves l\u2019a bloqu\u00e9e en la passant autour d\u2019un bec rocheux et de son poignet. Il stoppe net ma glissade et sauve ainsi ma vie&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Mais notre situation n\u2019est gu\u00e8re brillante. D\u2019une part, nous ne trouvons pas le passage \u00e0 travers les rochers, nous ne savons pas o\u00f9 nous sommes par rapport \u00e0 l\u2019itin\u00e9raire pr\u00e9vu. D\u2019autre part, Yves me dit que son poignet est cass\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous constatons que nous ne pouvons pas plus loin et nous redescendons au refuge par la voie par laquelle nous sommes mont\u00e9s. Nous rentrons \u00e0 Paris le jour m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Bilan&nbsp;:<\/h4>\n\n\n\n<p>La difficult\u00e9 d\u2019un itin\u00e9raire de haute montagne augmente lorsque neige et rochers sont m\u00e9lang\u00e9s. M\u00eame si je n\u2019avais pas chut\u00e9 \u00e0 cet endroit, nous aurions probablement \u00e9t\u00e9 bloqu\u00e9s un peu plus loin.<\/p>\n\n\n\n<p>Plus de peur que de mal, le poignet d\u2019Yves se r\u00e9pare naturellement, les skis sont perdus, mais nous sommes bien vivants.<\/p>\n\n\n\n<p>Mon ego de skieur-alpiniste, qui s\u2019\u00e9tait enfl\u00e9 apr\u00e8s quelques belles r\u00e9ussites, est ramen\u00e9 \u00e0 des dimensions plus modestes.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Rencontre avec Jean Gaudin&nbsp;: je lui dis que j\u2019ai arr\u00eat\u00e9 la haute montagne.<\/h4>\n\n\n\n<p>Au d\u00e9but des ann\u00e9es 80, je revois Jean Gaudin bri\u00e8vement, par hasard, \u00e0 Chamonix, \u00e0 la station du chemin de fer du Montenvers.<\/p>\n\n\n\n<p>Il revient d\u2019une ascension avec un client. Je reviens pour ma part d\u2019une promenade sur la Mer de Glace, en compagnie d\u2019amis am\u00e9ricains de C\u00e9lie.<\/p>\n\n\n\n<p>Jean Gaudin me complimente sur ma bonne forme physique et me propose de retourner avec lui en haute montagne.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais entre temps, j\u2019ai rencontr\u00e9 C\u00e9lie (en 1972) et mes buts dans la vie ont chang\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Avant notre rencontre j\u2019allais en haute montagne pour enfin sortir de l\u2019adolescence, faire des choix qui ne soient pas futiles et trouver mes limites.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s notre rencontre j\u2019aspire \u00e0 d\u00e9couvrir tout son monde \u00e0 elle et la moyenne montagne me semble un cadre bien adapt\u00e9 pour ces d\u00e9couvertes.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><a>7\/ Analyse de ma pratique et de mon go\u00fbt du risque<\/a><\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><a>Un regret&nbsp;: que ma formation \u00e0 l\u2019UCPA soit rest\u00e9e incompl\u00e8te.<\/a><\/h3>\n\n\n\n<p>Dans la logique de l\u2019UCPA j\u2019aurais d\u00fb faire un certain nombre de stages par ordre de difficult\u00e9 croissante. \u00ab&nbsp;Premier de cord\u00e9e&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Chef de caravane&nbsp;\u00bb, \u2026. Au lieu de pester en silence contre le vieux guide qui conduisait des groupes de l\u2019UCPA dans des escalades qu\u2019il connaissait parfaitement, j\u2019aurais pu m\u2019int\u00e9resser \u00e0 ce qu\u2019il avait fait pour \u00e9viter les accidents pendant les 30 ans de son exp\u00e9rience professionnelle.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019aurais pu m\u2019impr\u00e9gner de la culture de la s\u00e9curit\u00e9 en participant \u00e0 d\u2019autres stages de l\u2019UCPA. Leur taux d\u2019accidents est tr\u00e8s faible et m\u00e9rite qu\u2019on le prenne comme r\u00e9f\u00e9rence. J\u2019aurais appris les bases de la s\u00e9curit\u00e9&nbsp;en haute montagne, qui m\u2019ont manqu\u00e9es par la suite.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mais je suis press\u00e9, comme si le temps m\u2019\u00e9tait compt\u00e9. Je pr\u00e9f\u00e8re&nbsp;embaucher des guides de haute montagne pour aller dans des endroits o\u00f9 personne ne va.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est ma sous-personnalit\u00e9 sauvage&nbsp;qui me dit que mes exploits et mes d\u00e9couvertes ont moins de valeur si d\u2019autres ont pu les visiter avant moi.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><a>Analyse de ma pratique avec le Dialogue Int\u00e9rieur<\/a><\/h3>\n\n\n\n<p>Je sais maintenant, gr\u00e2ce \u00e0 la m\u00e9thode d\u2019analyse du Dialogue Int\u00e9rieur, qu\u2019il y a en moi au moins cinq voix qui essayent d\u2019influencer mon processus de d\u00e9cision en montagne ou encore que c\u2019est ma sous-personnalit\u00e9 sauvage qui me fait penser que si d\u2019autres ont pu les faire avant moi, mes exploits et mes d\u00e9couvertes ont moins de valeur.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Knower<\/strong>, qui veut tout comprendre et tout pr\u00e9dire. C\u2019est l\u2019intellectuelle du groupe. Elle dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Si tu n\u2019essayes pas vraiment, maintenant, tu ne sauras jamais comment ce passage aurait \u00e9t\u00e9 pour toi, et cette exp\u00e9rience sera perdue, pour toujours car tu ne retrouveras jamais ces conditions&nbsp;\u00bb.&nbsp; C\u2019est elle qui me pousse \u00e0 essayer de comprendre. Sans elle, je ferais n\u2019importe quoi.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Pusher <\/strong>est la voix qui veut en faire toujours plus&nbsp;: \u00ab&nbsp;Comment \u00e7a, tu h\u00e9sites&nbsp;?&nbsp; Qui va te prendre au s\u00e9rieux comme alpiniste si tu ne fais que des ascensions faciles et sans danger aucun&nbsp;?&nbsp;\u00bb. Cette sous-personnalit\u00e9 primaire, tr\u00e8s forte, est celle qui me pousse \u00e0 agir. Sans elle, je resterais au lit toute la matin\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Ensemble, \u00ab&nbsp;Pusher&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;Knower&nbsp;\u00bb forment un duo gagnant dans ma Psyche.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais ce duo ne se pr\u00e9occupe pas de ce que les autres gens pensent de mes actions. C\u2019est le r\u00f4le de \u00ab&nbsp;Critique&nbsp;\u00bb, une sous-personnalit\u00e9 \u00e9galement forte, qui m\u2019emp\u00eache de faire des choses qui ne seraient pas accept\u00e9es par les gens qui m\u2019entourent.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Critique<\/strong>, qui recherche les fautes possibles dans mon \u00e9valuation de l\u2019\u00e9tat de la neige, les erreurs que nous avons pu faire dans l\u2019itin\u00e9raire ou en dehors de l\u2019itin\u00e9raire et toutes les autres erreurs possibles y compris les erreurs que je vais faire quand je vais me retrouver en soci\u00e9t\u00e9. Une cible facile pour Critique est le d\u00e9faut de pr\u00e9paration de la descente du Chardonneret . Une belle r\u00e9ussite pour Critique est le choix de descendre du Salcantay \u00e0 la nuit tomb\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Prudence<\/strong> est la voix qui fait h\u00e9siter devant un passage que je pressens comme dangereux, et qui conseille de v\u00e9rifier&nbsp;l\u2019itin\u00e9raire. Elle me dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Pourquoi t\u2019exposer ici&nbsp; \u00e0 un risque grave? Tu sens que ce passage n\u2019est pas s\u00fbr, n\u2019est-ce pas&nbsp;? Tu peux encore d\u00e9cider de passer un peu plus loin, et tu seras encore vivant, tu pourras encore tout faire. Si tu te viandes ici, tu perds tout \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Par exemple, Critique et Vigilance n\u2019ont pas jou\u00e9 leur r\u00f4le lorsque, en gare de Dijon, Yves et moi sommes&nbsp;mont\u00e9s dans la voiture couchettes du train, en laissant nos skis au bout de la voiture-couchettes pour nous installer dans un compartiment.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Vigilance,<\/strong> qui est la voix de l\u2019\u00e9veil, mais aussi celle de la peur. Elle est souvent alli\u00e9e de Prudence.&nbsp; J\u2019attends de Vigilance des nouvelles du monde qui soient fraiches, perceptives et exactes, et qui arrivent \u00e0 temps.<\/p>\n\n\n\n<p>Par exemple, quand j\u2019ai aper\u00e7u le sommet du Mont Blanc, Knower a d\u00e9clar\u00e9 \u00ab&nbsp;maintenant je comprends tout&nbsp;\u00bb et a transmis \u00e0 Pusher un message d\u2019alerte du genre \u00ab&nbsp;sommet en vue, m\u00e9t\u00e9o incertaine, je comprends tout \u00bb. Pusher, recevant ce message, a conclu qu\u2019il fallait avancer, Critique a \u00e9t\u00e9 d\u00e9bord\u00e9 et n\u2019a pas r\u00e9ussi \u00e0 emp\u00eacher mon d\u00e9marrage intempestif vers le sommet.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><a><\/a><a><\/a><a>Analyse de ma pratique avec le carnet de notes.<\/a><\/h3>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Pour savoir si je suis en train de devenir un bon alpiniste, je tiens \u00e0 jour un petit carnet o\u00f9 je note mes performances afin d\u2019\u00e9valuer mes progr\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<p>Ai-je bien trouv\u00e9 le meilleur itin\u00e9raire&nbsp;? Suis-je rapide ou lent par comparaison avec les temps indiqu\u00e9s dans le guide ? Ai-je bien surmont\u00e9 les principales difficult\u00e9s&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; J\u2019\u00e9value aussi -et c\u2019est la note la plus importante pour la poursuite de cette activit\u00e9-, les risques inutiles. Aurais-je pu faire la m\u00eame ascension en contr\u00f4lant mieux les risques (chute, glissade, chutes de pierres, avalanche ou chutes de corniches) et en faisant de meilleurs choix ?  <\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><a>Bilan de mon activit\u00e9 d\u2019alpiniste&nbsp;: b\u00e9n\u00e9fice \/ risque<\/a><\/h3>\n\n\n\n<p>J\u2019ai pratiqu\u00e9 pendant 15 ans une activit\u00e9 dans laquelle les choix que je fais \u00e0 court terme ont presque tous des cons\u00e9quences importantes, parfois dramatiques, pour le long terme. J\u2019ai jou\u00e9 \u00e0 ce jeu dangereux dans lequel on ne gagne rien d\u2019utile.&nbsp; Je me suis demand\u00e9 pourquoi j\u2019ai tant jou\u00e9 et dans quelle mesure mon exp\u00e9rience dans les montagnes a \u00e9t\u00e9 utile pour la suite de ma vie.<\/p>\n\n\n\n<p>Que me reste-il apr\u00e8s avoir escalad\u00e9 une montagne&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Le plaisir d\u2019avoir jou\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Le sentiment que mon existence a une valeur<\/p>\n\n\n\n<p>Quelques images, qui ne rendent pas compte de mes sensations<\/p>\n\n\n\n<p>Le partage des \u00e9motions avec mon compagnon de cord\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai appris aussi \u00e0 produire un niveau d\u2019engagement et une vigilance plus \u00e9lev\u00e9s qui si j\u2019avais pratiqu\u00e9 des activit\u00e9s moins risqu\u00e9es telles que la randonn\u00e9e ou au ski sur piste.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais ces qualit\u00e9s, je les ai acquises \u00e0 un prix exorbitant en termes de prise de risque.<\/p>\n\n\n\n<p>Combien de fois notre survie n\u2019a tenu qu\u2019\u00e0 la chance, \u00e0 une combinaison extraordinaire de circonstances&nbsp;? Si nous \u00e9tions dans un gigantesque laboratoire et qu\u2019on r\u00e9p\u00e9tait ces exp\u00e9riences un grand nombre de fois, combien d\u2019accidents tragiques seraient survenus&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Je me dis que j\u2019ai peut-\u00eatre choisi un chemin trompeur. Souvent je revis les sc\u00e8nes que j\u2019ai v\u00e9cues et j\u2019imagine&nbsp;d\u2019autres scenarii. Je me dis&nbsp;: si j\u2019avais su, j\u2019aurais fait un autre choix.<\/p>\n\n\n\n<p>M\u00eame si la liste de mes erreurs, bien que longue et lourde de cons\u00e9quences, l\u2019est moins que celle des erreurs que j\u2019aurais pu faire et j\u2019ai su \u00e9viter, Prudence me dit que d\u2019autres choix \u00e9taient possibles et que j\u2019ai pris beaucoup de risques inutiles.<\/p>\n\n\n\n<p>A la relecture de mon petit carnet, je constate que sur les quinze ans pendant lesquels j\u2019ai fait de l\u2019alpinisme, je me suis beaucoup am\u00e9lior\u00e9 au niveau technique, mais pas dans la gestion des risques.<\/p>\n\n\n\n<p>M\u00eame apr\u00e8s \u00eatre devenu le mari d\u2019une femme adorable et le p\u00e8re de deux enfants, j\u2019ai continu\u00e9 \u00e0 prendre des risques \u00e9lev\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand il s\u2019agit de montagnes, chez moi l\u2019alliance de Pusher avec Knower gagne presque toujours contre celle de Prudence avec Vigilance.<\/p>\n\n\n\n<p>En comprenant que je ne serai jamais un montagnard prudent comme le vieux guide que j\u2019avais rencontr\u00e9 \u00e0 l\u2019UCPA, j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 de mettre un terme \u00e0 cette pratique de la montagne.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Je pense que j\u2019ai bien fait de remplacer l\u2019alpinisme par d\u2019autres activit\u00e9s, mais une partie de moi le regrettera toujours. Je suis rest\u00e9 tr\u00e8s reconnaissant aux montagnes pour le bien qu\u2019elles m\u2019ont fait et le plaisir qu\u2019elles m\u2019ont donn\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><a>8\/ R\u00e9flexions diverses sur la montagne.<\/a><\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">&nbsp;<a>L\u2019\u00e9volution du tourisme en montagne.<\/a><\/h3>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ces derni\u00e8res ann\u00e9es, une forme de tourisme s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9e, dans laquelle on vend un package comprenant un s\u00e9jour \u00e0 Cusco, la visite de quelques sites arch\u00e9ologiques et une randonn\u00e9e, qu\u2019ils appellent \u00ab&nbsp;trek&nbsp;\u00bb, aboutissant \u00e0 Macchu Pichu. La version initiale de la randonn\u00e9e \u00e9tait appel\u00e9e \u00ab&nbsp;the inca trail&nbsp;\u00bb, elle demandait cinq jours de marche \u00e0 des altitudes comprises entre 2 000 m et 3 000 m.<\/p>\n\n\n\n<p>R\u00e9cemment des offres concurrentes pour la randonn\u00e9e sont apparues, avec un itin\u00e9raire proche de celui que notre exp\u00e9dition a suivi, passant par un col \u00e0 4 600 m d\u2019altitude et arrivant \u00e0 Macchu Pichu. On propose aux randonneurs de coucher dans des tentes en forme d\u2019igloos et les photos qu\u2019on trouve sur Internet montrent des \u00ab&nbsp;villages d\u2019igloos&nbsp;\u00bb qui ressemblent fort \u00e0 une banlieue.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette \u00e9volution comporte le risque d\u2019une d\u00e9gradation de l\u2019environnement par l\u2019arriv\u00e9e massive de touristes. Le site de Macchu Pichu a \u00e9t\u00e9 bien pr\u00e9serv\u00e9 jusqu\u2019ici, il serait dommage que les hautes vall\u00e9es qui entourent le Salcantay ne b\u00e9n\u00e9ficient pas d\u2019une protection comparable.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><a><\/a><a><\/a><a>R\u00eave d\u2019envol<\/a>&nbsp;<\/h3>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Voici le r\u00e9cit d\u2019un r\u00eave qui m\u2019a sembl\u00e9 contenir une autre r\u00e9ponse possible au rhinoc\u00e9ros.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je suis en montagne, en train de marcher sur une pente herbeuse. C\u2019est une pente assez raide. C\u2019est l\u2019apr\u00e8s-midi, la pente a \u00e9t\u00e9 r\u00e9chauff\u00e9e par le soleil. J\u2019arrive finalement \u00e0 un sommet, o\u00f9 je trouve un groupe nombreux de gens qui dorment couch\u00e9s sur l\u2019herbe. En dessous d\u2019eux, la pente est vraiment tr\u00e8s raide, pourtant plusieurs dormeurs se sont install\u00e9s sur cette pente, et ils donnent l\u2019impression d\u2019\u00eatre tr\u00e8s confortables, malgr\u00e9 la pente.<\/p>\n\n\n\n<p>Je suis tr\u00e8s fatigu\u00e9, je cherche une place libre \u00e0 un endroit confortable, pour dormir avec eux. Mais je vois bien que c\u2019est dangereux&nbsp;: quiconque s\u2019installerait sur cette pente sans \u00eatre bien attach\u00e9 se mettrait \u00e0 rouler le long de la pente, et rien ni personne ne pourrait l\u2019arr\u00eater.<\/p>\n\n\n\n<p>Le haut de la pente ressemble \u00e0 un de ces tremplins sur lesquels les personnes qui font du parapente courent pour d\u00e9coller et glisser dans l\u2019air. Le d\u00e9part doit faire peur, mais ensuite tout va mieux&nbsp;: ceux et celles qui savent voler trouvent un courant d\u2019air ascendant dans lequel ils peuvent tournoyer et remonter le long des barres rocheuses chauff\u00e9es par le soleil de l\u2019apr\u00e8s-midi.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Peut-\u00eatre ces gens couch\u00e9s sur l\u2019herbe sont-ils des adeptes du parapente. Je cherche les ailes qui leur servent \u00e0 voler, mais je ne les trouve pas&nbsp;: ils n\u2019ont pas d\u2019ailes\u2026 et pourtant ils ont bien le look de personnes qui savent voler. Peut-\u00eatre ont- ils trouv\u00e9 un truc pour se soulever, si lourds, dans l\u2019air, si l\u00e9ger&nbsp;? Je me demande si je pourrais voler, moi aussi. Il me revient un souvenir d\u2019une \u00e9poque, pass\u00e9e, ou je savais comment faire pour voler, mais je ne sais pas si c\u2019\u00e9tait la r\u00e9alit\u00e9 ou un r\u00eave dans le r\u00eave<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je retourne en marchant vers l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du sommet, ou la pente, moins raide, ne semble pas dangereuse. Je m\u2019allonge par terre et je commence \u00e0 battre l\u2019air avec mes bras pour voir si je d\u00e9colle du sol. Je me rends compte que je n\u2019arrive pas \u00e0 cr\u00e9er une force de portance suffisante. Je conclus qu\u2019il me faudrait trouver un moyen de produire une force de portance bien plus grande. A moins que mes&nbsp;\u00ab&nbsp;souvenirs&nbsp;\u00bb ne soient que des r\u00eaves.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je pense de nouveau \u00e0 tous ces gens qui sont capables de s\u2019endormir sur une pente raide et puis de s\u2019envoler. Il me semble que j\u2019en reconnais quelques-uns, et quelques-unes : ce sont des personnes que j\u2019appr\u00e9ciais pour leur capacit\u00e9 \u00e0 convaincre leurs coll\u00e8gues et \u00e0 les mettre en mouvement, et pour le fait que ceux qui avaient collabor\u00e9 avec ces personnes en gardaient un tr\u00e8s bon souvenir.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><a>Les coyotes.<\/a><\/h3>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je me souviens de l\u2019une de nos tentatives pour traverser la Sierra Nevada avec l\u2019\u00e9quipement nordique (skis de fond). Je suis avec Paul, le compagnon d\u2019une amie de C\u00e9lie. Nous garons la voiture et nous montons \u00e0 skis sur la neige dure. C\u2019est la fin de l\u2019apr\u00e8s-midi, les sacs \u00e0 dos sont pesants. Nous arrivons au-dessus d\u2019une petite vall\u00e9e. Une rivi\u00e8re nous s\u00e9pare de l\u2019endroit nomm\u00e9 <em>Devil\u2019s Postpile<\/em>, qui est un ensemble remarquable de coul\u00e9es basaltiques. Nous n\u2019irons pas plus loin aujourd\u2019hui. Nous plantons la tente pr\u00e8s de la rivi\u00e8re, le ciel s\u2019assombrit et nous mangeons un peu. On n\u2019entend plus que le bruit de la rivi\u00e8re. On voit maintenant des \u00e9toiles. Soudain un hurlement se fait entendre au loin. C\u2019est un coyote. Nous restons silencieux. Un autre hurlement lui r\u00e9pond, venant d\u2019une colline situ\u00e9e derri\u00e8re nous. Un troisi\u00e8me se joint aux deux premiers. Puis ils se taisent&nbsp;: ils ont \u00e9chang\u00e9 toutes les informations utiles.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous comprenons que nous sommes chez eux, bien plus pr\u00e9sents que nous le pensions. Je suis un peu rassur\u00e9 par la perspective qu\u2019ils nous offrent&nbsp;: si les humains sombrent dans la guerre, il y aura toujours les coyotes pour prendre la rel\u00e8ve. \u00ab&nbsp;Quand vous aurez disparu \u2026 nous serons toujours l\u00e0&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\">[1]<\/a> Grand domaine appartenant \u00e0 un seul propri\u00e9taire<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1\/. Mon rapport \u00e0 la haute montagne. Pourquoi aller en montagne&nbsp;plut\u00f4t que sur une plage de r\u00eave ? Les bienfaits de la haute montagne En r\u00e9ponse \u00e0 la question \u00ab&nbsp;Pourquoi allez-vous dans les montagnes&nbsp;?&nbsp;\u00bb, Lionel Terray, qui fut un des meilleurs alpinistes fran\u00e7ais et auteur du livre Les conqu\u00e9rants de l\u2019inutile&nbsp;r\u00e9pond \u00ab&nbsp;parce qu\u2019elles sont l\u00e0.&nbsp;\u00bb [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-33","page","type-page","status-publish","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/bernardcabane.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/33","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/bernardcabane.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/bernardcabane.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bernardcabane.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bernardcabane.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=33"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/bernardcabane.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/33\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":445,"href":"https:\/\/bernardcabane.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/33\/revisions\/445"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/bernardcabane.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=33"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}